Pour quelle raison Aurélie Filippetti aurait-elle dû rentrer en urgence à Paris?

La ministre de la Culture était à l’île Maurice pendant les fêtes, à plus de dix heures de son bureau. Un problème? On a tenté d'imaginer cinq situations de crise pour une occupante de la rue de Valois.

maurice island / piczoom via Flickr CC Licence By

- maurice island / piczoom via Flickr CC Licence By -

Après quelques jours de flottement et de rumeurs, on sait à présent où la ministre de la Culture et de la Communication, Aurélie Filippetti, a passé ses vacances de Noël. Le magazine Voici a publié plusieurs photos de la ministre à l’Ile Maurice, obligeant cette dernière à mettre fin au suspense.

Elle a admis au micro vintage de Jean-Jacques Bourdin avoir effectué ce voyage offert par son compagnon après en avoir informé l'Elysée. Si l’«affaire» est sortie du cadre de la vie privée de la responsable politique, c’est parce que François Hollande aurait donné aux ministres une consigne avant les fêtes, celle de ne pas partir à plus de deux heures de Paris. Ce que la ministre a démenti face au même Bourdin:

«Ni le président ni le Premier ministre n’ont donné l’ordre aux ministres d’être à moins de deux heures de Paris.»



«La ministre de la Culture n'est pas, dans son ministère, dans un rythme d'urgence quotidienne, à l'inverse du ministre de l'Intérieur, par exemple», a confirmé l’Elysée au Lab d’Europe 1. Manuel Valls n’a d’ailleurs pas pris de vacances.

Alors, plutôt tranquillou, le poste de Filippetti? Peut-on imaginer qu’une ministre de la Culture soit amenée à gérer une situation d’urgence qui nécessiterait sa présence rue de Valois dans les plus brefs délais? Voici quelques scénarios de politique-fiction.

1. Le Louvre prend feu

La dernière fois qu’un incendie a eu lieu au Louvre, rappelle le site du musée, c’était en 1871, pendant le régime de la Commune, sous l’impulsion des Communards.

A part le feu, les musées de la ville de Paris encourent de nombreux autres risques de catastrophes naturelles. Un document de l’Unesco nous informe d'ailleurs de la liste des catastrophes naturelles potentielles dans les musées.

On y apprend que les gérants d’un musée doivent se prémunir contre les risques potentiels de phénomènes naturels, parmi lesquels «inondation, sécheresse, feux de broussailles, vents violents, ouragans, tornades/cyclones, tempêtes de sable, tempêtes de neige, tempêtes de verglas, autres perturbations climatiques locales», sans oublier la hausse du niveau de la Seine. La vie d’un musée ne tient qu’à un fil, et Aurélie Filippetti aurait dû en prendre conscience avant de partir si loin de la ville-musée.

2. Une personnalité du monde de la culture décède

Imaginez que Johnny Hallyday meure. Comment la ministre peut-elle rendre un hommage digne à une légende du rock depuis l'île Maurice, en duplex au journal de 20h? Elle encourt d'ailleurs ce risque pour toutes les personnalités du monde de la Culture d'un très grand âge (rappelons pour mémoire que les Immortels de l'Académie française ne le sont pas), sans oublier les décès de mort subite ou d'accident.

Certes, pour certaines personnalités, la rue de Valois peut se contenter d'un communiqué, réalisable par télétravail; mais pour d'autres, une réaction en direct serait mieux vue.

3. Gérard Depardieu est arrêté en Mordavie

La Mordavie, où Gérard Depardieu a fait une apparition remarquée cette semaine, «propose notamment un théâtre érotique, un “strip GO-GO” et un karaoké», écrivions-nous.

Autant de tentations pour l’acteur de se faire arrêter pour conduite en état d’ivresse, insultes (en 2010, il a traité une journaliste de «salope») ou pour «défécation sur la voie publique» (en 2011, il a fait pipi dans une bouteille car il ne pouvait accéder aux toilettes d’un avion).

Malheureusement, la Mordavie, nouveau paradis de Gérard, c’est aussi la région des camps de travail de l’ère stalinienne, où en ce moment-même l’une des deux Pussy Riots est retenue prisonnière et passe 8 heures par jour à coudre des habits.

Le fort passif de l'acteur ne jouant pas en sa faveur, à tout moment, Aurélie Filippetti aurait pu être appelée pour procéder à une mission diplomatique pour sauver ce patrimoine culturel d’intérêt national.

4. Des intermittents s'immolent par le feu

A la suite d'une énième une de l'hebdomadaire Le Point sur «Cette France des assistés», relatant les abus du système d’assurance chômage dans les métiers du spectacle, trois intermittents du spectacle d’une troupe d’arts de rue de Châlon-sur-Saône s’immolent par le feu, créant un immense émoi dans l’opinion publique.

Imaginons une seconde la portée médiatique qu’aurait la superposition de ces photos prises sur le vif par des passants avec leur téléphone portable avec celles de la série de Filippetti en maillot à Maurice? Non, on ne l'imagine pas.

(Autre cas de conflit social que l'on pourrait imaginer pendant la trêve des confiseurs, une guerre de tribunes dans le cinéma français autour des salaires des acteurs. Improbable, non?)

5. Des employés du ministère téléchargent des conneries produits culturels illégalement

En 2011, les employés du ministère de la Culture auraient téléchargé (l'information avait été néanmoins démentie par la rue de Valois), depuis des adresses IP de postes du ministère, des produits culturels de manière illégale sur Internet. Et quelles oeuvres: David Guetta, Justin Bieber, Captain America, Twilight, Bad Teacher, que du culturellement correct!

Si Aurélie Filippetti apprenait depuis l’île Maurice que ses conseillers écoutent du Lady Gaga pompé en P2P ou qu’ils s’adonnent au visionnage d’Homeland en streaming depuis leur poste de travail, le ministère connaîtrait un double discrédit: légal, en contournant Hadopi qu’il est justement censé représenter; moral, en affichant à la face du monde les exécrables goûts américanisés de ses fonctionnaires en charge de l’exception culturelle française.

La ministre aurait au moins une excuse: ben, ça peut pas être moi, j’étais sur une plage à l’autre bout du monde! Une maigre consolation.

Jean-Laurent Cassely et France Ortelli

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Publié le 12/01/2013
Mis à jour le 12/01/2013 à 12h49
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