Comment Gérard Depardieu est devenu Russe
Films, publicités, vin, amitiés avec les politiques... Depuis une vingtaine d'années, l'acteur, qui vient de récupérer son passeport russe, cultive ses attaches dans le pays et dans d'autres anciennes républiques soviétiques.
- Gérard Depardieu et Vladimir Poutine, le 11 décembre 2010 à Saint-Pétersbourg. REUTERS/Alexei Nikolsky/RIA Novosti/Pool/Files. -
Ça y est, c'est fait, Gérard Depardieu est arrivé en Russie où il a rencontré Vladimir Poutine et a reçu son nouveau passeport russe, a confirmé ce dimanche 6 janvier le porte-parole du Kremlin. Deux jours plus tôt, on apprenait que le président russe avait signé un décret accordant la citoyenneté russe à Gérard Depardieu. Le 20 décembre dernier, en pleine polémique sur l'exil fiscal de l'acteur, qui avait menacé de rendre son passeport français, il avait déjà déclaré:
«Si Gérard veut avoir un passeport russe, c'est une affaire réglée.»
Vladimir Putin signs order giving Gérard Depardieu Russian citizenship
— President of Russia (@KremlinRussia_E) Janvier 3, 2013
Le porte-parole du gouvernement russe, Dimitri Peskov, a déclaré à l'agence de presse russe Interfax que cette offre était «fondée sur l'importante contribution de Depardieu à la culture nationale et au cinéma». Il faut dire que Gérard Depardieu entretient des liens étroits avec la Russie et d'autres républiques de l'ex-URSS, où il est considéré comme le meilleur représentant du cinéma français et est régulièrement invité à de nombreux galas, inaugurations, festivals...
L'acteur a d'ailleurs écrit une lettre, révélée jeudi soir par la chaîne de télévision russe Pervyi Kanal, qui est un véritable chant d'amour à son nouveau pays de passeport:
«J'adore votre pays la Russie, ses hommes, son histoire, ses écrivains. J'aime y faire des films où j'aime tourner avec vos acteurs comme Vladimir Mashkov. J'adore votre culture, votre intelligence.
Mon père était un communiste de l'époque, il écoutait Radio Moscou! C'est aussi cela, ma culture.
En Russie, il y fait bon vivre. Pas forcément à Moscou, qui est une mégapole trop grande pour moi. Je préfère la campagne, et je connais des endroits merveilleux en Russie.
[...] J'en ai même parlé à mon Président, François Hollande. Je lui ai dit tout cela. Il sait que j'aime beaucoup votre Président Vladimir Poutine et que c'est réciproque. Et je lui ai dit que la Russie était une grande démocratie, et que ce n'était pas un pays où un premier ministre traitait un citoyen de minable. [...]
Slava Rossii!! Spasibo! [Gloire à la Russie!! Merci!]»
«Je me suis élevé avec Dostoïevski, Pouchkine, Tolstoï»
Depardieu s'est souvent dit passionné par la culture russe. A Noël 2011, l'acteur expliquait au Journal du dimanche:
«Je me suis élevé avec Dostoïevski, Pouchkine, Tolstoï, Maïakovski. La première fois que je suis allé en Russie, c’était avec Marcello Mastroianni, en pleine perestroïka. Moi qui ne voulais pas y mettre les pieds avant, j’ai découvert des gens qui me ressemblaient.»
Il y a déjà près de vingt ans, en mars 1993, on retrouvait d'ailleurs l'acteur en une de Télérama en compagnie de l'artisan de la perestroïka, Mihaïl Gorbatchev, qui avait quitté la tête du pays un peu plus d'un an plus tôt.
L'hebdomadaire publie alors un long reportage sur la visite en Russie d'une délégation d'acteurs, réalisateurs et producteurs français, dont Depardieu, qui enchaîne depuis deux ans les récompenses internationales (prix d'interprétation à Cannes et nomination aux Oscars pour Cyrano de Bergerac, Golden Globe pour Green Card) et est «venu pour trouver le régiment de cavalerie qui lui permettra de reconstituer la bataille d'Eylau dans Le Colonel Chabert» .
L'article revient notamment sur sa rencontre avec l'ancien premier secrétaire du parti communiste:
«Lequel des deux était le plus intimidé? Gorbatchev parlait, Depardieu écoutait. Les nationalités, les risques de conflit, la nécessité de vivre ensemble. Gorbatchev évoquait ses ascendances caucasiennes et autres, sa femme ukrainienne, à moins que ça ne soit son grand-père, on ne sait plus très bien: "Alors, qu'est-ce qu'on doit faire?", demandait-il en se tournant vers Depardieu. La réponse a fusé: "Des enfants!" Les officiels russes en ont été estomaqués. Gorbatchev a ri.»
Applaudir Poutine reprenant Blueberry Hill
Après Gorbatchev, Depardieu a donc réussi à nouer des liens plus étroits avec un autre dirigeant russe, Vladimir Poutine, «un de ses plus grands fans, qu'il fréquente depuis une dizaine d'années, de festivals officiels en soirées privées», comme l'écrivait l'an dernier le Nouvel Observateur. En 2010, on le voyait par exemple assister à un gala de charité à Saint-Petersbourg où il applaudissait son ami alors que celui-ci reprenait Blueberry Hill, notamment interprétée par Fats Domino.
Depardieu s'est aussi lié avec le président ukrainien Viktor Iouchtchenko, dont Poutine avait tenté de bloquer l'arrivée au pouvoir en 2004. En janvier 2007, il passait avec lui le Noël orthodoxe en Ukraine.
Le 5 octobre dernier, l'acteur créait la polémique en déclarant «Gloire à Grozny, gloire à la Tchétchénie, gloire à Kadyrov!» à l'occasion de l'anniversaire de Ramzan Kadyrov, le président tchétchène, soutenu par Poutine lors de son accession au pouvoir, et qui qualifiait en retour l'acteur d'«humaniste», comme le rapportait entre autres l'antenne biélorusse de l'agence Interfax.
Début décembre, il enregistrait Nebo molchit (Le ciel se tait), une chanson avec Gulnara Karimova. Aussi connue sous le nom de Googoosha, celle-ci est la fille du président ouzbek Islam Karimov, très critiqué pour son manque de respect des droits de l'homme. Depardieu accompagnait la chanteuse et diplomate milliardaire en murmurant des mots d'amour en français.
Raspoutine et des pubs
En dehors de ces mamours politiques, l'acteur a aussi eu des projets en ex-URSS: interrogé par le tabloïd Komsomolskaya Pravda en mai dernier, il déclarait d'ailleurs avoir «beaucoup de plans relatifs à la Russie».
En 2011, avec son vieil ami l'acteur Vladimir Machkov, il tourne Raspoutine, un film franco-russe réalisé par Josée Dayan, qui a bénéficié de l'aide de Poutine («Je lui ai soumis le script, pour voir s'il n'y avait pas d'erreurs historiques», déclarait-il peu avant sa sortie). Comme le notait récemment Libération, il est aussi courant de «l’apercevoir dans des productions télévisuelles kazakhes» et il y a également tourné une comédie restée inédite en France, Pozdnyaya Lyubov.
Des rôles essentiellement alimentaires, selon le quotidien, pour celui qui a aussi trouvé dans la région des débouchés de choix pour son vin -même s'il assurait par ailleurs récemment à la Revue des vins de France avoir refusé des propositions pour produire du vin en Géorgie et en Ukraine.
Dans le même article, Libération notait aussi qu'il est fréquent de le voir dans «des publicités pour des compagnies d’assurances et des banques d’Azerbaïdjan».
En Russie, l'acteur a joué dans un spot publicitaire pour du ketchup, ainsi que dans une publicité pour une banque. Dans cette dernière, il déclare:
«J'aime la Russie, on m'aime en Russie, je suis comme vous.»
Célésia Barry et Jean-Marie Pottier
Mise à jour du 6/1/13 avec l'arrivée de Gérard Depardieu en Russie
Mis à jour le 06/01/2013 à 10h03


















































Il faut poser quelques petites question à propos par exemple des Pussy Riot...
Autant je ne suis pas un inconditionnel de Depardieu (ni de Poutine), autant je ne peux que comprendre et partager son amour de la Russie. Il y a comme ça des pays qui correspondent à des personnalités. ça n 'a rien à voir avec la politique, c'est viscéral.
Allez voir par vous-même, vous comprendrez.
J'approuve votre réaction. Les gens qui ne la connaissent pas imaginent une étendue glaciale peuplée de poupées mannequins ou de moujiks alcooliques. Mais il suffit de s'immerger un peu dans le pays pour le ressentir de l'intérieur et être à tout jamais envoûté.
Quant à Depardieu, mis en lumière par les médias et, par ricochets, montré du doigt par les politiques, il répond par un bras d'honneur outrancier.
Après Castro,le président Tchétchène et aussi, se formidable duo avec la fille du dictateur Ouzbek.Pourquoi pas Poutine .Attention GéGé, va en Belgique et deviens Belge ,on ne sait jamais avec les dictateurs.ils sont bizarre ses gens
Il se paie la tête de notre Président ! Depardieu ?, non Poutine !
Le dernier film apprécié fut Danton, ensuite l'acteur se laissa aller physiquement et en comportements grossiers médiatisés et les rôles joués depuis perdaient tout crédit car le casting n'était qu'effet "bancable" trop visible. Le rôle d'Obélix retrouvait intérêt mais pas vraiment flagrant puisqu'à la portée de tous les vulgus acteurs à bonne constitution ! Le talent se fait racoleur depuis trop longtemps.
Le plus mauvais rôle fût cette énorme présence à côté d'une fragile et minuscule Bernadette un certain soir récent d'évènement électoral sarkoziste. Une improvisation surréaliste et donc très drôle !
Il y a aussi cette démarche en soutien curieux pour ce qui retourne de l'arbitraire (Cuba, Poutine...) et de l'accessoire lucratif !
Et la dernière confusion volontairement créée entre une réaction interprétée minable et un être minable. L'acteur a choisi sa définition et son oamp moral semble-t-il pour jouer petitement l'outrage alibi.
Mais après l'invasion glorieuse russe, il y aura la retraite, et celle-ci n'a jamais été historiquement favorable aux français.
Merci Quétinois... Il est difficile de dire mieux et plus juste sinon...
Peut-être un coup d’œil sur la chronique de François Reynard "Idée fisc chez les Césars"... dont je vous livre ces quelques lignes de départ :
"Un exilé fiscal dans le rôle-titre de « La Petite Fille aux allumettes », c’est à pleurer. Le cinéma français qui vient à sa rescousse, ça fait rire. Ne jamais désespérer, les bonnes nouvelles finissent toujours par survenir. Songez à ce qui nous est arrivé à la toute fin de l’an passé : l’affaire Depardieu. Je ne reviens pas sur le fond de l’histoire. À mon sens, il est tout vu. Qu’on soit acteur, footballeur ou marchand de lunettes, quand on est citoyen d’un pays, on y paie ses impôts et puis c’est tout. quand on se tire ailleurs dans le seul but de soustraire son pognon à sa part de solidarité nationale, on prend soin d’épargner à tout le monde une chose en plus : ses jérémiades de persécuté. Sans blague. Tous les journaux, en ce moment, sont remplis de témoignages de pauvres gens ruinés par le chômage et de statistiques d’États ratissés par la crise et il faudrait supporter en plus les larmes de notre néo-Belge dans le rôle-titre de « La Petite Fille aux allumettes » parce qu’il a été obligé de se séparer de son hôtel particulier parisien à 50 millions d’euros !"
Et pour finir, cet autre paragraphe:
"Personnellement, j’ai trouvé excellente la saine colère de Philippe Torreton contre le déserteur fiscal, revigorante son énergie de boxeur, et curieux les arguments qu’on lui a opposés. Il est jaloux, nanani, c’est parce qu’il est moins connu que lui, nanana. Le pompon a été touché par Fabrice Luchini : « Quand on attaque Depardieu, il faut avoir une filmographie solide ». Fascinant. Depardieu part à la dérive, Depardieu pisse dans les avions, Depardieu va ramasser du fric chez les dictateurs les plus pourris de la planète. Oui ! Mais il a tourné avec Truffaut ! Respect ! Et pour pouvoir dire à Luchini à quel point cet argument est inepte, que faut-il ? Une délibération de l’assemblée générale des sociétaires de la Comédie-Française ?"
Il me semble que là, tout est dit...
Merci pour cette mise au point salutaire.
Ceci, Depardieu à toujours été (un peu, beaucoup)fou et il boit comme un trou.
s'il avait dit "j'aime le peuple russe, et sa culture", qui aurait trouvé à redire? Il s'est cru obligé d'en rajouter une louche et Poutine (fréquentable par Sarko en a profité pour redorer son blason.
Par contre Kadirov est chef de bande assassin sanguinaire, et là, ça craint.
Peut être est ce lui qui "liquidé" Anna politovskaia ?
Cf France inter, rendez vous avec X,Hier.
Gégé futur ministre de la culture de mordovie?
On est chez hergé.
Les caricaturistes vont de déchainer!
Ps: heureusement, cette histoire va se terminer en farce Ubuesque.
S'il l'avait récupéré, cela voudrait dire qu'il l'avait avant, et l'aurait, par exemple, égaré. Il l'a "obtenu", tout simplement.
La BNP fait la même erreur de français lorsque sur l'écran des distributeurs de billets on voit la phrase : "Vous pouvez récupérer vos billets". On peut récupérer sa carte, certes, mais les billets on ne fait que les prendre.