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Dr House, diagnostic de fin (1)

Regarde-t-on différemment son médecin quand on sait qu’il va disparaître? Chacun peut tenter l’expérience avec, en France, la diffusion de la dernière saison. En entame, un délicieux séjour en prison suivi de la goûteuse histoire d’un greffon de deux poumons.

© 20th Century Fox Television

Attention, cet article contient des spoilers et raconte certains passages des deux premiers épisodes de la saison 8.

Il nous revient mais il est fini. On ne lui cachera pas la vérité puisqu’il sait tout de ceux qui souffrent. Ce sera une affaire de quelques semaines, au mieux de quelques mois. Pour l’heure, le Dr House nous revient en pleine forme. Il y a certes toujours la sale claudication; toujours l’assuétude pour des antalgiques à ne pas laisser traîner dans la salle de bain.

Pourtant sous les tics, sous les mimiques faciales et la barbe de trente jours, il y a comme une jeunesse retrouvée. La prunelle brille. Un traitement aux cellules souches de fœtus ovins dans une clinique à but lucratif de Montreux? La joie à peine masquée de l’acteur qui va en finir avec une affaire rentable mais castratrice? 

Previously on Dr House

Huitième saison, donc. Et la fin annoncée des haricots à la cantine du Princeton-Plainsboro Teaching Hospital. Pour l’heure, Gregory House n’est pas dans son service. Sa tenue a changé: un peu moins blanche, nettement plus carcérale. On se souvient peut-être de ses dernières errances médicamenteuses de la saison passée, de la destruction du salon d’une Cuddy devenue nettement moins palpitante à son endroit. Il arrive, aux Etats-Unis aussi, que les plus belles femmes se lassent de tout, vous y compris. Refusant crânement un avocat, notre héros est condamné à un an de prison. Il y trouve un autre concentré de pathologies, d’autres formes de violences violemment réprimées, d’autres quêtes de survies individuelles.

Campant toujours à mi-chemin du normal et du pathologique, House y fera merveille. Objet de racket (le paracétamol additionné d’opiacés est un produit assez apprécié des prisonniers), il déploiera (envers Jessica Adams, jeunette médecin de la pénitentiaire) son charme et ses talents diagnostiques. Mais à l’infirmerie cette fois.

Côté éthique, toujours atypique, il sauvera une misérable vie. Côté misanthropie et bêtes féroces, c’est une autre paire de manches: il trouve dans cette geôle une autre race de caïds, des nettement plus fort que lui avec, semble-t-il, un peu moins d’humour. Et ici les malades ne sont pas alités.

House, à la manière de Céline, clame avoir fait une croix sur la médecine. On rigole. Et comme dans le cas du Dr Destouches, c’est son passé de médecin qui permettra à l’artiste de sortir plus tôt que prévu de la jungle où il a tout fait pour s’embourber. Dans les deux cas, un bracelet électronique à une cheville. Et le besoin d’exercer coûte que coûte, pour continuer un peu à vivre de la haine des médiocres.

De retour sur les lieux d’antan, House veut lui aussi croire que rien n’a changé. Mais le Princeton-Plainsboro ne l’a pas attendu. Néanmoins, son premier cas post-prison est une pure merveille. C’est A bout de souffle revisité, magnifié, éthéré. Sous cloche oxygénée: des milliards d’alvéoles, cinq lobes, quelques bronchioles, deux ou trois grosses bronches et une trachée. Cet arbre pulmonaire, cette fonction respiratoire, a été prélevé chez un jeune homme mort, c’est fréquent, en tombant de son deux roues motorisées. Ces tissus salvateurs sont en partance vers une receveuse alcoolique dont les poumons tombent en flanelle.

Gros problème: sous sa cloche le greffon est en train, lui aussi, de rendre l’âme. S’en suit un vingt-quatre heures chrono de haut vol. Pourquoi ces poumons toussent-ils donc? Pas question, on s’en doute, de faire une biopsie pour l’anapath.

House franchit alors tous les obstacles matériels et éthiques. Jusqu'à la découverte du pot aux roses: les poumons vont mal parce que leur ancien propriétaire avait le vice dans le sang: c’était un fou de poker et chacun sait que ce jeu réclame des salles enfumées. Tabagisme passif? Tabagisme passif associé à une anomalie génétique. Dans les cinq dernières minutes, arrive la grise cavalerie cellulaire neuronale de House. Signes, diagnostic, traitement. Au suivant.

Où l’on perçoit clairement l’un des ressorts du formidable succès de cette série: cristalliser les angoisses collectives en les incarnant dans un corps souffrant promis à une mort précoce. Une affaire connue: un corps dont la chair fait sens. L’épisode du paralytique s’est enrichi: désormais ce sont des foules qui marchent, sur canapé. Saison après saison, le Dr House nous le démontre: la catharsis, cette purgation collective, fonctionne toujours de nos jours. De préférence à la télévision.

Jean-Yves Nau

To be continued.../...

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