Quels seront les prochains films de Quentin Tarantino?

Quentin Tarantino lors de la première parisienne de «Django Unchained», le 7 janvier 2013. REUTERS/Benoît Tessier.

Quentin Tarantino lors de la première parisienne de «Django Unchained», le 7 janvier 2013. REUTERS/Benoît Tessier.

Après «Inglourious Basterds» et «Django Unchained», quel autre scénario de vengeance le réalisateur américain pourrait-il mettre en scène? Nous en avons imaginé huit pour lui.

Obsédé depuis toujours par l’idée d’offrir une vengeance à ceux qui ont souffert, Quentin Tarantino s’échine depuis deux films (Inglourious Basterds, Django Unchained) à réécrire l’histoire. Il accorde ainsi aux peuples décimés, par le prisme de la fiction, un droit de riposte. Une occasion de massacrer les plus grands enfoirés de l’histoire.

Dans l'entretien-fleuve qu'il nous a accordé, il explique «qu’avec ces deux films, il y a une bonne base pour une trilogie» et que le troisième épisode, qui se situerait dans la lignée d'Inglourious Basterds et se déroulerait après le débarquement allié en Normandie, pourrait s'appeler Killer Crows. On a imaginé d'autres scénarios pour lui: à qui pourrait-il s’en prendre dans ses huit prochains films?

Sweet Sweetback Khmeeeeeer’s Song

Genre: film de guerre dans la boue.

Synopsis: alors que la rumeur enfle sur un prochain film prenant pour cadre la guerre du Vietnam, Tarantino prend tout le monde à contre-pied et s’intéresse au régime khmer à la fin des années 70. Il embauche Preap Sovath, chanteur pop et acteur cambodgien, pour mener un commando entraîné dans un seul but: trouver Pol Pot et lui faire sa fête.

C’est Christian Bale qui interprète le dictateur cambodgien —il perd 70 kilos pour l’occasion. Steven Seagal apparaît également dans le rôle de son homme de main, obèse mais expert en armes à feu, Zhoung Zheng Zang Ping.

Le public est conquis, la critique parle du meilleur film de guerre depuis Apocalypse Now. Quentin Tarantino est ravi et promet, après avoir reçu sa seconde Palme d’or, qu’il ira encore plus loin dans son prochain film.

L’ouverture: la longue traversée d’une rivière pleine de sangsues et de crocodiles —qui constitue les 45 premières minutes du film—, lors de laquelle les membres du commando cambodgien pètent et font des blagues de cul dans leur langue natale (un moment un peu longuet, même de l’avis des fans les plus acharnés du cinéaste). On y entend le flow piquant des jeunes rappeurs cambodgiens Aping et Pou Khlaing, qui signent la grande majorité des titres de la bande-originale.

Shaolin Beach Soccer

Genre: kung-fu groovy.

Synopsis: le nouveau film du réalisateur américain se déroule à notre époque. De jeunes moines tibétains, experts en kung-fu, décident de se libérer du joug chinois en organisant un tournoi géant de beach soccer pour réclamer l’indépendance du Tibet.

C’est Justin Bieber, tout juste sorti de cure de désintoxication, qui interprète le rôle principal, qui lui vaudra un Chamois d’Or (l’équivalent tibétain des Oscars). Face à lui un duo de footballeurs débauchés par la Chine pour écraser l’équipe du Tibet: Ray Liotta (en Didier Drogba) et Will Ferrell (en Nicolas Anelka).

L’audace politique dont a fait preuve Tarantino est saluée à travers le monde. Barack Obama, jeune président retraité, fait de Shaolin Beach Soccer son film préféré de 2017.

Scène-clef: le montage des séances quotidiennes d’entraînement au kung-fu des moines tibétains sur le groove d’Herbie Hancock.

En exclusivité, la bande-annonce de Shaolin Beach Soccer

The Bitches of Egypt

Genre: catch et péplum.

Synopsis: il y a plus de 4.000 ans, la construction en Egypte de la pyramide de Khéops demande le travail de milliers d’esclaves d’origines diverses et variés. Les sept plus costauds et enragés d’entre eux décident de prendre les armes et de massacrer leurs maîtres pour construire leur propre pyramide. Avec leurs cadavres.

Cette version péplum des Sept samouraïs réunit le casting le plus impressionnant de la carrière de Quentin Tarantino: The Rock en chef de la rébellion, Danny Trejo dans le rôle de son meilleur ami (et amant? Le film n’est pas clair sur cette question), le catcheur roux Sheamus, Russell Crowe, Mickey Rourke, Tom Cruise (en esclave psychotique et cannibale) et Tom Selleck.

Si les adeptes du second degré crient au génie face aux prises de catch parfaitement exécutées par des milliers de figurants, beaucoup de spectateurs se désolent des nombreuses inexactitudes historiques. Quentin Tarantino serait-il allé trop loin?

Moment-phare: écrasés par le travail et la chaleur, les esclaves se rebellent et se mettent à danser sur Walk Like an Egyptian des Bangles. C’est le début du soulèvement et de la seconde partie du film, soit 1h30 de catch et de règlements de comptes.

Iron Daddy

Genre: double huis-clos irritant.

Synopsis: Margaret Thatcher agonise seule dans son lit. Pendant ce temps, le petit-fils d’un marin du General Belgrano, joué par Gael Garcia Bernal, décide de venger son aïeul ainsi que toutes les victimes de la guerre des Malouines. Il fabrique son propre sous-marin et décide de partir seul affronter la Royal Navy.

Il sera cependant épaulé par le fantôme de son grand-père (Ricardo Darin), qui lui apparaît sous la forme qui fut la sienne au moment d’agoniser: un gros bonhomme fondu, dont le corps s’est mêlé avec la coque du croiseur de la marine argentine.

Si Meryl Streep tease le tout Hollywood, assurant qu’elle veut reprendre le rôle qui fit sa gloire par le passé (et espérant ainsi remporter son douzième Oscar), Quentin Tarantino, qui revient à la mise en scène pour le cinquantenaire du conflit après vingt ans d'absence, décide finalement de caster Alyssa Milano pour jouer Margaret Thatcher. Le résultat est époustouflant.

Pendant ce temps, Michael Haneke scande à qui veut l’entendre que Tarantino est un inconscient qui banalise la violence et qu’il a tout pompé sur son film Amour. Le réalisateur américain rafle sa troisième Palme d’or. Les deux réalisateurs sont ex-aequo, mais encore loin des frères Dardenne, entretemps arrivés à huit.

Le tube: Tarantino rend hommage à la très active scène punk argentine en utilisant le morceau de Peter Pank & Los Chicos Perdidos, Tu nick.

Jesus got ‘em (by the balls)

Genre: apocalypse et torture porn.

Synopsis: Jésus-Christ (Christophe Lambert) meurt sur la croix pour nos péchés. En 2025, il revient... sous les traits d’une femme vengeresse (Rose McGowan). Elle décide de se rendre à Rome au volant d’un Super Truck customisé pour bousiller tous les Romains.

Le Vatican joue alors son va-tout: il ramène à la vie Judas grâce aux quelques gouttes de sang retrouvés sur un moustique conservé depuis plus de 2.000 ans. La mémoire du disciple traître est effacée et il est remis en fonction sous la forme d’une machine de guerre ultra-perfectionnée: Mécha-Judas (interprété par Haley Joel Osment). Judas et Jésus vont-ils se faire la guerre, ou finalement trouver l’amour?

C’est la curée chez les critiques. L’humour de Tarantino ne fait plus mouche. De tous côtés, on l’accuse d’un manque total de respect pour l’Eglise catholique, d’avoir perdu son sens de la mise en scène, de se laisser aller à la provocation gratuite. Le cinéaste tombe dans une profonde dépression et s’exile en France durant quelques années, seul pays qui semble continuer à apprécier ses films.

Séquence-choc: probablement le souvenir de Jésus se faisant torturer sur la version de Marilyn Manson de Personal Jesus. On dit que le chanteur aurait été contacté pour interpréter le rôle de Jésus, mais qu’il aurait refusé par crainte des retombées sur ses ventes d’albums, lui qui venait de se lancer dans le rock chrétien.

En exclusivité, la bande-annonce de Jesus got ‘em (by the balls)

Chabada-fuckin’-bada

Genre: romance et ratonnade.

Synopsis: l’histoire d’amour entre un jeune Sud-Africain (joué par Jaden Smith) et sa voisine blanche (Emma Watson) dans les années 50. Tarantino semble alors très influencé par la Nouvelle Vague —même si, interrogé sur le titre de son film, il froisse la critique hexagonale en expliquant que son réalisateur français préféré est désormais Lelouch.

Il creuse néanmoins toujours le même scénario: agressé par un groupe d’Afrikaners mené par Tim Robbins, le personnage interprété par Jaden Smith va se mettre en quête de vengeance. Nous découvrons à la fin du film qu’il s’agissait en fait d’un flashback raconté par Nelson Mandela (Eddie Murphy).

On parle du retour du grand Tarantino. D’un film à la hauteur de François Truffaut. D’une histoire digne des plus belles romances, comme celles de Woody Allen. Tarantino, qui vient d'épouser une cousine éloignée âgée de dix-huit ans, prend très mal la comparaison et retourne vivre aux États-Unis.

Bande-originale: fasciné par la chanson à texte française, le réalisateur rend hommage à l’un de ses interprètes français favoris, Daniel DeShaime, en le faisant figurer sur la bande-originale de son film. Ce n’est qu’après coup qu’il apprend que le chanteur est en réalité québécois.

En exclusivité, la bande-annonce de Chabada-fuckin’-bada

The Assassination of the Coward Osama Bin Laden by the Brave Americans

Genre: film d’exécution.

Synopsis: la traque et l’exécution d’Oussama ben Laden (interprété par Sacha Baron Cohen), filmée en temps réel. Trois GI (Joseph Gordon-Levitt, Jim Carrey, Eminem) décident de kidnapper le chef d’al-Qaida, de le garder en vie et de le ramener aux États-Unis. Le film se termine à Central Park quand plusieurs dizaines d’enfants battent le leader terroriste à mort en se servant de son corps comme d’une piñata.

En hommage au chef-d’oeuvre de 2013, Zero Dark Thirty (oscarisé cinq fois, dont celui du meilleur film), Tarantino livre une épopée ultra-violente et mélancolique. Mais il commence à devenir sénile et déclare qu’il faut envoyer une bombe atomique sur le Pakistan. En France, son vieil ami Jean-Luc Godard (toujours en vie) condamne vivement ses paroles en déclarant: «Non».

Bande-annonce: les premières images du film sont accompagnées par le tube de Taylor Swift et Gary Lightbody, The Last Time. Si par le passé, les choix musicaux de Quentin Tarantino faisaient le bonheur des mélomanes, tous remarquent que son goût pour les BO vintage, basées désormais sur la culture pop du début du XXIème siècle, n’est plus aussi assuré.

En exclusivité, la bande-annonce de The Assassination of the Coward Osama Bin Laden by the Brave Americans

Being Quentin Tarantino

Genre: méta-cinéma-vérité.

Synopsis: en 2031, Quentin Tarantino en a définitivement terminé avec sa carrière. Il livre avec Being Quentin Tarantino son ultime confession, son épitaphe de cinéaste.

Le film s’ouvre sur un monologue de 30 minutes face caméra de Tarantino qui n’est pas sans rappeler la classe de JCVD. Il livre tous ses secrets, ses espoirs gâchés et déclame qu’il emmerde profondément tous ses détracteurs.

Dans un impressionnant jeu de cinéma-vérité, il décide finalement de prendre sa revanche et se met en quête des critiques américains les plus virulents, qu’il provoque et qu’il pousse à se battre. Résultat: il gagne treize combats mais finit à l’hôpital après un affrontement âpre avec un critique de Variety. Le montage du film est bouclé mais le réalisateur disparaît dans la nature quelques jours avant la sortie du film.

Extrait: personne ne sait vraiment comment réagir en assistant à la projection de son ultime film. Il s’agit à la fois d’un long argumentaire qui tente de nous convaincre du génie de Tarantino et de successions de bastons entre celui-ci et quelques critiques en colère, sur fond de Bailamos, le tube d’Enrique Inglesias.

George Clooney, inchangé grâce aux miracles de la chirurgie esthétique, y apparaît pour épauler son vieux compagnon. Quentin Tarantino quitte alors la scène de la même façon qu’il y est entré: en surprenant son monde.

En exclusivité, la bande-annonce de Being Quentin Tarantino

Hugues Derolez

Article actualisé le 24 janvier 2013 à 13h: contrairement à ce que nous avions écrit, Kathryn Bigelow n'est pas nominée pour l'Oscar de la meilleure réalisatrice pour Zero Dark Thirty.