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Turquie, RDC, Mali, Syrie, Liban... Les 10 points chauds de l'année 2013

Louise Arbour, mis à jour le 08.01.2013 à 13 h 59

Louise Arbour, présidente de l'International Crisis Group, ancienne procureure au Tribunal pénal international, expose les conflits de la nouvelle année qui menacent la stabilité mondiale.

Un enfant avec la Kalachnikov de son père, à Alep, en Syrie en août 2012. REUTERS/Goran Tomasevic

Un enfant avec la Kalachnikov de son père, à Alep, en Syrie en août 2012. REUTERS/Goran Tomasevic

Chaque année, dans le monde, de vieux conflits s’aggravent, de nouveaux émergent et, parfois, certaines situations s’améliorent. Les orages menaçant l’année 2013 ne manquent pas: une fois de plus, des points névralgiques anciens et nouveaux mettront en grand danger la sécurité des peuples sur toute la planète.

La plupart des listes ont naturellement un caractère arbitraire –et cet inventaire des crises à surveiller en 2013 ne déroge pas à la règle. La priorité de l’un peut très bien être insignifiante pour le voisin, et le cri d'alerte d’un analyste passer pour de l’alarmisme aux yeux d’un autre.

Dans certaines situations –en Asie centrale, peut-être– la prévention a vraiment un sens: le chaos n’est pas encore advenu. Il est plus compliqué d’anticiper le moment où cela se produira, ce qui le déclenchera et le degré de gravité de la chose.

Dans d’autres –en Syrie évidemment– la catastrophe nous étant déjà tombée dessus, la notion même de prévention peut sembler absurde. Elle ne veut rien dire, sauf à essayer d’empêcher que le cauchemar ne s’aggrave ou ne se propage.

Le «top 10» des crises qui suit n’intègre donc pas la violence actuelle liée au narcotrafic au Mexique, les tensions qui bouillonnent autour de la Mer de Chine orientale ou la possibilité de conflit sur la péninsule coréenne après le lancement de fusée de Pyongyang.

Ils auraient pu en faire partie...

Comme si ce mélange n’était pas assez explosif, les nouveaux dirigeants arrivés à la tête de la Chine, du Japon et de chaque côté de la zone démilitarisée de la Corée pourraient bien se sentir obligés de faire reluire leurs références nationalistes à grands renforts d’agressions.

Et je ne mentionne pas non plus les prochaines élections au Zimbabwe, le traumatisme qui frappe actuellement la Somalie ou les évocations de guerre en réaction au programme nucléaire iranien. Toutes ces situations pourraient aisément à elles seules constituer un top 10 des crises.

Se concentrer sur des pays rend également plus difficile de souligner certains courants et tensions qui se propagent à travers les diverses crises auxquelles nous serons probablement confrontés cette année. Voici donc, avant de commencer notre liste, quatre brefs exemples.

Les élections, comme chacun sait, constituent un immense facteur de tensions pour les régimes fragiles: si elles sont un bien à long terme, elles posent parfois des difficultés immédiates. Les élections présidentielles de 2011 en République démocratique du Congo n’ont pas su éviter ces difficultés, et la violence actuelle dans les provinces de l’Est de la RDC est au moins en partie imputable à la faillite de gouvernance que les élections ont plutôt exacerbée. Cette année, tous les yeux seront braqués sur la manière dont le Kenya et le Zimbabwe gèreront leurs élections, ainsi que sur la réaction de la région et du monde.

Le même genre de tensions oppose les bénéfices à long terme de la justice –promotion de la responsabilité et gestion d’une accumulation de griefs– et la réalité des risques immédiats qu’elle peut poser. Que ce soit au Yémen, au Soudan, en Syrie, en Libye, au Kenya ou en Colombie, le débat «la justice ou la paix» a grand besoin d’une réflexion nouvelle.

Le problème des sanctions

Le rôle des sanctions dans la prévention des conflits semble aussi trop souvent impliquer un dialogue de sourds. Les sanctions ont-elles encouragé le changement au Myanmar (ou Birmanie) –ou simplement puni son peuple, et non ses dirigeants? Sont-elles devenues une partie du problème au Zimbabwe plutôt qu’un moteur de changement? Et surtout, comment les sanctions vont-elles désamorcer la crise nucléaire iranienne, lorsqu’elles semblent envoyer à Téhéran le message que leur objectif n’est pas de changer le comportement du régime, mais le régime lui-même?

Il incombe peut-être à la communauté internationale de résister à la tentation d’imposer des sanctions comme une réaction automatique par défaut à une situation donnée; elles ne seront efficaces que si elles s’inscrivent dans une stratégie d’ensemble cohérente, et non si elles lui servent de substitut.

Enfin, un mot sur le règne de la loi. Trop souvent, nous voyons cette expression éculée utilisée dans le sens de «règne par la loi»: c’est-à-dire que des dirigeants autocratiques récupèrent le discours et les pièges de la démocratie, et utilisent la loi pour harceler plutôt que pour protéger. D’où la tendance de la communauté internationale à former et à équiper des groupes chargés de faire respecter la loi qui, aux yeux des civils dont ils doivent assurer la protection, n’ont probablement pas besoin de plus d’efficacité dans leurs techniques de répression. La communauté internationale doit se montrer plus vigilante vis-à-vis de cette comédie et davantage focalisée sur la substance de l’Etat de droit –et peut-être avant tout sur la notion d’égalité devant la loi– que sur sa forme.

Les nouveaux dilemmes

Il serait bon également que les lois de la guerre s’adaptent à la nature évolutive des conflits modernes. La guerre asymétrique et le vocabulaire de la «guerre contre le terrorisme» ont bouleversé la distinction critique entre «combattants» et «civils.»

La technologie crée elle aussi de nouveaux dilemmes. Malgré les revendications de précision des frappes chirurgicales, les attaques de drones produisent des dommages civils collatéraux difficiles à mesurer, tout en évitant à l’un des deux camps tout risque de morts ou de blessures. Dans certains cas, les tirs de drones peuvent aussi s’avérer contre-productifs: ils terrorisent et provoquent des traumatismes profonds chez les populations affectées, augmentant potentiellement l’adhésion aux groupes radicaux.

Difficile d’exprimer tout cela dans une liste. Mais maintenant que cela est dit, voici le «Top 10», établi par l’International Crisis Group, des menaces mondiales pour l’année à venir. Il n’est pas présenté dans un ordre de priorité, et tente d’inclure un assortiment des risques évidents et de ceux qui, à nos yeux, mijotent juste sous la surface.

Et parce que nous sommes de grands optimistes, nous lui avons ajouté trois pays où les événements récents laissent penser que l’année à venir pourrait amener la paix, pas des tourments. C’est ce que nous leur souhaitons à tous.

Les dix points chauds...

Les bonnes nouvelles...

 

1. Le Soudan

Sans surprise, le «problème du Soudan» n’a pas disparu avec la sécession du sud du pays en 2011. La guerre civile, alimentée par la concentration des pouvoirs et des ressources entre les mains d’une petite élite, continue de déchirer le pays et menace de conduire à une plus grande désintégration encore. Les divisions à l’intérieur du Congrès national au pouvoir (NCP, National Congress Party), une population de plus en plus agitée et un effondrement constant de l’économie nationale pourraient aussi faire dérailler le pays.

Hélas, il y a dix ans la situation était presque la même –seulement à l’époque, Khartoum luttait contre l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS), qui représentait tout le sud, tandis qu’aujourd’hui les coffres du gouvernement sont épuisés par le combat mené contre le Front révolutionnaire soudanais (FRS), alliance de grands groupes rebelles du Darfour, du Kordofan du Sud et du Nil Bleu. Les victimes, comme toujours, sont les civils coincés au milieu. A l’image de ce qu’il a fait dans le Sud, le gouvernement tente de se servir de l’accès à l’aide humanitaire comme d’un instrument de négociation en utilisant la famine de masse comme stratégie militaire.

La seule solution durable possible doit être globale et rassembler tous les acteurs du Soudan pour réformer l’exercice du pouvoir dans ce pays si vaste et d’une si grande diversité. Sur le long terme, le statu quo –une guerre incessante, des millions de déplacés, des milliards dépensés en aide humanitaire– est intenable pour tous les protagonistes. Si l’on veut que le conflit soit résolu pour de bon, le NCP et les acteurs internationaux devront offrir bien davantage que ce qu’ils ont proposé par le passé –le premier un véritable dialogue n’excluant personne, et les seconds des incitations tant économiques que politiques.

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2. La Turquie et le PKK

Le froid glacial qui a sévi dans les montagnes à l’automne et durant l'hiver 2012 a ralenti les combats de l’insurrection menée depuis dix ans par le Parti des travailleurs du Kurdistan turc (PKK), mais l’avenir s’annonce sombre pour le printemps 2013. Déjà, 870 personnes ont été tuées depuis que le PKK a repris ses attaques et que les forces de sécurité ont relancé leurs opérations anti-terroristes à la mi-2011. En termes de victimes, c’est le pire bilan de ce conflit depuis les années 1990.

Les tensions politiques s’aggravent aussi en Turquie, alors que le mouvement kurde légal, le Parti pour la paix et la démocratie (BDP) s’aligne de plus en plus avec le PKK. Le Premier ministre, Recep Tayyip Erdogan, a menacé de lever l’immunité de ses députés, et depuis 2009 l’Etat turc a arrêté pour terrorisme pro-PKK plusieurs milliers d’activistes kurdes –dont beaucoup ne sont accusés d’aucun acte de violence.

Le gouvernement turc a également cessé les discussions secrètes qu’il conduisait avec le PKK de 2005 à 2011[1], et abandonné pratiquement toute l’«ouverture démocratique» qui avait fait espérer davantage d’égalité et de justice aux 12 à 15 millions de Kurdes de Turquie qui constituent quelque 20% de la population.

Le gouvernement peut encore gagner à sa cause une bonne partie des Kurdes de Turquie en annonçant un ensemble de réformes complètes. Il faudrait notamment permettre l’enseignement dans la langue maternelle, une modification de la loi électorale afin de réduire les obstacles à la tenue et aux financements des élections, une augmentation de la décentralisation vers les 81 provinces de Turquie, et mettre un terme à toutes les discriminations contenues dans la constitution et les lois nationales.

Le gouvernement doit également travailler à l’obtention d’un cessez-le-feu, presser les insurgés d’arrêter leurs attentats, éviter les opérations militaires à grande échelle, notamment les bombardements aériens, et résister aux pressions de ceux qui demandent des réponses militaires encore plus musclées.

La probabilité d’une véritable volte-face est assez faible cependant. Il semble qu’Erdogan ambitionne de remporter les élections présidentielles turques de 2014, et c’est dans cette perspective qu’il s’est aligné encore plus fermement avec l’électorat de droite et les nationalistes. Des factions plus militaristes du PKK, enhardies par les succès de leurs alliés en Syrie, sont aussi en train de gagner du terrain et vont probablement continuer de tenter de tenir des régions du sud-est et d’attaquer les symboles de l’Etat turc en 2013.

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3. L’Afghanistan

Rongé par les querelles intestines et la corruption, le gouvernement afghan sera loin d’être prêt à assumer la responsabilité de sa propre sécurité quand les forces américaines et de l’Otan se retireront en 2014.

Les relations avec Washington ont continué de se dégrader en 2012, notamment avec la mort de dizaines de personnes en février après la diffusion de rapports exposant que des soldats américains auraient brûlé des dizaines d’exemplaires du Coran et autre matériel religieux, et quand, au mois de mars, le soldat américain Robert Bales a abattu 17 villageois, dont neuf enfants, dans la province méridionale de Kandahar. Une avalanche d’attaques de l’intérieur a depuis contribué à intensifier la méfiance entre les chefs militaires afghans et américains, tandis que plusieurs occurrences de tirs contre leur propre camp ont sapé le moral des Forces afghanes de sécurité nationale.

La prochaine transition politique à Kaboul sera, s’il est possible, encore plus importante pour l’avenir du pays et de la région. Bien que le président Hamid Karzaï ait fait part de son intention de tirer sa révérence à la fin de son mandat en 2014, on craint tout de même qu’il ne tente, directement ou indirectement, de conserver une influence sur la situation post-électorale. Des élections raisonnablement crédibles –situation encore inédite en Afghanistan– pourraient créer un certain degré de consensus national et permettre au peuple d’avoir un peu plus de foi dans les compétences du gouvernement.

La meilleure garantie de stabilité en Afghanistan consistera à assurer l’Etat de droit pendant la transition politique et militaire de 2013 et 2014. Si les dirigeants échouent, la période cruciale à venir conduira à de profondes divisions et à des conflits au sein de l’élite dirigeante, ce que ne manquera pas d’exploiter l’insurrection menée par les talibans. Au pire, cela pourra avoir pour conséquence la fragmentation des services de sécurité et le déclenchement d’un conflit interne de grande envergure. Il reste des possibilités de vrai progrès –et nous devons garder espoir– mais la fenêtre d’action se rétrécit.

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4. Le Pakistan

Les tirs de drones ont continué à provoquer des tensions entre les Etats-Unis et le Pakistan en 2012, bien que les voies de ravitaillement aient rouvert début juillet après que les Etats-Unis se sont excusés d’avoir causé la mort de soldats pakistanais en novembre 2011.

Des progrès politiques ont également été effectués entre le Pakistan et l’Afghanistan: les deux pays ont joint leurs forces en décembre pour demander aux talibans et à d’autres groupes insurgés de déposer les armes et d’entamer des négociations de paix.

Dans la perspective des élections qui se tiendront en 2013, le gouvernement et l’opposition pakistanais doivent de toute urgence réformer fondamentalement la commission électorale afin de cimenter la transition vers la démocratie.

Le Parti du peuple pakistanais au pouvoir et son principal opposant parlementaire, la Ligue musulmane de Nawaz Sharif, doivent mettre de côté leurs différences politiques et trouver le moyen d’éviter qu’une armée constamment intrusive ne perturbe le processus démocratique. Ils ne doivent pas non plus laisser un système judiciaire toujours plus interventionniste, apparemment décidé à déstabiliser l’ordre politique, saper cette première occasion de transfert de pouvoirs pacifique d’un gouvernement élu à un autre par le biais d’élections crédibles.

Les crises humanitaires du Pakistan appellent aussi urgemment une action nationale et internationale. Trois années successives d’inondations dévastatrices ont menacé la vie de millions de personnes, et des centaines de milliers d’autres ont été déplacées à la suite d’opérations militaires et militantes.

Cette double crise a permis aux groupes islamistes radicaux de faire de nouvelles recrues et intensifié le potentiel de conflit. On note des progrès depuis le début de la transition démocratique du Pakistan en 2008, mais il en faudra bien davantage en 2013 pour mettre au point un processus de réaction rapide aux catastrophes par les gouvernements provinciaux et fédéral.

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5. Sahel: le Mali, le Nigeria et les autres

L’instabilité dans la région du Sahel s’est aggravée sur un certain nombre de fronts en 2012, et les tentatives d’endiguer le phénomène figureront en bonne place parmi les priorités de nombreux pays en 2013.

Le Mali –où un putsch a renversé le gouvernement en mars dernier, tandis que séparatistes et fondamentalistes liés à al-Qaida s’emparaient du nord du pays– est en tête de la liste des pays problématiques de la région.

Cette nouvelle année verra à la fois le début d’une nécessaire intervention internationale au Mali, et, peut-être plus important encore, d’un processus politique visant à réunifier le pays. Sur le premier point, la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cedéao) et l’Union africaine ont déjà approuvé l’envoi de 3.300 soldats pour aider l’Etat malien à reprendre le contrôle du nord du pays aux combattants islamistes, sous réserve de l’approbation internationale d’une telle initiative par le Conseil de sécurité de l’ONU.

La crainte d’un embourbement a suscité de nombreuses réticences à l’idée de déployer une force internationale dans le vaste désert du Nord, mais ne rien faire présente des risques tout aussi grands. Aller sur le terrain prendra du temps, tout comme la restructuration et la formation si désespérément nécessaire des forces maliennes par une mission européenne distincte.

Côté politique, il est indispensable que le processus de réunification du pays soit réellement inclusif. Intégrer certains des groupes qui contrôlent le Nord est clairement hors de question –ce sont des terroristes, et s’asseoir à la table des négociations ne les intéresse pas. D’autres pourront se montrer plus disposés à trouver un accord. Mais beaucoup dépendra du leadership politique et militaire du gouvernement malien, qui reste fragile depuis que l’armée a forcé le Premier ministre par intérim à démissionner en décembre.

Le nouveau Premier ministre, ostensiblement plus consensuel, pourrait faciliter un dialogue national visant à concevoir une feuille de route de résolution de la crise politique du Mali et à organiser des élections en 2013. Cependant, étant donné que les responsables du coup d’Etat militaire montrent une inquiétante tendance à se mêler de la vie politique civile, l’avenir du pays demeure incertain.

La région du Sahel vit aussi un autre conflit extrêmement alarmant dans le nord du Nigéria, où le groupe islamiste radical Boko Haram a fait des milliers de morts ces dernières années. La réaction du gouvernement a pris la forme d’un mélange inégal de discussions sur de possibles négociations et d’initiatives sécuritaires lourdes et parfois à l’aveugle, susceptibles d’aggraver les violences et d’envoyer encore plus de recrues dans le camp des extrémistes. Faute de concertation concentrée et d’un volte-face spectaculaire de la politique du gouvernement, 2013 devrait être une nouvelle année sanglante dans le nord du Nigéria.

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6. La République démocratique du Congo

La mutinerie d’avril 2012 dans l’Est par les membres du M23, anciens rebelles transformés en soldats puis redevenus rebelles, avait sans conteste un goût de déjà-vu. Encore une fois, après tant d’années de conflits, les acteurs régionaux et internationaux tentent tant bien que mal de contenir un groupe d’insurgés qui égrènent une foule d’exigences ostensiblement nationales tout en profitant clairement d’un soutien extérieur, et d’empêcher une nouvelle guerre régionale en RDC.

Les conséquences de la dernière flambée de violence en date ont été tragiques pour les civils, avec des violations des droits humains à grande échelle, des exécutions extrajudiciaires visant la société civile et un déplacement massif de populations locales.

Les efforts de médiation tentés par la Conférence internationale sur la région des Grands Lacs ont eu pour effet le retrait du M23 de la ville orientale de Goma et l’initiation de pourparlers de paix, mais le risque de rebellions à répétition et de violence étendue persiste.

Les précédentes tentatives de reconstruction post-conflit en RDC n’ont rencontré que peu de succès. Sans une pression idoine exercée à la fois sur le gouvernement de la RDC et les rebelles soutenus par le Rwanda pour mettre en place des réformes gouvernementales cruciales et entamer le dialogue politique, la triste histoire de la guerre civile se perpétuera probablement dans la RDC de 2013.

L’état pitoyable du Congo devrait obliger la communauté internationale à analyser son propre comportement. Dix ans après qu’elle s'est massivement engagée à consolider la stabilité en RDC, à apporter une légitimité au gouvernement de Kinshasa et à protéger les civils à l’est, la situation ne fait qu’empirer. Le gouvernement du président Joseph Kabila manque de soutien national; les habitants des provinces orientales du Kivu –malgré la présence de la plus grande opération de maintien de paix de l’ONU jamais envoyée– manquent cruellement de protection; et l’intégrité du pays reste la proie des caprices de voisins aux aspirations prédatrices.

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7. Le Kenya

Malgré les réformes visant à rectifier les déficiences électorales et à gérer la violence qui a suivi les élections présidentielles de 2007 au Kenya, des facteurs structurels de conflit persistent. Le chômage des jeunes, la pauvreté et l’inégalité atteignent des sommets, la réforme du secteur de la sécurité a calé et les querelles territoriales continuent de creuser la polarisation ethnique. A mesure qu’approche l’échéance électorale de mars 2013, le risque de violence politique s’accroît.

Deux importants candidats à la présidentielle, Uhuru Kenyatta et William Ruto, ont été accusés de crimes contre l’humanité par la Cour pénale internationale où ils doivent être jugés en avril 2013, ce qui fait naître l’espoir qu’enfin, la longue immunité des élites politiques soit remise en question. Mais ces affaires pourraient tout aussi facilement anéantir les espoirs de faire rendre des comptes si elles aggravent les tensions ethniques ou ternissent l’image des opposants politiques, et débouchent sur de nouveaux accès de violence.

Avoir un président ou vice-président inculpé aura d’immenses répercussions non seulement sur les relations internationales du Kenya, mais aussi sur les réformes internes. Les élections de 2013 vont probablement se dérouler dans un contexte de menaces d’attaques d’al-Shabab, groupe de militants basé en Somalie, et de protestations de la part du groupe séparatiste Mombasa Republican Council. Les deux pourraient provoquer une réaction brutale contre les communautés somaliennes et musulmanes conséquentes du pays, accentuant les problèmes d’instabilité au cours de ce qui sera déjà une année difficile pour le Kenya.

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8. La Syrie et le Liban

Le conflit en Syrie a pris une sale tournure et va probablement continuer dans cette voie. Le régime s’avère difficile à renverser, et ses ennemis plus difficiles encore à éradiquer. Les habitants de la région et d’ailleurs spéculent sur la chute prochaine du régime –or, les premiers temps post-Assad comportent des risques énormes, non seulement pour le peuple syrien mais pour toute la région.

Rien que passer l’hiver sera difficile, car un nombre toujours plus grand de Syriens sont déplacés, des quartiers entiers rasés, les institutions publiques continuent de s’écrouler et l’aide internationale n’est pas à la hauteur.

Les méthodes employées par le président Bachar el-Assad pour gérer ses opposants ont déchiré la société syrienne. En réaction, la radicalisation graduelle de l’opposition a alimenté un cycle qui se renforce tout seul, dans lequel des deux camps s’appuient toujours plus sur des solutions militaires plutôt que politiques. A mesure que les communautés religieuses et ethniques syriennes se polarisaient, les partisans du régime ont campé sur leurs positions –et commis des atrocités, poussés par leur sentiment qu’il s’agissait de «tuer ou d’être tué» et par leur peur de représailles à grande échelle lorsqu’adviendra la chute d’Assad.

La violence qui déchire la Syrie l’a aussi transformée en terreau fertile pour les islamistes sunnites radicaux, qui ont réussi à rallier tous ceux qui ont été désabusés par l’Occident –notamment grâce à leur accès à des financements arabes du Golfe et au savoir-faire militaire djihadiste acquis ailleurs.

Pour inverser cette dangereuse tendance, l’opposition a besoin d’articuler une vision plus crédible et moins nihiliste de l’avenir, les membres de la communauté internationale doivent coordonner leurs politiques et le dangereux conflit militaire doit évoluer vers une solution politique.

Evidemment, et surtout au vu des nuances de sectarisme que le conflit a acquises, la guerre en Syrie est en train de déborder au Liban. L’histoire ne permet pas d’être optimiste: Beyrouth a rarement été dégagé de l’influence de Damas. Les dirigeants libanais doivent absolument remédier aux déficiences fondamentales de leur structure de gouvernement, qui exacerbent les querelles intestines et rendent le pays vulnérable au chaos du voisin.

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9. L'Asie centrale

Cette région fournit une liste interminable de pays au bord du précipice. Le Tadjikistan entame 2013 sans avoir rien de positif à déclarer pour 2012. Ses relations avec l’Ouzbékistan continuent de se détériorer, et les querelles internes menacent de révéler des ambitions séparatistes au Haut-Badakhchan.

Cette province orientale montagneuse isolée n’avait que peu d’atomes crochus avec le gouvernement central de Douchanbé –même avant que les troupes gouvernementales n’affrontent les combattants locaux, dont beaucoup étaient des vétérans de la guerre civile tadjik, qu’elles décrivaient comme les membres d’un groupe de crime organisé. Certains combattants, notamment l’un de leurs chefs, appartenaient aux forces frontalières du Tadjikistan. En outre, un certain nombre d’habitants de Khorog, décrits à un certain moment comme des jeunes fourvoyés par la propagande anti-gouvernementale, y ont également participé (la région se méfie depuis longtemps du gouvernement central).

Le Kirghizistan ne vaut guère mieux. Il continue d’ignorer les tensions ethniques qui couvent et les problèmes d’Etat de droit dans le sud tandis qu’une politique ethnique attendue depuis longtemps croupit dans les tiroirs du président. L’influence du gouvernement central à Osh s’affaiblit de plus en plus, et la communauté internationale semble ici encore n’éprouver que peu voire pas d’intérêt pour ses premiers signaux d’alarme.

Les violations systématiques des droits humains sont monnaie courante et restent la norme en Ouzbékistan. Pire encore, aucune succession politique n’est prévue après le départ du président Islam Karimov, 74 ans –recette idéale pour un soulèvement régional. Tant que les Etats-Unis n’auront pas retiré leur dernier soldat et leur dernier matériel d’Afghanistan, cependant, le sujet ne risque pas d’éveiller beaucoup d’intérêt à Washington.

Si les mêmes tendance se poursuivent, le Kazakhstan vivra une nouvelle année de violences –2012 a été marquée par un nombre record d’attentats terroristes dans l’ouest et le sud du pays, commis par des groupes djihadistes qui n’avaient pas été identifiés jusque-là. Les tentatives de la capitale, Astana, de faire figure de havre de stabilité dans une mer régionale d’imprévisibilité sont sapées par le fait qu’il s’agit d’un pays où les manifestants sont abattus et les activistes emprisonnés. Les doléances socioéconomiques pourraient causer la perte de l’Etat kazakh.

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10. Irak

Alors que la Syrie s’enfonce toujours plus dans le chaos, en Irak chacun affûte ses armes et se prépare à l’attaque. Le gouvernement, dirigé par les chiites du Premier ministre Nouri al-Maliki, a choisi le camp de l’Iran, de la Russie et de la Chine pour tenter d’éviter que la région ne soit refaçonnée par les Etats du Golfe sunnites, la Turquie et les Etats-Unis.

Maliki a régulièrement coupé les ponts avec les autres communautés religieuses et ethniques d’Irak, et pris des mesures pour étendre sa mainmise sur les institutions politiques et les forces de sécurité. Ses actes violent l’accord d’Erbil, formulé en 2010 pour limiter les pouvoirs du Premier ministre et assurer un partage des pouvoirs équitable entre partis chiites, sunnites et kurdes.

Maliki affronte aujourd’hui une résistance non seulement de la part du président de la région kurde, Massoud Barzani, mais aussi de ses opposants sunnites et laïcs –et même du religieux Moqtada al-Sadr dans son propre camp islamiste chiite. L’attaque cérébrale du président Jalal Talabani, qui jouait un rôle de médiateur crucial dans la dispute entre Bagdad et Erbil, ajoute une nouvelle couche d’incertitude politique à la nouvelle année. Mettant de l’huile sur le feu, al-Qaida continue d’ébranler le calme relatif avec des bombardements dévastateurs. Maliki a clairement perdu la confiance d’une bonne partie de la classe politique, qui l’accuse de s’orienter vers une prise de pouvoir indéfinie et autocratique. Mais les tentatives d’organiser une motion de censure contre lui ont sombré à la suite de profondes divisions chez ses opposants.

Cet état de fait laisse le pouvoir entre les mains du Premier ministre Maliki jusqu’aux prochaines élections, en 2014. C’est une situation idéale pour que s’installe la violence, et il est fort possible que la guerre civile teintée de sectarisme qui embrase la Syrie voisine exacerbe les tensions en Irak et fasse entrer le pays dans un nouveau cycle de conflits en 2013.

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Et maintenant, les bonnes nouvelles...

1. La Colombie

Enfin, une solution politique à la longue et sanglante guérilla colombienne est peut-être en vue. Après une année de prises de contact secrètes, des pourparlers de paix officiels entre le gouvernement et les Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc) ont commencé en octobre 2012.

La tournure des événements encourage à rechercher un accord politique. Les Farc sont affaiblis militairement, et la génération actuelle de leaders vit peut-être sa dernière opportunité de justifier des décennies de lutte en signant un accord permettant aux guérilleros de participer à la construction de la paix. Le gouvernement agit en position de force –son avantage militaire, sans être décisif, semble irréversible.

Le succès des pourparlers n’est pourtant pas garanti. Il existe de substantielles différences de visions politiques; beaucoup en Colombie sont encore très sceptiques vis-à-vis des Farc et –même si une majorité de Colombiens approuvent ce processus– le soutien pour les négociations est en baisse. Mais les forces politiques majeures restent engagées dans ces pourparlers, et pour l’instant leurs opposants n’ont pas réussi à faire beaucoup de progrès. Les forces de sécurité sont aussi mieux alignées avec les dirigeants civils que par le passé et ont leur place à la table des négociations, réduisant ainsi le risque d’échecs de coordination entre programmes politique et militaire qui ont gâché de précédentes tentatives de paix.

Une décennie de guerre anti-insurrectionnelle intense a beaucoup affaibli la force de frappe des guérilleros et les a repoussés dans des cachettes rurales toujours plus isolées, réduisant de façon substantielle leur impact sur les grands centres urbains. Mais le conflit tue encore chaque jour, ralentit le développement socioéconomique et entrave la consolidation d’une démocratie vraiment inclusive et pluraliste. Le chemin qu’il reste à parcourir ne sera ni court, ni facile, mais la Colombie ne peut se permettre de passer à côté de cette chance de paix.

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2. Les Philippines

Cette année pourrait bien voir les Philippines faire un pas décisif vers une paix durable dans le sud troublé du pays. En effet, le gouvernement et le Front Moro islamique de libération (FMIL), l’organisation insurrectionnelle la plus vaste et la mieux armée du pays, ont signé un accord de paix capital en octobre.

Cet accord suit 15 années de discussions et d’échecs intermittents, et c’est la meilleure des opportunités de mettre un terme à 40 ans d’une insurrection qui a fait 120.000 morts. Le conflit avec le FMIL est la principale source de violences affligeant la région –sans être la seule. Seigneurs de guerre, kidnappeurs et extrémistes violents qui abritent des terroristes d’autres zones ont également le potentiel de causer des ravages pendant des années.

L’accord de paix vise à résoudre ces problèmes en créant une nouvelle région réellement autonome à l’intérieur de la zone majoritairement musulmane de Mindanao. Elle aura davantage d’autorité, de territoire et de contrôle sur les ressources –et si tout se passe comme prévu, sa mise en place aura lieu quand le président Benigno Aquino quittera son poste en 2016.

L’accord d’octobre a remis à plus tard plusieurs questions épineuses qu’il reste à résoudre, notamment la législation nécessaire à la naissance de cette région et l’avenir des combattants du FMIL. Le FMIL va devoir vendre quelques provisions délicates à ses supporters dans cet accord.

L’administration Aquino devra quant à elle convaincre le Congrès de voter la nouvelle loi et de lever les obstacles constitutionnels avant d’être capable de transmettre les pouvoirs au gouvernement de la nouvelle région autonome. Les obstacles sont immenses, mais l’on fonde de grands espoirs que la paix au sud des Philippines soit enfin envisageable.

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3. La Birmanie (Myanmar)

Les dirigeants du Myanmar continuent de tenir leurs promesses de réformes et de prendre de vraies distances avec le passé autoritaire du pays. Des prisonniers politiques ont été libérés, les listes noires réduites, les lois sur la liberté de réunion appliquées et la censure des médias abolie. Le président Thein Sein a construit un partenariat avec l’opposition, et plus particulièrement avec la tête de la Ligue nationale pour la démocratie Aung San Suu Kyi, élue au parlement en 2012.

Mais le chemin vers la démocratie est parsemé d’embûches. Une grande violence intercommunautaire dans l’Etat d’Arakan, visant principalement la minorité musulmane Rohingya, jette une ombre sur le processus de réforme.

Ce genre de tensions surgit souvent quand de plus grandes libertés permettent à des conflits sous-jacents de refaire surface –quoi qu’il en soit, le risque continu de violences intercommunautaires à Arakan est très préoccupant et nécessitera une réponse concertée et sans ambiguïté de la part du gouvernement et d’Aung San Suu Kyi, pour qu’il soit clair qu’elles n’ont aucune place dans le nouveau Myanmar.

L’incapacité à signer un cessez-le-feu dans l’Etat de Kachin, où gronde un autre conflit ethnique, risque aussi de saper la nouvelle initiative de paix du président avec les groupes ethniques armés.

L’Occident n’a pas tardé à commencer le démantèlement des sanctions à l’encontre du Myanmar et à mettre un terme à son isolement diplomatique. La visite du président américain Barack Obama, début novembre 2012, a montré la force du soutien américain pour les réformes. Mais le Myanmar n’est pas encore tiré d’affaire: à la fois le gouvernement et l’opposition doivent faire montre de leadership moral s’ils veulent trouver une solution durable aux conflits ethniques persistants, qui menacent le processus de réformes et la stabilité de leur pays.

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Louise Arbour

Traduit par Bérengère Viennot

[1] Depuis la rédaction de cet article, les négociations entre la Turquie et Öcalan, le chef du PKK, ont repris «dans l’espoir de mettre un terme à la guerre contre le PKK», comme l'crit Euronews. Retourner à l'article

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