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Ballon d'or: Lionel Messi n'est pas le meilleur footballeur de tous les temps

Yannick Cochennec, mis à jour le 07.01.2013 à 20 h 19

Quadruple lauréat de la récompense individuelle suprême, le joueur du FC Barcelone accumule les records, comme Federer, Schumacher ou Phelps, certes. Mais les chiffres ne veulent rien dire.

Avril 2010, Messi célèbre son but face à Arsenal en quart de finale de la Ligue des Champions. Albert Gea / REUTERS.

Avril 2010, Messi célèbre son but face à Arsenal en quart de finale de la Ligue des Champions. Albert Gea / REUTERS.

Alors qu’il vient de recevoir le quatrième Ballon d’or de sa carrière –un record dans l’histoire de ce trophée–, Lionel Messi est déjà catalogué ici ou comme le plus grand footballeur ayant vécu sur cette terre, sachant qu’il jouerait aussi –autre avis partagé par beaucoup– dans la plus belle équipe jamais mise en place, le FC Barcelone.

Ce n’est évidemment pas vrai.

S’il est déjà possible de contester le fait de sacrer un footballeur sur le plan individuel dans la mesure où la réalisation de son talent dépend tout de même un peu de ses coéquipiers –c’est la théorie de So Foot, volontairement à rebours de France Football, hebdomadaire créateur de ce Ballon d’or–, il est aussi complètement vain de comparer les sportifs à travers les époques.

Et ce constat vaut aussi bien pour Lionel Messi que pour ses contemporains, Roger Federer et Michael Schumacher, qui seraient les plus grands en tennis et en Formule 1 sous le prétexte que l’un possède 17 titres du Grand Chelem, soit trois de plus que son poursuivant, Pete Sampras, et que l’autre a été couronné sept fois champion du monde, soit deux unités de plus que Juan Manuel Fangio.

Tito Vilanova, l’entraîneur de Lionel Messi au FC Barcelone, s'est ainsi exclamé:

«Nous ne verrons plus jamais de joueur comme lui. Pas seulement en raison de sa capacité à marquer des buts et son habilité à faire des passes, mais aussi à cause de sa compréhension du jeu en attaque et en défense.»

Mais qu’est-ce qu’il en sait au juste, Tito?

Au fond, il en va de l’existence du plus «grand champion de l’histoire» comme de l’existence de Dieu. Il y a de très fortes chances pour qu’il n’existe pas. Même si les stades sont devenus nos nouvelles églises avec leurs armées de croyants en un Dieu incarné en short, il ne faut pas toujours gober ce qui s’y raconte, quand bien même l’heureux élu s’appelle Messi et que son destin relève du miracle en raison des handicaps physiques qui ont affligé le début de sa jeune carrière.

D'autres temps

En sport, et comme dans bien des domaines, les statistiques sont souvent biaisées. Comment, en effet, juger un Lionel Messi au regard d’un Pelé ou d’un Diego Maradona alors que le Ballon d’or a été exclusivement réservé aux Européens dans son règlement jusqu’en 1995? Quel orgueil serait le nôtre à vouloir prétendre que Roger Federer serait «meilleur» que Rod Laver sous le prétexte qu’il compte six levées en Grand Chelem de plus que l’Australien, interdit de participation aux tournois majeurs entre 1963 et 1967 parce qu’il était passé dans les rangs professionnels (le tennis était amateur à l’époque)?

Par quelle magie départager Juan Manuel Fangio, cinq fois champion du monde avec cinq moteurs de marque différente et dont la carrière a seulement duré huit ans et Michael Schumacher, propulsé cinq fois jusqu’à la récompense suprême par le même moteur Ferrari et encore sur les pistes à l’âge de 43 ans?

Et il serait imaginable de multiplier les cas à l’infini dans toutes les disciplines tant les compétitions ont changé au fil du temps. Si les 18 médailles d’or de Michael Phelps sont, par exemple, phénoménales aux Jeux olympiques, elles ne trouvent aucun écho avec la réalité d’autres sports où les athlètes ne peuvent pas se démultiplier dans huit épreuves comme l’Américain.

Là encore, les chiffres ne veulent strictement rien dire. Michael Phelps n’est pas le plus grand champion olympique de l’histoire des Jeux et peut-être n’est-il pas non plus le grand nageur ayant parcouru les bassins. Il demeure l’un d’entre eux.

Le meilleur du moment

Pour s’affranchir des champions du passé, beaucoup précisent qu’à l’époque de ces anciennes idoles, les concurrences n’avaient rien à voir avec celles d’aujourd’hui. Parce qu’il y aurait eu moins de sportifs de haut niveau jadis, il y aurait eu, en quelque sorte, moins de gloire à triompher en oubliant qu’en ces temps-là, voyager à travers le monde relevait, par exemple, de la gageure bien loin des «premières classes» de nos champions d’aujourd’hui, en permanence chouchoutés par des entourages pléthoriques. Accumuler les victoires dans ce relatif inconfort avait aussi valeur d’exploit à sa manière.

En sport, il n’existe pas d’époque plus dure que les autres. Laisser croire, comme c’est le cas actuellement, que le tennis n’aurait jamais été autant dominé que par les quatre premiers actuels –Novak Djokovic, Roger Federer, Andy Murray, Rafael Nadal– est un leurre d’ailleurs plus ou moins dénoncé par Federer. C’était également le cas dans les années 1920 avec l’Américain Bill Tilden et les trois Mousquetaires français, Henri Cochet, René Lacoste et Jean Borotra. Sauf qu’à ce moment-là, traverser l’Atlantique ou rallier l’Australie année après année par bateau, c’était tout bonnement impossible –cette emprise bien réelle ne se reflète donc pas dans les palmarès.

Mais rassurons-nous: si le présent n’est pas supérieur au passé, il ne lui est pas non plus inférieur selon le principe que le sport serait une nostalgie et que «c’était mieux avant» –autre orgueil largement répandu en sport. Messi n’est pas le plus grand footballeur de l’histoire. Il est seulement le plus grand footballeur de son temps. Et c’est déjà pas mal pour être apprécié avec plaisir sans être assommé de superlatifs qui donnent le tournis…

Yannick Cochennec

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