Ces insupportables petits garçons des séries télés
Les petits frères des séries télés, des années 80 à aujourd'hui, sont des personnages ratés, binaires et victimes du sexisme des scénaristes.
- Chris Brody (Jackson Pace), dans «Homeland» (HBO) -
Les séries télés dessinent un portrait de la famille type idéale –en tout cas de la structure préférée des scénaristes. Mais une question demeure: pourquoi dans ces familles fictives, les petits frères sont toujours d’une nullité totale?
La caractérisation de ces enfants de sexe masculin va de la petite teigne insupportable à l’ectoplasme qui flotte à l’arrière-plan des scènes familiales. Cette caractéristique, ou plutôt cette absence de caractéristique, se retrouve notamment dans les sitcoms familiales dont les années 80 nous ont abreuvés:
- Quoi de neuf docteur? (Ben Seaver)

- Madame est servie (Jonathan Bower)

- Alf (Brian Tanner)

- Roseanne (DJ Conner)

On peut remonter encore plus loin pour retrouver cette malédiction du petit frère. Dans Ma sorcière bien-aimée, Samantha et Jean-Pierre ont deux enfants: Tabata et Adam (à partir de la 6e saison). Dès l’âge d’un an, Tabata montre qu’elle a hérité des pouvoirs magiques de sa mère alors qu’Adam, même à trois ans, n’arrive à rien, niet, que dalle. Il est basique. Il est un peu le fruit pourri originel de cette malédiction des petits frères. Est-ce que si Adam avait hérité de pouvoirs magiques, ses descendants les petits-frères auraient hérité d’une personnalité? Qui sait?
Aucune théorie n’étant parfaite, il y a évidemment des exceptions que vous n’allez pas manquer de me citer. Dans les exceptions, disqualifions d’entrée de jeu le génial Arnold puisqu’il est le héros de la série (profitons-en pour revoir ce chef d’œuvre, le meilleur recut trailer de l’histoire, qui consiste donc à réinterpréter un trailer simplement en modifiant la musique:
);
et le petit frère dans Games of Thrones. D’abord parce que c’est un roman et pas un pur produit télé, ensuite parce que vous pensez peut-être à Brandon Stark alors que le vrai petit frère, c’est Rickon:

Le seul personnage authentique de petit frère qui sorte du lot, c’est Shane Botwin dans Weeds –même s’il est peu aidé par les circonstances, ce personnage a une profondeur égale, voire supérieure aux autres membres de sa famille. Dewey, dans Malcolm, est l’autre exception notable (parce que c’est une série sur la vie familiale quotidienne). C’est la preuve qu’il est possible de créer un bon personnage de petit frère.

Si on met de côté Shane et Dewey, les personnages de petits garçons souffrent d’un problème lié à leur âge. Un enfant, c’est très difficile à «caractériser». Mais prenons le cas de Madame est servie: quand Jonathan a 9 ans, il est toujours aussi fadasse, alors que Samantha au même âge était déjà un personnage attachant.
En règle générale, les petites filles sont nettement mieux loties en terme de dialogues, d’intrigues et de quotient intellectuel. (L’exemple type de personnage de petite fille étant Rudy Huxtable dans le Cosby Show.) Même quand elles ne sont pas aussi adorables et insupportables que les sœurs Olsen dans la Fête à la maison, elles ont au minimum un cerveau, comme la petite sœur de Parker Lewis qui est clairement un être démoniaque indispensable au bon déroulement de la plupart des épisodes.
Ce qui est étonnant, c’est que malgré le grand renouvellement des séries il y a quelques années, le petit-frère-tâche est resté. La plupart du temps, on dirait qu’il a été rajouté juste histoire de mettre un enfant de plus.
Dexter

Cody Bennett. Franchement ?
Mad Men

Bobby Draper. Salut je sers à rien. D’ailleurs j’ai été interprété par 4 acteurs différents en 5 saisons et ça n’a dérangé personne.
The Good Wife

Zack Florrick. Techniquement c’est le grand frère, il est ado, il participe à l’intrigue principale mais il a la caractéristique des petits-frères, à savoir qu’il reste d’une transparence à faire pâlir d’envie le mec de chez Carglass.
Homeland

Chris Brody - l’enfant qui a sans doute les pires répliques ever.
Modern Family

Luke Dunphy (qui est juste sympa alors que le personnage de Manny, fils unique, est aussi grandiose qu’Arnold).
Comment expliquer ce phénomène? Pourquoi une fille est-elle caractérisée alors qu’un garçon fait à peine plus que de la figuration? Les petits garçons sont aussi nuls parce qu’ils pâtissent d’un fantasme de la petite fille. La petite fille peut à la fois être montrée comme totalement fille et comme un «garçon manqué» (avec tout ce que cette expression a d’horrible, je sais). Sa double identité l’enrichit. (Comme Samantha dans Madame est servie.) Elle est tour à tour facétieuse, superficielle, spirituelle, peste, câline.
Les petits garçons de fiction, êtres binaires, incapables de vivre de réel conflit (sentimental, moral ou autre), ne voyant que la surface des choses sans pressentir les enjeux sous-jacents dans leur famille, la complexité du monde qui les entoure, souffriraient alors d’une forme de sexisme. Là où les filles sont souvent tiraillées entre le monde des enfants et celui des adultes, les garçons sont englués dans un univers d’enfant simpliste, imperméables à ce conflit primaire, comme s’il était d’entrée de jeu genré.
Mais c’est peut-être aussi le signe de quelque chose de plus profond dans la structure familiale américaine rêvée. Ainsi, aux Etats-Unis (toutes ces séries étant américaines, je me concentre sur ce pays), la phrase «Comment avoir une fille» est trois fois plus recherchée sur Google que «Comment avoir un garçon». Et un article de Slate d’octobre 2012 sur le phénomène des techniques de sélection sexuelle prénatale (une dérive de la procréation médicalement assistée) explique que:
«Si on en croit de nombreux médecins spécialistes de la PMA, avoir une fille est l'objectif de 80% des patients de DPI à des fins de sélection sexuelle. Selon une étude publiée en 2009 par la revue scientifique Reproductive Biomedicine Online, les Américains caucasiens préfèrent les filles dans 70% des cas de DPI. Mais ceux d'origine indienne ou chinoise préfèrent largement les garçons.»
L'échec des personnages de petits frères américains se cache peut-être dans la vision fantasmée des petites filles, dotées de toutes les qualités et tous les défauts, des êtres charmants et mystérieux qui provoquent une certaine fascination. La fille, cet être multiple, le garçon, ce gentil benêt.
Titiou Lecoq
P.S.: impossible de faire l’impasse sur la palme du pire enfant jamais vu à la télé qui revient sans conteste à un fils unique, Jamie Scott dans Les Frères Scott.

P.S. 2: Si on prend cette grille de lecture, on peut considérer que David Silver dans Beverly Hills 90210 est un personnage de petit frère sauvé.












































1) Avez-vous eu un "petit frère"? Non... alors vous ne pouvez pas comprendre! (je rigole!)
2) Dans les histoires, il y a toujours "un enfant préféré", dans les contes de fées, la fille aînée est toujours une harpie et la cadette la gentille... c'est un genre! S'il y en a une troisième, c'est un meuble!
Mais oui. Merci.
Et tant qu'on y est, est-ce qu'on peut parler aussi des adolescentes butées et querelleuses prises en sandwich entre une réalité pas belle à voir et de hauts principes moraux, et qui du coup passent le temps de la série à pleurer, geindre, lancer des regards noirs en faisant la moue, renifler, parler du nez en ayant toujours un sanglot au bord de la voix ?
Genre Debra Morgan (qui est une ado, en vrai) ou la fille Brody dont j'ai oublié le prénom.
C'est vrai que c'est aussi un stéréotype récurrent, elles ont toutes au fond le même problème existentiel - mais qui ramène à ce que j'essaie de dire sur la caractérisation des filles en général dans ces séries.
Article très pertinent, merci.
À la sortie de "Ted", je me souviens m'être fait une remarque similaire : on ne compte plus les films dont l'intrigue se résume à un homme tiraillé entre sa vie de jeunesse symbolisé par l'ami d'enfance, et l'age adulte par la fiancée ; mais à ma connaissance, on n'a jamais vu de film qui tournerait autour d'une jeune femme sommée de choisir entre son amie de toujours et son fiancé.
On retrouve les chez hommes de 25 ans certains des stéréotypes des petits garçons, tandis qu'à cet ages, les femmes sont toutes matures.
Dans la plupart de ces productions américaines, les jeunes hommes sont effectivement toujours présentés sous un angle immature. (Ce qui fait justement la différence dans Weeds où les deux garçons essaient de s'émanciper.)
Très bon article qui pour ma part concerne aussi souvent l'épouse du personnage principal avec un manque de charisme indéniable et des stéréotypes à tout va (femme au foyer aussi niaise que chiante qui essaye de persuader le héros de ne pas faire ce qu'il a à faire: scènes loongues assurées!).
Bien entendu on trouve de nombreux contre-exemples comme dans Breaking Bad où la gentille femme de Walter s’immisce peu à peu dans le business mais revoir tout le temps le même type de personnage et les mêmes ficelles c'est clairement un manque d'originalité.
Pour en revenir à votre analyse je pense qu'il faut exclure les séries animées où les petits garçons ont un comportement la plupart du temps rebelle et démesuré évidemment peu probable dans la réalité et surtout plus "supportable" notamment dans South Park avec Cartman,Kenny,Kyle et Stan ou encore Bart dans les Simpson,car en 23 ans il en a fait des conneries !
A votre liste je rajouterai le petit Carl de Walking Dead tout aussi insupportable que sa mère (bon même si il se rattrape un peu dans la dernière saison) ainsi qu'un autre Carl cette fois ci dans Shameless US alors que sa famille est peu orthodoxe (et c'est un doux euphémisme)celui ci n'a aucune profondeur psychologique et la plupart de ses répliques tombent à l'eau,le doublage français n'aidant pas. Il suffit d'ailleurs de le comparer à sa sœur du même age Debbie pour s'en persuader.
Enfin et je m'arrêterai là,le petit garçon Henry de Once upon a Time n'est pas forcément insupportable mais son comportement n'en demeure pas moins très niais !
Sur les figures de l'épouse, y'aurait aussi un article à faire (notamment en prenant les téléfilms américains diffusés sur TF1) (merci pour l'idée!)
Bobby Draper n'est plus le petit dernier, mais c'est dingue, je ne me souviens même pas du nom du petit frère !
Mais parce que le dernier rejeton Draper il servait juste comme pivot dramatique pendant une saison. Depuis, on le voit vaguement à l'arrière de la voiture de son Don et c'est tout. Les scénaristes pourraient le faire disparaitre, on ne s'en rendrait même pas compte.
On ne dirait pas, selon ce sondage fait en 2011 ce serait même assez constant par rapport à 1941 : http://www.gallup.com/poll/148187/americans-prefer-boys-girls-1941.aspx
Il faut plutôt chercher du côté de l'inspiration limitée des scénaristes.
Très bon article.
Je pense qu'on peut aussi évoquer la série Married ... whith children.
Les enfants sont quelque peu secondaire mais on peut voir l'évolution du petit frère Bud Bundy tout au long des saisons d'un benêt indécrottable à un benêt attachant. Parallèlement la grande soeur, elle reste une idiote improbable (elle était très intelligente petite, mais un accident a changé la donne). Et les dialogues sont succulents.
Zack est pour beaucoup plus intéressant scénaristiquement et plus futé que sa soeur Grace. Elle n'évolue pas d'un pouce en 4 saisons: toujours la petite fifille à son papa et sa maman et l'actrice est a toujours la même expression. Les scénaristes ont introduit un bad boy sur sa route dans un épisode, mais on n'a plus de nouvelles! A l'inverse, Zack est mature, file un sacré coup de main à ses parents et semble avoir une longueur d'avance sur tout le monde. Question transparence, on a vu mieux ! Les auteurs devraient l'exploiter à tous les épisodes!
Votre article est bien écrit et détaillé cependant je ne suis pas d'accord je trouve qu'au contraire les petit frère dans les séries ont souvent une personnalité particulière souvent entre deux et un charme sans précédent je trouve qu'ils apportent un plus nécessaire à la série. Le réservé effrayé dans Homeland, le deglingos qui grandit à son rythme dans Modern Family et l'eternel bébé dans Malcolm.
Je vous trouve dur avec les petits frères ;)
Très bon article. Par contre je pense que si le garçon est un être moins complexe c'est qu'il est voué à être un père de famille immature, qui s'y prend mal dans la vie. Il y avait une émission sur arte "l'amérique en prime time", et elle donnait la parole aux scénaristes...Bref le père est sans-cesse l'être loufoque et irresponsable, la mère est garante de la stabilité du foyer (même les séries qui semblent ne pas tomber dans les stéréotypes le font : Homer, le père dans Malcolm ect).
Pour être plus clair si les petites garçons sont moins complexe que les filles, c'est parce que les scénaristes pensent que les hommes sont simples et les femmes complexes et difficiles à cerner (gros sexisme). De plus la fille doit être responsable vu que ça sera une futur mère, le garçon lui il peut être irresponsable ou effacé vu qu'il sera un père.
Génial l'article ! Mais il manque le pire petit frère de l'histoire de la TV américaine. Si horrible, si inutile, qu'il a subi le destin qui pend au nez de tous : la disparition pure et simple !
Il s'agit de Brendan Lambert dans Notre belle famille (aka Step by Step). Il n'avait aucun rôle, si ce n'était d'être le petit dernier de la fratrie. Un jour, l'acteur devenu trop grand (et laid, de surcroît) + l'arrivée d'une petite soeur (pestouille, machiavélique. En bref : caractérisée)= le personnage a tout bonnement disparu. Sans aucune explication. Un jour, ils étaient 7 enfants ; le lendemain ils n'étaient plus que 6. Même quand la famille se disait réunie au grand complet, Brendan manquait toujours à l'appel.
Brendan Lambert = l'incarnation du petit frère inutile.