Monde

Le monde après 2012

Eric Le Boucher, mis à jour le 01.01.2013 à 8 h 46

L’année 2012 n’a pas été aussi catastrophique qu’on pouvait le craindre avant l’été. On en hérite le sentiment d’avoir touché le fond de la piscine. Mais il faut maintenant remonter.

REUTERS/Christinne Muschi

REUTERS/Christinne Muschi

L’économie mondiale hésite encore. Les nouvelles se succèdent, tantôt rassurantes, tantôt inquiétantes. La crise déclenchée en 2008 n’est toujours pas terminée. Une Grande récession du type des années 1930 a été évitée, mais le monde se cherche à tâtons une nouvelle croissance et même un nouveau modèle, moins spéculatif et financier, moins consumériste, plus soucieux de l’environnement, en même temps qu’il sera multipolaire. Les Etats-Unis sont en concurrence avec la Chine, les vieux pays peinent, bousculés par les émergents.

Un monde à coup sûr plus incertain, aux crises récurrentes, où la souplesse et l’adaptation seront les bréviaires de survie. Un monde d’opportunités aussi, avec des sciences et technologies exubérantes et une jeunesse transfrontières qui, partout, de Facebook en Twitter, réclame des nouvelles cultures.

L’année 2012 n’a pas été aussi pire qu’on pouvait le craindre avant l’été. On en hérite un certain sentiment d’avoir touché le fond de la piscine. Mais il faut maintenant remonter. De nombreux problèmes ne sont pas résolus: comment consolider un système financier encore si fragile? Comment vivre avec des dettes si élevées? Comment retrouver des moteurs, autres que l’endettement?

L’Amérique doit affronter un programme de réduction de son déficit qui va la freiner. La Chine est revenue vers une expansion de 8%, elle doit aussi changer de modèle. La Commission européenne ne voit pas de rayons de soleil, au mieux, avant la deuxième moitié de 2013. A Athènes, Madrid et ailleurs, les contestations de rue auront l’occasion de gonfler.

En 2013, la croissance mondiale va tomber à 3,2% selon les FMI. La moitié d’avant crise.

Etats-Unis

Barack Obama est le premier homme politique dans les démocraties occidentales à être réélu malgré la crise. L’alternance a été la règle partout ailleurs. Mais il l’a été sans enthousiasme. Son adversaire républicain a paru seulement trop aventureux, avec un programme inapplicable tant il aurait fait exploser la dette.

Or la dette est le principal problème que doit affronter l’Amérique. Son déficit est supérieur à celui de la Grèce, sa dette à celle de la France. Le président devra trouver un compromis avec ses adversaires mais, quoi qu’il advienne les Etats-Unis entrent eux aussi, après tout me monde, dans une période d’austérité.

Les autres volets de l’économie américaine sont plutôt meilleurs. Les prix des maisons repartent à la hausse, signe que la débâcle de l’immobilier, à l’origine de la crise des subprimes, semble en voie de consolidation. Les statistiques d’emplois sont meilleures. Et l’Amérique tire bénéfice de deux facteurs, l’exploitation du gaz de schiste qui abaisse les coûts de l’énergie et les fortes hausses de salaires en Chine. Elle engage une réindustrialisation dont le redressement de General Motors est le phare.

Tout reste à confirmer, mais il se peut que le deuxième mandat de Barack Obama soit plus facile que le premier.

Italie

Si Barack Obama a été réélu malgré la crise, Silvio Berlusconi a été le premier dirigeant d’un pays développé évincé par les marchés financiers. Ses ruses, sa réticence à agir sur le déficit et le manque de croissance de son pays ont fait exploser les fameux spreads, l’écart de taux d’intérêt avec l’Allemagne.

L’Italie ne pouvait plus se financer. Il professore Mario Monti est arrivé. Austérité et croissance. Il a mis en route très vite des réformes dites structurelles, du marché du travail, des retraites l’introduction de concurrence chez les pharmaciens ou les taxis.

Mario Monti peut paraître comme un modèle à suivre pour les autres gouvernements des pays méditerranéens. Mais ce titre est contesté parce que l’austérité budgétaire s’accompagne d’une sévère récession (-2,4% en 2012) qui va se prolonger en cette année 2013, quoique un peu plus douce (-0,7%). Les salaires réels sont ponctionnés et le chômage atteint 11%. La popularité dans l’opinion du Professore reste élevée. La Péninsule est mieux vue de l’extérieur que de l’intérieur, l’inverse de Silvio Berlusconi. Mais, l’issue des élections législatives de février est très incertaine.

Espagne

Les gouvernements de Madrid avaient misé trop exclusivement sur le soleil et l’immobilier des plages, sans préparer d’autres secteurs à valeur ajoutée qui aujourd’hui manquent cruellement. Avec la crise, le secteur immobilier s’est effondré et toute l’économie espagnole avec  il y a 5 millions de logements vacants outre-Pyrénées. Les prêts non remboursés s’accumulent, les banques sont entraînées dans la chute.

L’Espagne n’avait pas de déficit public excessif, elle en a un maintenant à cause des banques. Il a fallu que l’Europe décide d’un plan de 40 milliards d’euros pour les sauver. 

Fallait-il engager des mesures d’austérité drastiques? L’Espagne est-elle une victime des exigences allemandes? Le débat reste ouvert, en particulier dans la rue où les manifestations se sont multipliées. Le chômage atteint le record de 25%, 50% pour les jeunes. La récession s’aggrave. Le pays n’est pas tiré d’affaire.

Grande-Bretagne

Deux ans après son arrivée au pouvoir, le gouvernement conservateur de David Cameron n’est pas parvenu à redresser l’économie britannique. Le jubilée de la reine puis les Jeux olympiques de Londres ont eu beau flatter les sentiments patriotiques, la Grande-Bretagne est retombée dans la récession au début 2012.

Elle n’en sort que péniblement en fin d’année 2012 et espère une petite croissance de 1% en 2013. Finalement, malgré la liberté monétaire et la dévaluation de la livre, la Grande-Bretagne ne parvient pas à faire mieux que le continent européen. La vie en dehors de l’euro n’est pas meilleure. 

Le gouvernement  comptait sur une relance de l’investissement privé et de l’exportation pour compenser le coup de frein de l’austérité. C’est une déception. La croissance peine et en conséquence, le retour vers l’équilibre budgétaire est repoussé d’année en année.

Elément positif: l’emploi. Un million de jobs ont été créés depuis deux ans, il est vrai grâce à la modération salariale et les emplois à temps partiels.

David Cameron ne change pas. Il ne veut pas renoncer aux coupes dans les dépenses publiques et à l’austérité. L’éducation et la santé sont épargnées mais pas les aides sociales. Le premier ministre renforce les crédits à la recherche et ne change pas d’avis : il espère toujours que la croissance viendra du regain de l’investissement et du fighting spirit des nouveaux entrepreneurs.

France

France pays du nord de l’Europe? Avec des taux d’intérêt miraculeusement proches des taux allemands. Ou France pays du sud? Avec des déficits budgétaires et commerciaux latins?

Les statistiques mauvaises attestent du caractère latin de la France. Les gouvernements ne l’ignorent pas, ils savent que le pays bénéficie d’une sorte d’accalmie et ils redoutent de voir les marchés financiers retourner leur opinion.

D’où une politique d’austérité obligée pour le gouvernement de droite puis, contrairement à sa nature, pour le gouvernement de gauche. La France respecte ses engagements européens et vise les 3% de déficit budgétaire en 2013. Les dépenses sont bloquées, et François Hollande a fortement augmenté les impôts sur les entreprises et sur les riches, malgré le rejet par le Conseil constitutionnel du projet de taxer à 75% ceux qui gagnent plus d’un million d’euros.

Il a dû aussi s’occuper de la deuxième déficience, la compétitivité. Après hésitations, une rupture a été décidée: la France va pour la première fois commencer à alléger les charges qui pèsent sur le travail. C’est un début, il restera beaucoup à faire.

Enfin s’est ouvert un troisième chantier: introduire une flexisécurité sur le marché du travail à la façon des pays scandinaves.

Conséquence: pour 2013, le pronostic de croissance est difficile à faire. Le gouvernement croit à une reprise au deuxième semestre et il maintient une croissance de 0,8%. Les économistes sont beaucoup plus pessimistes et ils s’attendent au mieux à une stagnation: 0%.

D’ici là, les tensions sociales et politiques risquent d’être croissantes. Le chômage ne peut que s’aggraver, la consommation stagner. L’inconnue est l’attitude des entreprises: vont-elles investir et maintenir un semblant de croissance? Ou bien vont-elles faire grève des investissements, attendre une stabilité du paysage fiscal,  espérer une meilleure conjoncture? Si tel est le cas, la France va immanquablement glisser dans la récession.

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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