Mariage pour tous: le clivage droite-gauche ressurgit du passé
Le débat autour du projet de loi s'est principalement structuré autour des lignes partisanes et religieuses, laissant présager un succès de la manifestation du 13 janvier et de possibles difficultés pour le gouvernement.
- La manifestation parisienne contre l'ouverture du mariage aux couples de même sexe, le 17 novembre 2012. REUTERS/Christian Hartmann. -
Valérie Pécresse ne manque pas d’audace. «François Hollande commet une grave erreur, celle de gouverner par le clivage, d'opposer systématiquement des Français aux Français: il y avait les riches, les chefs d'entreprise, maintenant il y a les catholiques», a lâché l’ancienne ministre UMP du Budget.
La charge fait sourire venant d’une personnalité qui s’est fort bien accommodée du goût prononcé de Nicolas Sarkozy pour les affrontements.
Le climat tendu de la période actuelle tranche néanmoins avec la promesse d’une société apaisée brandie par le candidat socialiste au cours de la campagne présidentielle.
Le mariage homosexuel divise
L’ouverture aux couples homosexuels du droit au mariage et à l’adoption introduit un clivage dans la société française qui a sans doute été sous-estimé par le pouvoir socialiste. Considérée comme secondaire par une large majorité de sondés, cette réforme n’en cristallise pas moins des passions contradictoires.
Le ton s’est d’autant plus durci, de part et d’autre, qu’un réel débat n’a pas véritablement pu s’instaurer entre partisans et adversaires du «mariage pour tous».
Selon une tradition bien française, l’échange raisonné d’argumentations a généralement cédé la place à un dialogue de sourds arc-boutés sur leurs principes. Pour les uns, toute contestation de ce «nouveau droit» trahit une coupable homophobie.
Pour les autres, le mariage de personnes de même sexe aboutira à une destruction de la famille. Saluons tout de même le dialogue serein entre le député écologiste François de Rugy et le blogueur catholique Koztoujours.
L’opinion, quand à elle, se révèle beaucoup plus partagée sur le sujet qu’on aurait pu le croire. Il ressort des dernières enquêtes qu’une majorité approuve le mariage homosexuel mais désapprouve le droit à l’adoption. Cette réserve est révélatrice de la réticence de très nombreux Français à accorder les mêmes droits aux couples de même sexe.
On observe, par ailleurs, une diminution nette du taux d’adhésion à cette réforme depuis qu’elle est discutée dans l’espace public. Par rapport à octobre, selon l’Ifop, le pourcentage de partisans du mariage homosexuel a glissé de 65 à 60% tandis que celui des personnes favorables à l’adoption descendait de 52 à 46%.
Le clivage sociologique essentiel, sur cette question, est celui de l’âge. L’approbation du mariage homosexuel est massive chez les jeunes de 18 à 24 ans (75%) mais très minoritaire parmi les 65 ans et plus (38%). Le contraste entre les catégories sociales est moins marqué, même si les milieux populaires sont sensiblement plus réticents à l’égard de cette réforme.
Au final, c’est bien le critère politique qui s’avère le plus discriminant: 79% des sympathisants de gauche (77% chez les socialistes) approuvent le mariage homosexuel, contre seulement 43% de ceux de droite (33% à l’UMP). L’électorat du FN est plus partagé, ce qui peut expliquer les hésitations de cette formation.
Aux origines du clivage droite-gauche
Il existe néanmoins une autre variable qui rend compte de ces impacts de l’âge et de la sensibilité politique sur le sujet: la pratique religieuse. L’hostilité au mariage homosexuel n’est majoritaire que chez les catholiques pratiquants et les personnes déclarant appartenir à une autre religion tandis qu’elle est très minoritaire chez les «sans religion».
On retrouve ainsi un clivage remontant aux origines de la gauche française, qui s’est pour partie construite contre l’Eglise catholique. La pratique religieuse a longtemps été le facteur explicatif le plus puissant du vote. Il est étrange qu’en ce début de XXIème siècle, le débat public fasse ressurgir ces anciennes fractures.
Le sujet s’y prête assurément. L’affrontement entre partisans et adversaires du «mariage pour tous» se situe dans la droite ligne de l’opposition entre tenants d’un «droit naturel» et d’un «droit positif».
La querelle autour du jus naturale est aussi ancienne que les joutes philosophiques. On ne s’étonnera pas que s’opposent au mariage homosexuel ceux qui privilégient l’invariant anthropologique alors que les constructivistes prônent sans difficulté le «mariage pour tous».
Incarnation du peuple de droite
Toutes les conditions sont ainsi réunies pour qu’une vive réaction conservatrice —au sens étymologique du terme— s’exprime au grand jour. La suppression fréquente des termes de «père» et de «mère», de «mari» et de «femme», dans le Code civil ne peut que révolter une frange importante de la population.
En cette époque de crises et de mutations, cette perte d’un des repères les plus fondamentaux est forcément génératrice d’inquiétudes. Et on ne saurait reprocher aux religions de sortir de leur rôle lorsqu’elles tirent la sonnette d’alarme.
C’est pourquoi on peut parier sur le succès de la «Manifestation pour tous» du 13 janvier, au demeurant préparée avec soin.
Ses instigateurs se défendent de toute visée politicienne et s’efforcent de mettre en avant des personnalités de gauche. Il n’empêche que c’est avant tout un «peuple de droite» qui défilera dimanche. Pas seulement parce que, au grand dam de Roselyne Bachelot, l’UMP appelle à y participer. La gauche se laissant porter par un «sociétalisme» en vogue, les défenseurs de l’ordre familial sont immanquablement précipités dans les bras de la droite.
Il n’en faut pas plus pour que certains craignent la répétition de la puissante mobilisation en faveur de l’école privée de 1984. Le 24 juin de cette année-là, une manifestation géante avait rassemblé à Paris entre un demi-million et deux millions de personnes selon les sources.
L’histoire ne se répète pas, et la question aujourd’hui en débat touche nettement moins l’opinion. Il reste que cet épisode avait eu un rôle majeur dans l’affaiblissement de la gauche au pouvoir.
Le risque, pour le pouvoir socialiste, est d’autant plus réel qu’il s’est simultanément laissé enfermer dans une polémique absurde sur le mauvais sort qu’il réserverait aux «riches». Les déboires de la taxe à 75% et la comédie de Gérard Depardieu ont permis la mise en scène artificielle d’une gauche prétendument punitive.
Là encore, c’est la dimension la plus archaïque du clivage droite-gauche qui est réapparue sur la scène publique. Faute de conduire un réel changement social, le pouvoir socialiste se condamne à des postures symboliques qui sont autant de pièges.
Eric Dupin
Mis à jour le 11/01/2013 à 10h44

















































Comme à propos de tous les grands sujets de société, peu de gens, fussent-ils des vecteurs d'opinions et/ou de décisions même « cultivés" , savent nommer et conceptualiser rigoureusement, cela donne trop d'importance, y compris pour des raisons électoralistes, au sujet finalement sociétalement très secondaire et non prioritaire du soi-disant « mariage pour tous ». Alors que paradoxalement il y a de plus en plus de couples qui n'ont pas le sentiment d'être inégaux en ne passant pas devant monsieur le maire.
Alors que çà n'a rien à voir en soi avec Dieu, la morale, la religion ou l’orientation politique, déjà il faudrait ne pas (se) tromper : la phobie, c'est la crainte, ça n'est pas le rejet, la haine ou le pousse-au-meutre. Et s'il n'est pas insensé de craindre les conséquences de l'homosexualité banalisée, surtout quand il est question d'adoption ou de PMA, pour autant l’homosexualité n'a pas du tout à être méprisée, même si on n'est pas forcément obligé de devenir homophile. Alors que prétendre qu'il s'agit avant tout dans le cas de lutter contre l'homophobie est totalement malhonnête ; tout comme quand on prétend agresser un pays dont les ressources minières ou pétrolières vous intéressent pour défendre la liberté des femmes.
Le mariage est un concept étroitement lié au concept famille. De tout temps et partout il a signifié , entre autres, attirance, échange et/ou partage sexuel physique et psychique, dans un cadre de vie voulue commune officialisée au moins par un représentant de la collectivité civile, entre une personne disposant d'un pénis et bien plus que ça et d'une personne disposant d'un vagin et qui ne se réduit pas à çà. Entre autres, dans un légitime but érotique enrichissant, avec généralement l'envie (pas toujours altruiste) de concrétiser l'expression de son amour mutuel et réciproque dans un ou plusieurs « nous deux génétiquement réunis » », en contribuant ainsi « au passage » à la survivance de l'espèce humaine, malgré le triste état croissant de la planète .
Le reste est futilités et ne préoccupe guère la majorité des couples gays ou lesbiens sages, sereins et équilibrés. On peut plaindre les autres.
Pourrait- on imaginer des gens qui ont une conscience écologique très fortement développé, une attitude entrepreuniale, manageriale très libre- marché, une attitude sociale ( services minimum, le moins d' assistance possible) juste ce qu' il faut pour garantir une paix sociale payable, une totale liberté individuelle .. pour autant qu' elle se cantonne dans le cadre de la stricte vie privée et qu' elle ne soit jamais à charge du contribuable. Et en plus vraiment Européen, respectant la subsidiarité et une fiscalité minimale commune.
Cela donnerait quoi? Un centre? Non. Une droite? Non. Une Gauche? Non. Un vert? Non.
Une nouvelle espèce? Pourquoi pas un "EL", Européen libéré? ( ... de tous les complexes et préjugés possibles, ouvert aux opportunités).
L'auteur de l'article découvre l'eau tiède : la société française est clivée. Quelle nouveauté ! Quant au clivage gauche-droite, il n'a jamais disparu, il ne risque donc pas de "resurgir du passé". Bien des commentateurs myopes ont dit : Sarkozy clive la société française. Quelle naïveté ! Sarkozy utilisait à son profit, au profit de sa politique et de ses amis, un clivage préexistant, qu'il ne faisait qu'amplifier. Hollande veut une société apaisée, des Français réunis, mais c'est un fantasme ; les rapports sociaux sont clivants, les oppositions d'intérêt sont réelles, et l'idéologie de droite n'est pas celle de gauche, quelles que soient les nuances au sein de chaque famille, au sein de chaque peuple. Les fondements historiques de tout cela sont connus et vérifiables, pour peu qu'on veuille se donner la peine de les chercher et les comprendre. La vraie malhonnêteté intellectuelle est à chercher du côté de ceux qui, toujours au profit des possédants et des puissants, ont déclaré "la fin de l'Histoire", "la fin des idéologies", "la fin de la lutte des classes", et autres fadaises.
Une des meilleures et plus équilibrées analyses que j'ai vues sur le sujet en particulier chez Slate qui donne beaucoup,pardon de le dire,dans la propagande "pro-mariage gay",libéralisme de type anglo-saxon oblige,je suppose...
En particulier je note avec intérêt (et approuve) l'idée que la dérive sociétaliste de la gauche(suivez mon regard vers Terra Nova et ses épigones) explique beaucoup de choses.Du reste l'article est trop mesuré pour ajouter qu'il y a là une part d'enfumage face à une réalité socio-économique sur laquelle on a quasiment renoncé à influer(par renoncement raisonnable ou lâche abandon,l'histoire le dira).
Sauf à dire que la gauche est pour l'évolution et l'adaptation sociétale et que la droite est pour le retour à l'obscurantisme....
La fracture est très présente au sein même de tous les groupes sociaux et politiques...
La différence c'est qu'une partie de la gauche est au pouvoir...
La question du mariage ne pose de problème à personne... c'est la question de l'accueil des enfants par les homos qui ne peuvent en avoir au sein du couple...
1- le droit à l'adoption est ouvert au célibataire homo depuis longtemps... et les enfants adoptés sont le plus souvent élevé par un couple.... Et il y a suffisamment de recul pour constater que les enfants elevés par des homos sont ni plus ni moins en souffrance que les autres ( et qu'au contraire une partie des souffrances tient du fait même de l'homophobie entretenue par les opposant)
==> reconnaitre un couple d'adoptant me parait sécuriser les droits de l'enfant vis à vis des deux parents qui l'ont élevé, en cas d'évenement de la vie...
==> s'y opposer, c'est non seulement une vraie hypocrisie, mais aussi contester clairement l'adoption par parent isolé...
2- la procréation assistée (PMA et GPA)... faut il mettre la science au service de l'homme... Le fait est que tout ce qui concourent à avoir plus d'enfants dans notre pays est bon.... et que ma préoccupation est plus sur les inévitables écueils de la marchandisation ... raison de plus de l'encadrer en France.. il y a tellement de femmes qui sont plus heureuses enceintes... et si l'on accepte le principe du don d'organe... le prêt du ventre, sur des femmes psychologiquement stable... ne me pause pas plus de problème que l'ablation d'un rein... d'un bout du foie...
Bref, c'est un clivage entre pragmatismes et réalistes face à l'évolution du monde, de notre société.... face à des conservatisme plus ou moins idéologiques dont notre pays souffre tant...
Et nous trouvons dans toutes les mouvances ( y compris religieuses) le même clivage....
Il est un fait que nos nouveaux gouvernants ont une fâcheuse tendances à cliver notre corps social : entrepreneurs et salariés; hétéro et homo. Ils oublient aussi qu'ils ont été élus avec 51% des suffrages avec un taux de participation de +:- 72%.....; ils oublient que les homo c'est 5 à 10% de la population adulte et que le mariage ne concernera que 2 à 3% d'entre eux. Déclencher une telle fracture en ce moment relève de la haute stratégie politique des contre feux. Les vrais enjeux sont ailleurs et l'incapacité à prendre comme d'autres à bras le corps les vraies questions économiques et sociales. Un chômeur reste un chômeur hétéro ou homo; la chasse aux riches est une grosse farce. Le monde entier bouge et nous faisons du surplace, arc-boutés sur des visions, des solutions d'un autre age; J'ajouterai pour terminer qu'en tant qu'hétéro, chrétien, entrepreneur chef d'entreprise et ancien officier de réserve j'ai mal à mon pays et j'ai la colère sourde mais profonde. Ce n'est pas parce que je paie mes impôts normalement que je ne suis pas un révolté. Que les jacobins prennent garde de ne pas tenter de nous étouffer : nous sommes là et avons légitimité à exister et défendre nos valeurs. Chrétiennement vôtre
Bonjour,
Je ne suis pas sûr que le clivage droite / gauche ressurgisse du passé mais au contraite qu'il continue d'exister malgré la quasi disparition de l'illusion communiste et que le clivage sur le mariage est en partie transversal à l'axe droite / gauche, lesquelles droite et gauche aimeraient bien le récupérer.
Je regrette quant à moi que les homosexuels soient en partie "hétérophobes" et refusent de reconnaître les valeurs spécifiques du mariage entre une femme et un homme : valeur naturelle, valeurs culturelles qui s'expriment de tant de façons diverses dans les sociétés et surtout valeur symbolique de l'union des différences.
J'ai le sentiment que beaucoup s'imaginent que l'accès au mariage va régler le problème de fond qui selon moi est un problème de reconnaissance, laquelle a tellement progressé toutes ces années ; on pouvait penser que le pacs allait contribuer à cela, mais ce n'est pas le cas, ce n'est pas assez ; certains pensent que le mariage va le régler, mais ce ne sera pas le cas ; jusqu'où ira-t-on dans la négation de la réalité et la perte du bon sens, prétendument au nom de l'égalité ?