Dix défis pour Obama II [3/10]: Arrêter Kony

Joseph Kony en 2006. REUTERS/Reuters TV

Joseph Kony en 2006. REUTERS/Reuters TV

Le chef de l'Armée de résistance du Seigneur court toujours. Si Obama veut oeuvrer pour le bien de l'humanité, l'arrestation de ce criminel de guerre serait un bon début.

Jusqu'au 20 janvier, date de l'investiture de Barack Obama pour un second mandat, Slate examine dix idées qu'il pourrait mettre en oeuvre durant les quatre années à venir. Après la fin des mines antipersonnel et le sauvetage de la Grèce, place à l'arrestation du criminel de guerre Kony.

On se souvient de la vidéo virale Kony 2012, qui avait fait le tour du Web avant le phénomène «Gangnam Style». En vingt-quatre heures, Joseph Kony, chef de l'Armée de résistance du Seigneur (LRA), était devenu le criminel de guerre international le plus connu de la planète.

L'homme court toujours, caché au cœur des jungles de l'Afrique centrale. Le bilan des pertes humaines ne cesse de grimper, et les fidèles de Kony continuent de pratiquer le recrutement forcé chez les enfants, condamnés à devenir soldats, porteurs ou esclaves sexuels.

La puissance de la LRA n'est peut-être plus qu'une fraction de ce qu'elle était il y a dix ans. Toutefois, selon certains rapports, le groupe bénéficierait du soutien accru du gouvernement soudanais, un ami de longue date; il incarne donc une menace majeure. Non seulement pour les civils, mais aussi –si le soutien de Khartoum se renforce– pour la stabilité des quatre pays touchés par les attaques de la LRA.

Si le président Obama souhaite œuvrer pour le bien de la planète tout en continuant de bâtir son héritage d'homme d'Etat, l'arrestation de Kony –qui serait responsable de la conscription forcée de dizaines de milliers d'enfants– serait un bon début. Cette guerre peut être gagnée. Si les Etats-Unis, les gouvernements de la région et d'autres acteurs s'appuient sur la dynamique existante, la LRA pourrait avoir disparu d'ici la fin 2013.

Comment faire

Mais si ce projet doit être mené à son terme avant la fin du second mandat du président, la seule exposition médiatique ne sera pas suffisante. Il faudra mettre sur pied une stratégie plus élaborée.

La lutte contre LRA s'avère jusqu'ici insuffisante. Premier problème: elle a été menée par l'armée ougandaise (qui affiche elle-même des antécédents problématiques en matière de droits de l'homme).

Les Etats-Unis ont bien déployé une centaine de conseillers militaires en Ouganda, mais ces troupes ne sont pas autorisées à combattre la LRA. D'autres pays de la région ont apporté leur contribution –toute symbolique– à la lutte; lutte qui relève depuis peu de  l'Union africaine (UA). Or l'UA n'a pour l'heure déployé que 3.000 des 5.000 soldats prévus. Les soldats ougandais ne sont pas assez nombreux, et ils se trouvent dans une zone trop étendue; leur flotte de transport aérien est inadaptée, tout comme leur réseau d'agents de renseignement et leur accès physique à l'emplacement réel des forces de la LRA. Cette dernière opère dans une vaste région, dont la superficie est proche de celle de l'Arizona; l'armée ougandaise est quant à elle déployée dans une zone beaucoup plus réduite, comparable à la Virginie-Occidentale.

Enfin, les entretiens réalisés par  l'Enough Project auprès d'habitants de la zone et d'anciens combattants de la LRA laissent entendre que le gouvernement soudanais autorise Kony à disposer d'une base de refuge dans le Darfour du Sud.

Voici trois objectifs qu'Obama et son équipe peuvent remplir, et qui permettraient réellement de voir Kony traduit en justice:

1. Tout d'abord, Obama doit renforcer les efforts déployés pour affaiblir la LRA. Il faudra pour cela déployer plus de troupes africaines dans la zone d'opération réelle de la LRA.

Elles devraient être appuyées par des réseaux élargis d'agents de renseignement; et ce à la fois via des programmes améliorés de soutien aux dissidents et par plus d'initiatives internationales pour soutenir les communautés touchées.

2. Ensuite, Obama devrait réclamer le lancement d'une initiative diplomatique de grande ampleur, qui serait lancée par l'UA et les Nations unies. Objectif: accéder à certaines régions de la République centrafricaine, de la République démocratique du Congo et du Soudan, qui servent pour l'heure de refuge à la LRA.

Si le régime de Khartoum continue de leur interdire l'accès à son territoire, des mesures plus strictes devront être envisagées: sanctions ciblées des Nations unies, enquêtes pour identifier les pays permettant à Kony de se réfugier sur leur territoire, et opérations transfrontalières au Soudan en vertu de la doctrine de la «responsabilité de protéger».

3. Enfin, Obama devrait aider l'UA à mettre sur pied une unité d'opérations spéciales –entraînée, équipée, et travaillant en étroite collaboration avec les conseillers militaires américains– pour viser directement Kony et ses premiers lieutenants.

Il est vrai que certains groupes rebelles continuent d'opérer après que leur chef a été mis hors d'état de nuire –mais la LRA est tellement indissociable de la personnalité et du leadership de Kony que sa mort ou sa capture marquerait certainement la fin des activités de l'Armée de résistance du Seigneur.

En relayant la campagne virale de sensibilisation «Kony 2012», des centaines de milliers de jeunes Américains ont, sans le savoir, créé l'espace politique nécessaire au renforcement du partenariat américano-africain. Obama, qui dispose par ailleurs du soutien des Démocrates comme des Républicains, doit profiter de ces avantages pour soutenir la lutte contre cette milice dangereuse et prédatrice. L'occasion est trop belle: il est rare que l'intérêt politique et l'intérêt public soient à ce point en phase.

John Prendergast
Auteur de Unlikely Brothers, co-fondateur du Enough Project et du Satellite Sentinel Project.

Traduit par Jean-Clément Nau