Mes résolutions high-tech pour 2013

Cesser d'essayer d'organiser ma boîte mail. Arrêter Twitter. Et autres résolutions visant à améliorer mon rapport à la high-tech en 2013.

Beyonce, peut-être le plus petit chien du monde, sur un iPhone, en mars 2012 en Californie. REUTERS/Lisa Van Dyke/El Dorado Dog Photography

- Beyonce, peut-être le plus petit chien du monde, sur un iPhone, en mars 2012 en Californie. REUTERS/Lisa Van Dyke/El Dorado Dog Photography -

Je suis journaliste spécialiste des nouvelles technologies; pour autant, la technologie et la façon dont je l’utilise demeurent pour moi une source de frustration permanente.

A mes yeux, les appareils sont toujours trop lents, leur utilisation trop agaçante, leurs logiciels trop buggés; je demeure donc constamment à l’affût de nouveaux procédés.

Nous venons d’entrer dans une nouvelle année; une bonne occasion d’apporter des modifications à certaines de mes habitudes pour tout ce qui touche à la technologie. J’ai dressé une liste de cinq «techno-résolutions» pour la nouvelle année. Peut-être vous reconnaîtrez-vous dans certaines d’entre elles.

1. Faire une croix sur l’idéal du «zéro messages non lus»

Ma boîte mail contient 91.109 messages non lus, et j’en suis fort aise. Pire: j’ai affublé 4.152 messages d’une icône signalant leur importance, afin de m’y pencher plus tard, à tête reposée –mais je n’en ai rien fait.

Ce chaos est-il selon vous le fait d’une paresse coupable? Votre propre boîte de réception est-elle pareillement surchargée, et avez-vous fait le souhait, tourmenté que vous êtes par les remords et l’angoisse, de changer de méthode épistolaire au tournant de l’année?

Voulez-vous répondre avec plus de rapidité, faire preuve de plus de rigueur, mettre au point un système vous permettant d’éviter de rater les messages de première importance? Caressez-vous l’idée de déposer le bilan de votre boîte mail –autrement dit, d’avouer publiquement à vos amis et vos collègues que vous renoncez désormais à leur répondre?

Pour la nouvelle année, j’ai décidé de remiser ces méthodes au placard. J’ai essayé de gérer mes emails pendant plusieurs années. Je me suis essayé au «Inbox Zero» («zéro messages non lus») –l’art de posséder une boîte mail sans messages à lire ou auxquels répondre, une méthode zen sensée chasser vos remords et vous réconcilier avec le monde.

J’y suis parvenu une ou deux fois au cours de mon existence. La chose n’est pas aisée, mais elle n’est pas impossible (voici quelques-unes de mes astuces). Il est encore plus complexe d’entretenir l’«Inbox Zero», mais si vous êtes consciencieux et que vous avez du temps à perdre, vous pourrez certainement y parvenir. Attention, cependant: le volume des emails que nous recevons va croissant, il vous faudra donc y consacrer toujours plus de temps.

Voilà ce que j’en pense: l’Inbox Zero ne mérite pas qu’on y consacre tout ce temps. C’est une chimère. Autant que je sache, le fait de s’efforcer de répondre à chaque mail, d’archiver chaque message et d’entretenir sa boîte de réception n’améliore en rien notre qualité de vie.

Certes, il est important de remplir ses obligations –si le fait de répondre à votre patron est une part importante de votre vie professionnelle, il vous faut évidement répondre à ses messages. Mais si vous faites bien votre travail, vous n’aurez aucun problème de ce côté-là.

En un mot: ne considérez pas l’Inbox Zero comme un idéal en soi. Aussi ordonnée soit-elle, votre boîte de réception n’est rien de plus qu’un signal sur un serveur anonyme, quelque part sur la planète. N’y voyez pas la preuve que vous avez repris votre vie en main.

Plutôt que de nettoyer ma boîte de réception, j’ai peu à peu appris à l’accepter comme elle est. Voici un aperçu de mon rapport quotidien au courrier électronique: j’essaie de lire la plupart des messages qui me parviennent. Je réponds immédiatement lorsque la chose est possible. J’essaie d’en mettre une partie de côté pour y revenir plus tard. Dans la semaine, je prends quelques moments pour répondre à ces messages, autant que faire se peut. Ce système n’est pas parfait. J’oublie de répondre à certains messages. Je réponds souvent beaucoup plus tard que je le devrais. Il arrive que je rate des mails importants.

Mais ces retards ne me soucient guère –et c’est là la clé de mon système. Je ne suis pas un as de la messagerie électronique, certes –et alors? Tant que vous menez votre vie professionnelle et personnelle sans accrocs, vos habitudes épistolaires ne peuvent causer votre perte.

De fait, si vous optez pour mon insouciante philosophie (appelons-la «Inbox Infinity»), vous découvrirez bien vite que la majorité de vos mails ne sont finalement pas d’une grande importance. Je sais désormais que les réponses tardives conviennent à la majeure partie de mes interlocuteurs, et pour cause: leurs propres boîtes de réception sont tout aussi chaotiques. Ils savent ce que c’est. Et lorsqu’une personne a vraiment besoin de vous joindre, elle peut vous envoyer un nouveau message. Vous appeler. Vous contacter via messagerie instantanée. Vous envoyer un tweet. Ou se déplacer et toquer à votre porte.

2. Moins utiliser Twitter

En 2012, Twitter a évolué pour devenir le service dont j’avais toujours rêvé: la plus parfaite des sources d’information au monde. Pour les accros à l'actu dans mon genre, Twitter est devenu la meilleure façon de suivre les évènements d’importance en direct (la fusillade de Sandy Hook, l’ouragan Sandy, la débâcle du mur budgétaire). Même les sujets au long cours, étendus sur plusieurs mois (la campagne présidentielle, par exemple) se sont avérés encore plus passionnants en étant passés au crible de millions de tweets.

Je me suis rendu compte que Twitter ne se contente pas de m’aider à décrypter l’info; il me permet également de la replacer dans un contexte, chose pour le moins importante. Dans un ouvrage paru il y a quelques années, je disais nourrir quelques inquiétudes quant à Internet; notamment sa capacité à répandre les rumeurs et sa propension à nous attacher à nos propres chambres d’écho.

Twitter constitue désormais le plus puissant des contrepoids à ces deux tendances. Cette affirmation vous surprend peut-être, Twitter étant souvent accusé de colporter des informations erronées (combien de fois y a-t-on annoncé le décès de Morgan Freeman ?). Mais comme l’a écrit John Herrman (du site BuzzFeed) dans l’un des billets de blog les plus intelligents de l’année, «la capacité de Twitter à colporter de fausses informations est plus que contrebalancée par sa féroce propension à l’autocorrection». C’est également le cas en matière de chambres d’écho: pour peu que vous suiviez quelques dizaines de personnes sur Twitter, vous serez immanquablement confronté à un grand nombre d’idées directement opposées à vos convictions personnelles. Twitter est l’anti-bulle de filtres.

Mais, me direz-vous, pourquoi bouder Twitter si je l’aime à ce point? Parce qu’il me prend trop de temps. Twitter est aujourd’hui fermement enraciné dans le monde des médias, si bien que la plupart des informations que me fournit ce site sont presque immédiatement récupérées par les autres sources d’actualités. Il n’est donc plus réellement nécessaire de rester à l’affût de la moindre info sur Twitter; les articles relayés par les bons agrégateurs d’actualités (Techmeme, The Drudge Report, The Slatest, Digg...) puisent allégrement dans les contenus de Twitter.

Ces derniers temps, je me suis rendu compte que Twitter était, pour moi, moins une source d’information qu’un vecteur de procrastination. Je suis happé par les menus détails de l’actualité, par des informations qui ne m’avaient jamais intéressé par le passé –j'ai par exemple suivi, en direct, le décompte des voix de l’élection du président de la Chambre des représentants– pour la simple raison qu’on en parle sur Twitter.

Ce n’est pas une vie. Twitter est la source d’information la plus exhaustive au monde –et par conséquent la moins efficace. Votre temps est trop précieux pour être gâché de la sorte. Du moins, mon temps l’est.

3. Apprivoiser le clavier des téléphones portables

Je suis loin d’être un dactylo hors pair sur les meilleurs claviers –et sur les écrans tactiles, c’est la catastrophe. Je suis lent, et les coquilles sont légion. Certes, je suis loin d’être le seul à rencontrer des difficultés avec les écrans tactiles –mais j’en connais qui maîtrisent leur engin avec la dextérité d’un ninja. Et il ne s'agit pas exclusivement d'enfants ou d'ados. Mark Zuckerberg a écrit la lettre aux investisseurs de l’introduction en Bourse de Facebook (plus de deux mille mots) sur son iPhone.

Il ne s'agit pas d'être capable de rédiger un traité, mais j’aimerais pouvoir aligner plus d’un mot dans mes SMS. A ce jour, tous les emails que j’envoie via mon portable sont difficiles à rédiger et truffés de fautes de frappe. Je peux certainement faire mieux.

Comment m’améliorer? Par la pratique, évidemment. Il existe plusieurs applications permettant de s’entraîner, disponibles sur téléphones portables. Je vais en installer une.

4. Utiliser Android plus souvent

Windows n'est plus l'unique plateforme d'informatique personnelle, et ce déclin est l'une des meilleures évolutions technologique de la dernière décennie. Il y a une dizaine d'années, j'utilisais exclusivement Windows. Aujourd'hui, la plupart des logiciels que j'utilise quotidiennement fonctionne sur le Web ou sur une grande variété d'appareils; je peux donc passer de mon PC fonctionnant sous Windows à mon portable Mac très rapidement.

Mais les appareils mobiles sont moins compatibles entre eux. Les Apple et les Android dépendent de plateforme de téléchargement d'applications différentes, et la plupart des gens optent pour une seule de ces deux marques. Ce qui provoque un phénomène d'enfermement: vous continuez d'acheter des iPhone parce que toutes vos applications ne fonctionnent que sur les appareils Apple, alors qu'un autre produit pourrait mieux vous convenir.

Cela pourrait bien m'arriver à moi aussi, et ça m'inquiète. En tant que journaliste spécialiste des nouvelles technologies, j'ai l'occasion d'essayer une grande variété de nouveaux téléphones; j'ai donc constamment un appareil Android à portée de la main. Mais mon principal téléphone et ma principale tablette sont des produits Apple. Rien de grave à cela: les appareils mobiles d'Apple sont les meilleurs de la planète. Je préfère l'iPhone et l'iPad a leurs concurrents.

Ceci dit, je redoute l'enfermement. Je ne veux pas me restreindre à un appareil en particulier, à un seul mode de fonctionnement. Je veux avoir l'esprit ouvert. J'ai donc décidé d'échanger mon iPhone adoré contre un téléphone Android, et je vais essayer de m'y tenir pour au moins six mois. Ce changement est motivé par ma profession, mais je pense qu'une permutation de ce type profiterait à tout un chacun. Tant que vous n'aurez pas essayé l'alternative, vous ne saurez jamais si vous êtes passé à côté de quelque chose –ou si vous avez tiré le gros lot du premier coup.

5. Enregistrer plus de moments de la vie quotidienne

Depuis la naissance de mon fils, il y a quelques années, je capture de plus en plus de moments de la vie quotidienne pour la postérité. Je photographie et filme mon bambin tous les jours. Etant journaliste, j'enregistre également de nombreuses conversations –je prends des notes, j'enregistre des appels téléphonique et des entretiens de visu.

Et pourtant, rien n'y fait: de nombreux moments m'échappent. Mon fils parle depuis six mois environ, et j'ai suivi l'évolution de son élocution avec fascination. L'un de ses premiers mots était «cookie», mais il le prononçait «cook-a». Puis, au fil de quelques mois, il a peu à peu corrigé le tir. Aujourd'hui, sa prononciation initiale m'a échappé; je ne l'ai pas enregistrée, parce que je n'avais pas compris à quel point elle était éphémère; je n'avais pas compris qu'elle se transformerait bien vite, et que je finirais par l'oublier. Elle a donc disparu à jamais.

Cette année, je compte filmer beaucoup plus de vidéos. L'idéal serait d'installer des caméras dans toutes les pièces de la maison, et de filmer le tout. Un parc de serveur conserverait ainsi des heures et des heures de vidéos de ma petite famille, quelque part sur la planète.

Je n'ai pas les ressources des producteurs du Truman Show, mais je vais faire l'effort de sortir mon téléphone et d'enregistrer plus de moments du quotidien. Même –ou surtout– si le moment filmé est banal et sans intérêt particulier, je m'efforcerai de l'immortaliser. Je filmerai les dîners. Je filmerai les bains. Je filmerai les histoires du soir, les crises de colère, le rituel de l'installation dans le siège pour bébé de la voiture... je filmerai tout.

Suis-je en train de faire preuve d'un narcissisme honteux? Mes projets ne sont-ils qu'une pathétique tentative de me prémunir contre l'inévitable fin de l'enfance de mon fils? Certes. Et pourquoi pas? Bien peu de restrictions technologiques nous empêchent aujourd'hui de filmer l'ensemble de notre quotidien. Nous disposons d'assez d'espace de stockage, et les caméras sont partout. Bientôt, toutes ces vidéos pourront être consultées via un moteur de recherche.

Dans quarante ans, je serai vieux et fatigué; ne serais-je alors pas comblé de joie en revoyant mon fils et notre vie de famille l'espace de quelques minutes, lors d'un jeudi ordinaire, à l'époque où les robots n'avaient pas encore pris le contrôle de la planète?

Farhad Manjoo

Traduit par Jean-Clément Nau

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L'AUTEUR
Farhad Manjoo, ancien chroniqueur high-tech à Slate.com, est désormais au Wall Street Journal. Vous pouvez toujours le suivre sur Twitter @fmanjoo Ses articles
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Publié le 09/01/2013
Mis à jour le 09/01/2013 à 5h00
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