Iran: Ahmadinejad l'illusionniste
Quelle que soit l'issue de la contestation, le pouvoir a gagné: il a donné à l'Iran les habits d'une démocratie.
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On peut s'étonner de l'empressement que certains journalistes, à l'instar de Christiane Amanpour de CNN, manifestent à servir de tribune au nouveau président réélu en Iran. Tout comme il a su se servir de la dernière conférence dite Durban II des Nations unies pour exposer ses théories sur l'occident, l'Iran et le monde en général, Ahmadinejad utilise à merveille l'attention que les médias lui portent après le dernier simulacre d'élections du 14 juin en Iran.
Sa victoire contre son opposant était d'autant plus prévisible qu'elle était prévue de longue date, en ce que l'Iran n'est pas seulement gouverné par le pouvoir temporel mais bien par des autorités spirituelles. La théocratie iranienne ne réunit pas le pouvoir en une seule tête, contrairement à son homologue wahhabite en Arabie saoudite. En Iran, les autorités religieuses décident de la bonne marche de la révolution islamique, et s'accordent sur un porte-parole, relais entre le sacré et le profane. Une fois celui-ci validé par les urnes, son «élection» permet de détourner l'attention de ceux qui entretiennent encore une lueur d'espoir concernant une libéralisation d'un régime qui entend jouer le rôle d'une puissance régionale bien qu'il ne soit ni arabe, ni sunnite comme la plupart de ses voisins au Moyen-Orient.
Ahmadinejad et ses commanditaires divins entretiennent l'illusion d'un espoir de libéralisation afin de pouvoir choisir le meilleur moment pour affronter l'ennemi de toujours, qui se trouve être également leur meilleur allié. Sans l'aphrodisiaque israélien, il serait difficile à nombre de régimes de se maintenir au pouvoir. En brandissant la menace des Israéliens, l'Iran peut ainsi restreindre les libertés individuelles sous couvert de raison d'Etat, et arguer d'une cause supra-nationale et sacrée face à un adversaire dont il sait qu'il ne pourra jamais venir militairement à bout. En bon propagandiste, Ahmadinejad sait utiliser des techniques de manipulation des foules qui ont fait leurs preuves.
Après avoir fédéré contre un ennemi commun sioniste, il lui reste alors à jouer le challenger, celui vers qui les opinions occidentales, celles qui comptent dans la bataille médiatique à l'échelle globale, sont tentées de se tourner dans un monde dominé par la superpuissance américaine. Et si l'Iran n'était pas un si mauvais pays?, se demande le spectateur, séduit par la poignée de main entre Larry King et Mahmoud Ahmadinejad. Ce dernier sait manier la rhétorique, et adapte son discours à son auditoire, un peu à la manière d'un grand propagandiste nazi, Adolf Hitler.
Le point Godwin est attribué à celui qui, dans un chat sur Internet ou dans les commentaires d'un blog, lance le premier une référence à Hitler ou aux nazis dans le but de tuer le débat ou de lui donner une dimension indépassable. Il serait vain de faire de même concernant Mahmoud Ahmadinejad si lui-même n'avait pas atteint un point Godwin en qualifiant ses adversaires de «Hitler» durant la campagne. Le leader iranien sait très bien qu'en les nommant ainsi, il a marqué sa différence avec le Führer nazi et redonné espoir à ceux qui avaient peur de soutenir un antisémite, mais acceptent d'être supporter d'un «antisioniste».
Ahmadinejad sait habilement jouer de ces ambiguïtés et réaffirme qu'il n'a rien contre les juifs, mais qu'il entend, comme un simple altermondialiste, lutter contre une hégémonie américano-israélienne. Ces subtilités, qu'il réserve à un auditoire international, lui valent un soutien inattendu dans les démocraties occidentales de la part de citoyens avides d'alternatives politiques: alors que l'Iran est une dictature religieuse, une théocratie, certains la préféreront à l'ennemi sioniste, le traître passé du socialisme de kibboutz à l'économie de marché, le petit Satan qui déclenche tant de passions et permet de détourner l'attention des vrais problèmes, bouc émissaire parfait parce qu'imparfait dans la gestion de ses problèmes politiques.
La propagande du régime iranien consiste donc à brouiller les cartes et faire oublier que le président n'est que le deuxième personnage de l'Etat, le premier étant le Guide suprême, Ali Hossein Khamenei, désigné en 1989. Ahmadinejad n'est même pas le chef des forces armées, ce rôle échouant au guide suprême qui peut démettre le président. Ce dernier est le Grand communicateur, soufflant le chaud et le froid, ayant des pouvoirs limités et n'utilisant la communication, dans la grande tradition des propagandistes, non pour dire quelque chose, mais pour provoquer un certain effet. Accuser Israël d'apartheid, comme Ahmadinejad le pratique fréquemment, ne change rien à la situation iranienne où l'économie est très affectée par une surinflation mais donne des jeux à défaut de pain à une population de plus en plus coupée du monde par un régime policier.
Le blouson d'Ahmadinejad incarne la relation que l'homme entretient avec l'occident: il refuse les codes vestimentaires de ses homologues en cravate, tout en arborant une apparence suffisamment de notre époque à l'inverse des tenues des religieux au pouvoir. Trop intelligent pour affronter de face les régimes occidentaux, le régime iranien utilise leurs faiblesses et leurs réseaux pour diffuser son message qui serait à peine audible s'il n'empruntait que des voix amies.
En répondant à Christiane Amanpour, Mahmoud Ahmadinejad montre qu'il peut tout à fait communiquer avec une femme, y compris lorsqu'elle pose des questions embarrassantes, coupant l'herbe sous les pieds de ceux qui accuseraient l'Iran de mépriser sa population féminine. Mais le président iranien n'est pas l'Iran. Et l'Assemblée des experts, seule habilitée à élire le Guide suprême, ne s'exprime pas sur CNN.
Qui a pu raisonnablement penser que le discours du président américain Obama au Caire pouvait changer quoi que ce soit à la situation dans la région? Peut-être les mêmes qui espéraient que le régime iranien allait s'adoucir par la bonne volonté. Le très religieusement correct Obama, qui cite dieu dans ses discours encore plus souvent que son prédécesseur Bush, a sûrement formulé un vœu pieux lorsqu'il a souhaité de nouvelles relations entre les Etats-Unis et le monde arabo-musulman. Peut-être a-t-il péché par orgueil en pensant qu'au commencement serait son verbe alors même que la situation régionale lui échappe, même en Israël où le gouvernement de Netanyahou lui a fait savoir qu'il ne saurait suivre le chemin de Damas pour l'avenir des Palestiniens. Les dernières déclarations israéliennes tendent à confirmer un durcissement des rapports dans la région et l'on peut s'attendre à de nouveaux affrontements, au moins verbaux, entre l'Iran, son satellite hezbollahi et l'Etat hébreu.
Pendant ce temps, les manifestations prennent de l'ampleur en Iran, parce que même certains Iraniens y ont cru. On peut douter d'une révolution au pays d'Ahmadinejad. Le pouvoir spirituel a gagné: il a donné à l'Iran les habits d'une démocratie. Les soutiens du régime affirmeront même que contester le résultat des urnes, c'est s'attaquer non au régime, mais au principe démocratique.
Et pendant que l'on se déchire sur des «irrégularités» de vote, le printemps de Téhéran risque de passer de rêve à réalité cauchemardesque.
Etienne Augé
Mis à jour le 16/06/2009 à 18h37











































Je suis sûre que vous pourriez réécrire le même article dans sa version optimiste. Chiche !
Rappelez-vous : personne n'avait vu venir la fin de l'U.R.S.S..
Mitterrand n'aurait pas parié un clou sur la réunification de l'Allemagne. Et pourtant !
Pour le peuple Iranien, pour tous ceux qui risquent leur vie en allant manifester, je souhaite que vous ayez tort, et que ces millions de gens dans les rues ne pourront pas être passés par profits et pertes.
Les dictatures, quelles qu'elles soient, ne peuvent rien contre les peuples en mouvement.
Et il semblerait que le mouvement continue.
Alors, espérons.
Je ne suis pas tout à fait d'accord avec vous sur le rôle des USA.
Les États-Unis ont un intérêt stratégique à la stabilité de la région pour ses approvisionnements en pétrole.
Ils ont cru pouvoir le faire seul ce qui a provoqué leur expédition en Irak.
Ceci fait, et raté, ils ont un nouveau problème. Ils ont remis l'Iran dans le jeu et manifestement, aujourd'hui, nous assistons à une lutte entre l'Iran et Israël pour devenir (rester) l'allié des États-Unis dans la région.
Israel a longtemps tenu la corde mais aujourd'hui, le deal ne tient presque plus avec un retour lent mais sensible de Téhéran dans le jeu. En Irak tout d'abord, à majorité Chiite dans le sud du pays, et en Afghanistan. Soit de chaque coté de l'Iran. Israël est très loin et le Pakistan n'est pas fiable !
Le premier ministre israélien, très conscient de cette difficulté mais lié à son électorat est tiraillé notamment sur la question de l'État palestinien.
Certain observateurs considèrent ces réticences comme étant de la défiance. Je pense au contraire qu'il est coincé et ce sont les États-Unis, seuls, qui le mettent dans cette situation !
États-Unis qui considèrent de leur intérêt de se démarquer de la politique volontariste mais maladroite d'Israël et de se recentrer en le mettant en balance avec l'Iran.
Pendant longtemps, les USA ont dus suivre Israël comme étant leur seul allié dans la Région. Il semble que le rapport s'inverse.
la volonté des États-Unis de voir la Turquie entrer dans l'UE peut être vu participant d'un même mouvement. L'entrée de la Turquie pourrait ouvrir la voie à une entrée d'Israël, du Liban et de la Palestine que rien ne pourrait injustifier alors. l'UE ayant alors droit à ce coltiner la solution du conflit !
Les États-Unis semblent donc se détacher d'Israël et se recentrer vers Téhéran.
Un bon client et un bon fournisseur ont toujours intérêt à s'entendre.
Je suis hilare face à ce genre d’article car la manipulation médiatique transparaît elle aussi tout au long du discours du journaliste.
Le jour où l’occident cessera de croire détenir la sagesse infinie et ouvrira les yeux sur les différences de cultures, le monde aura fait un grand pas en avant.
Que de démagogie mal placée, une diabolisation systématique de la religion musulmane, des comparaisons et déductions des plus simplistes… Bref, cet article est un pur condensé de clichés.
Oui, je ne vis pas en Iran ! Mais vous non plus ! Cessez de juger les autres uniquement sur des idées reçues !
Les occidentaux sont simplement écœurés de ne pas avoir réussi à placer un pantin à la tête du pays et essayent de saboter en coulisse un régime qu’ils ne peuvent manipuler.
Selon vous, qui alimente tous ces pays en armes et équipements militaires ? Ceux la mêmes qui se disent outrés par ce Monsieur… La France la première !
Ce qui est navrant est la facilité avec laquelle les esprits sont manipulés et la consternante naïveté des gens face à des discours stéréotypés.
On nous ferait presque croire qu’Israël est une démocratie, un pays respectant les droits des hommes… Sans blague ?!
Le monde est dirigé par cette sacro sainte perfection biblique (ancien et nouveau testament) et toute autre religion n’est qu’hérésie ou violence… L’ouverture d’esprit ne se doit elle pas d’être réciproque ? Les médias sont ils à ce point corrompus et politiquement orientés ? La victimisation d’Israël n’est elle pas exagérée?
Les dictatures sont toutes différentes, il suffit simplement de s’ouvrir l’esprit et tenter de comprendre les nuances de ce monde malsain.
Je suppose que ce post sera vite supprimé ou déchainera un grand nombre de commentaires bien stéréotypés et simplistes, mais je pense que chaque personne a le droit de s’exprimer….
Je suis hilare face à ce genre d’article car la manipulation médiatique transparaît elle aussi tout au long du discours du journaliste.
Le jour où l’occident cessera de croire détenir la sagesse infinie et ouvrira les yeux sur les différences de cultures, le monde aura fait un grand pas en avant.
Que de démagogie mal placée, une diabolisation systématique de la religion musulmane, des comparaisons et déductions des plus simplistes… Bref, cet article est un pur condensé de clichés.
Oui, je ne vis pas en Iran ! Mais vous non plus ! Cessez de juger les autres uniquement sur des idées reçues !
Les occidentaux sont simplement écœurés de ne pas avoir réussi à placer un pantin à la tête du pays et essayent de saboter en coulisse un régime qu’ils ne peuvent manipuler.
Selon vous, qui alimente tous ces pays en armes et équipements militaires ? Ceux la mêmes qui se disent outrés par ce Monsieur… La France la première !
Ce qui est navrant est la facilité avec laquelle les esprits sont manipulés et la consternante naïveté des gens face à des discours stéréotypés.
On nous ferait presque croire qu’Israël est une démocratie, un pays respectant les droits des hommes… Sans blague ?!
Le monde est dirigé par cette sacro sainte perfection biblique (ancien et nouveau testament) et toute autre religion n’est qu’hérésie ou violence… L’ouverture d’esprit ne se doit elle pas d’être réciproque ? Les médias sont ils à ce point corrompus et politiquement orientés ? La victimisation d’Israël n’est elle pas exagérée?
Les dictatures sont toutes différentes, il suffit simplement de s’ouvrir l’esprit et tenter de comprendre les nuances de ce monde malsain.
Je suppose que ce post sera vite supprimé ou déchainera un grand nombre de commentaires bien stéréotypés et simplistes, mais je pense que chaque personne a le droit de s’exprimer….
Enfin quelqu'un qui aborde le sujet de la bonne manière.
Je commençais à désespérer.
A voir la mascarade informative sur tous les sites des grands quotidiens français, on y croirait presque.
Merci d'avoir rectifié le tir.
Bonsoir et merci pour vos commentaires. Marianne, je suis comme vous, j'espère que tout ira pour le mieux en Iran et j'espère donc me tromper dans mon article. Toutefois, la situation en Iran laisse penser que le régime va durcir sa répression. Recompter les voix conduira au même résultat, car le scrutin a été truqué. Vous me citez la fin de l'URSS mais pas Tian an Men qui fête pourtant aussi ses 20 ans : un formidable espoir a été balayé en Chine, et personne n'a vraiment protesté parmi les grandes puissances. Je connais un peu la région où se trouve l'Iran pour y être resté plus de dix ans. Je ne suis pas pour autant un expert, et je ne suis pas journaliste, juste professeur à l'université comme le dit ma bio. En revanche, je connais plutôt bien les mécanismes de propagande, et c'est l'objet de mon analyse. Orphudio, votre commentaire est très intéressant, mais je doute que les USA soient prêts, pour de nombreuses raisons, à se rapprocher du régime iranien. Au maximum, Obama veut apaiser les fortes tensions provoquées par les menaces de guerre lors de la précédente administration. Je le répète : votre analyse se tient, mais je n'y crois pas, ce qui pourrait faire l'objet d'un développement plus long, peut-être à l'occasion d'un autre article. Enfin, concernant le dernier commentaire, je lis ce genre de prose méprisante si souvent dans les commentaires (notamment sur Libé) que je doute qu'il s'agisse d'autre chose que le fruit de robots spammeurs.
Oups, entretemps, un autre commentaire a été ajouté. Merci mille fois haroldc, ce n'est pas vous que je visais quand j'évoquais les robots spammeurs (mais vous vous en doutiez) :)
" Peut-être a-t-il péché par orgueil en pensant qu'au commencement serait son verbe alors même que la situation régionale lui échappe, même en Israël où le gouvernement de Netanyahou lui a fait savoir qu'il ne saurait suivre le chemin de Damas pour l'avenir des Palestiniens."
Il y a quelque chose qui vous échappe c'est que la position d'altérité tenue par Obama sait que reconnaître l'altérité des autres c'est renoncer à les maîtriser, accepter qu'ils vous échappent. Par contre le charisme de la parole pénètre au coeur plus sûrement que les menaces et les démonstrations de force. Il arrive que cela soulève des montagnes. Souvenez-vous de Gorbatchev. Peut-être y a-t-il une dimension qui vous échappe dans toute la situation malgré sa difficulté qui elle ne vous échappe pas. Merci pour cela.
Cher Roger,
Pour une fois que j'étais partie pour tout comprendre de vous, voilà que je tombe sur cette phrase : "Il y a quelque chose qui vous échappe c'est que la position d'altérité tenue par Obama sait que reconnaître l'altérité des autres c'est renoncer à ce qu'on les maîtriser accepter qu'il vous échappent."
Là, je vois bien que ce ne sont pas mes limites intellectuelles qui sont en cause !
En voyage, cette série d'échanges m'avait échappée. alors qu'il s'y trouve des questions subtiles que sait manier Etienne Augé dans son champ de vision (professeur ou doctorant?)
Je vais commenter son article sur Obama lié comme il le souligne avec celui-ci. Ici il dénonce à juste titre un système théocratique. Il le dit basé sur la propagande. "En bon propagandiste, Ahmadinejad sait utiliser des techniques de manipulation des foules qui ont fait leurs preuves." " je connais plutôt bien les mécanismes de propagande, et c'est l'objet de mon analyse" (Il a du pain sur la planche et j'aimerais bien qu'il nous démonte les mécanismes de Home ou les articles de François Hollande parmi d'autres. Pour Slate ce serait faire oeuvre de salubrité publique).
Seulement les mécanismes de propagande ne sont pas la seule compréhension possible de l'influence d'un homme "charismatique", sans avoir pour autant recours à l'invocation des puissances divines évidemment.
Le charisme d'Obama exprime une "position d'être" une "attitude intérieure" qui peut être dite une position d'altérité. Je suis autre et les autres le sont pour moi, radicalement. Donc nous sommes radicalement différents, libres les uns par rapport aux autres. Cette position revient à renoncer à l'emprise sur autrui. Mais en tant que semblables, hommes donc, ce dont je témoigne peut faire écho chez les autres, ils peuvent s'y reconnaïtre et s'y re-trouver. Ainsi mon témoignage peut être agissant non par ma puissance mais par celle des autres.
Il est vrai que si je me tiens dans une posture d'injonctions ou dans une posture d'invitation, de dénonciation du mal ou de reconnaissance du meilleur cela ne fait pas le même effet. La position d'altérité s'oppose à la position confusionnelle : nous sommes tous les mêmes et les autres sont nos ennemis.
Vous connaissez sans doute ce sens de la maîtrise humaine qui est plus du côté du lâcher prise que de l'emprise sur autrui (position d'altérité).
Il est vrai que ces question dépassent la seule intellection rationnelle mais vous n'êtes pas dénuée d'intutition.
Pour revenir à l'auteur il serait intéressant d'expliquer pourquoi et comment les mécanismes de propagande qui seraient employés sont agissants (ou non) et dans quelles conditions.
Cher Roger Nifle,
"j'aimerais bien qu'il nous démonte les mécanismes de Home ou les articles de François Hollande parmi d'autres. Pour Slate ce serait faire oeuvre de salubrité publique).". Avec grand plaisir ! J'y penserai à l'avenir (même si cela implique que je visionne "Home" que j'ai pris soin d'éviter pour le moment). Sinon, vous pouvez avoir quelques réponses à vos questions dans ma courte bio Slate : j'ai obtenu mon doctorat il y a fort longtemps et j'enseigne à l'université notamment la propagande. Je me ferais une joie donc d'"expliquer pourquoi et comment les mécanismes de propagande qui seraient employés sont agissants (ou non) et dans quelles conditions." à condition que la rédaction de Slate soit également intéressée.
Vous savez donc que la "psychologie des foules" est restée longtemps tabou sous prétexte que les nazis l'auraient utilisé. D'une façon générale les "mécanismes" ou processus de l'influence et de l'action collective (communautaire oserai-je dire) sont restés dans l'ombre en même temps que les manoeuvres permanentes auxquelles nous sommes soumis. Je reste étonné de la perméabilité générale, même des intellectuels, devant des stratégies même grossières. Je trouve que Slate.fr, en cohérence avec la finalité affichée, s'honorerait de contribuer à une certaine pédagogie en la matière. L'actualité nous fournit tellement d'occasions pour en amener des illustrations.
Très concerné par ces affaires de "psychologie collective" si on peut dire et la lecture des phénomènes que nous vivons ou aussi de l'action collective je ne serai pas forcément d'accord avec vos analyses mais il y a tellement à faire que je vote pour que vous puissiez nous enrichir régulièrement là-dessus. A quoi sert la presse sinon si elle ne fait que véhiculer les manipulations dont nous sommes l'objet sans nous éclairer sur les processus en jeu.
"je ne serai pas forcément d'accord avec vos analyses" ? Cela me paraît très motivant que vous ayez décidé avant même de me lire que vous ne serez par d'accord ! :)
Je n'ai pas "décidé avant de vous lire" sinon j'aurai écrit "Forcément je ne serai pas d'accord avec vous" ce que je n'ai pas fait. Mais nous entrons bien vite au coeur du sujet. Cela dit j'ai quelques indices de divergences possibles sur certains points et des interrogations sur le type de "modèle anthropologique" qui est le votre autrement dit le visage de l'homme que vous portez en référence. Mais mon commentaire (qui traine un peu) de votre article sur Obama apportera quelques éléments.
A bientôt
J'ai eu beaucoup de plaisir à lire :"Chère Marianne" sous votre "plume".
Dès le début de ma présence sur Slate, vous m'avez intriguée. J'ai été jusqu'à fouiner dans le dictionnaire de l'étymologie des noms propres pour avoir la signification du vôtre. Et j'ai trouvé : NIFLE Nez.
J'ai donc lu tout ce que vous écrivez du mieux que je pouvais.
Dire que je comprends tout serait très exagéré. Mais petit à petit je me suis persuadée que vous aviez une vision très personnelle de la société et de ce qui s'y passe.
Ainsi, si je vous suis bien, sans charisme pas de propagande possible. Mais pas non plus de possibilité d'entraîner la société vers le changement de modèle dont elle aurait grand besoin.
Ne dites-vous pas quelque part que cette société du XXIème siècle vit sur des schémas du XXème siècle ?
Continuez sur ce chemin où vous avez tant d'avance sur nous, et pensez un peu à ma "comprenotte" limitée lorsque vous écrivez.
Je souhaite de tout coeur que vous et Etienne Augé pourrez mener à bien ce projet sur les mécanismes de la propagande.
Très amicalement.
Il est vrai que des Hitler ne sont pas sans charisme ce qui donne à la propagande tout son souffle et sa puissance et font des Goebels des experts en propagande. L'articulation des deux serait à analyser et en même temps cette dimension de l'homme qui s'exprime dans ces charismes. Le charisme peut-être pour le pire ou le meilleur. Comprendre le meilleur ne peut nous éviter de connaître le pire. De même la propagande utilise des vecteurs d'influence collective, vecteurs qui pourraient sous certaines conditions servir au meilleur (par exemple Jean François Copé se demandait ici comme réaliser les changements dont la nation a besoin). Le storytelling,
connu comme moyen d'influence politique, peut aussi servir au meilleur. Obama s'en sert dans les histoires qu'il nous raconte.
Quant à chère Marianne je lis toujours vos déclarations de bonheur de slateuse (interrompues?) et vous faites partie de ces commentateurs familiers que je lis en priorité. Cela crée des liens que je regrette que slate ne nous donne pas la possibilité de cultiver, même pour enrichir nos commentaires par des débats publics. Google reste quelques fois discret sur l'identité de l'un ou l'autre (pas toujours). Au plaisir de vous lire.
Quand aux "comprenottes" les secouer un peu ne leur fait pas de mal. Comme je le suggère résonner vaut mieux que raisonner quelques fois pour accéder au Sens, ce qu'on peut appeler aussi l'intelligence du coeur.
Bien cordialement
Chère Marianne,
j'ai publié un ouvrage entièrement consacré aux mécanismes de la propagande intitulé "Petit traité de propagande (à l'attention de ceux qui la subissent)" et disponible entre autres ici : http://www.amazon.fr/Petit-traité-propagande-lusage-subissent/dp/2804155803/ref=sr_1_6?ie=UTF8&s=books&qid=1245607453&sr=8-6
Voilà comment on passe de la propagande à la publicité :)
Cordialement
Roger Nifle, mon article sur Obama vous répond en partie :)
Je ne suis pas d'accord avec le commentaire de FB. : malgré la liberté qui règne à l'intérieur des maisons (liberté de vêtements et de boire du whisky dans les familles bourgeoises qui peuvent donner beaucoup d'argent aux gardiens de la révolution), passé la porte sur l'extérieur, c'est fini, tout le monde rentre dans le rang. Cela m'a rappelé les dictatures de Franco, Salazar. En 1968, en voyage en Espagne, j'ai manqué me faire embarquer par la police espagnole, parce qu'en lieux publics, j'avais osé critiquer à mots couverts les agissements des troupes franquistes pendant la guerre de 36...
L'Iran possède deux gouvernants et le président iranien est soumis au guide religieux. Alors ce n'est pas une dictature "occidentale", comme nous avons pu les connaitre en Espagne, Portugal, en Amérique du Sud. Cela ressemblerait à la Chine, mais doublé d'un aspect religieux.
Je ne suis pas très optimiste pour l'Iran, je souhaite que l'opposition réussisse... J'en doute.
Cela étant dit, ils soufflent le chaud et le froid : le président iranien ne peut pas se passer de l'occident qui lui fournit une tribune médiatique pour s'exprimer et le guide de la révolution serre la vis par derrière pour l'intérieur...
Je vous fais part de mes constatations et je suis plutôt d'accord avec votre article.