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Le CAC 40 n'a plus rien à voir avec l'économie française

Des pneus brûlent devant la Bourse de Paris lors d'une manifestation des salariés de Continental, le 18 mai 2009. REUTERS/Charles Platiau.

Des pneus brûlent devant la Bourse de Paris lors d'une manifestation des salariés de Continental, le 18 mai 2009. REUTERS/Charles Platiau.

Si la Bourse de Paris a réalisé en 2012 sa meilleure performance depuis 2009, c'est grâce au développement international des entreprises phares françaises. Les ressorts de l’indice boursier sont aujourd'hui en Asie, plus en France.

Comment la Bourse peut-elle être à ce point déconnectée de l’économie réelle? La progression de 15,23% du CAC 40 à Paris en 2012 pourrait laisser penser que l’optimisme est revenu. Ou, à tout le moins, que la Bourse anticipe un retour à meilleure fortune en France.

Mais la progression du PIB français de 0,1% au troisième trimestre 2012 selon l’Insee, après une baisse de 0,1% au deuxième trimestre, ne justifie en rien la dynamique boursière de la fin de l’année sur la place parisienne. Et la perspective d’un sursaut de 0,4% en 2013 selon le FMI n’a rien de très encourageant non plus.

Le chômage ne cesse de croître et la tendance sur le marché de l’emploi ne devrait pas s’inverser avant fin 2013, d’après François Hollande lui-même. Et la Bourse, elle, reprend des couleurs! On s’y perd.

La crise n’est plus planétaire

En réalité, le CAC 40 est déconnecté de la réalité économique du pays car les quarante valeurs qui le composent reflètent la santé d'entreprises dont l'activité est majoritairement tournée vers l’international. La progression de l’indice traduit plus la confiance des investisseurs dans le dynamisme de ses grandes entreprises et des économies émergentes que la perspective d’un rebond de l’économie française.

Après une croissance de 3,3% en 2012 au niveau mondial, le FMI, dans ses dernières prévisions, table sur 3,6% en 2013 uniquement grâce aux économies qu’on continue à appeler «émergentes»: 8,2% pour la Chine, 6% pour l’Inde, 4% pour le Brésil. Rien à voir avec les projections anémiques de croissance en France.

Dans ces conditions, seule l’exposition des entreprises aux économies émergentes dispose d’un potentiel de croissance attractif pour les investisseurs et entretient la dynamique sur ces valeurs.

Des valeurs propulsées par la croissance des émergents

L’analyse des résultats de ces entreprises le confirme. Par exemple, Sanofi, devenue première capitalisation boursière à Paris, et Total, qui le talonne, ne réalisent que le quart de leur chiffre d’affaires en Europe de l’ouest et moins de 10% en France.

En revanche, pour Sanofi, alors que les ventes ont reculé de 8% en 2012 en Europe, elles ont progressé en Asie, Amérique latine et Moyen-Orient de plus de 10%, là où, précisément, les perspectives de croissance sont les plus fortes. Quant à Total, il subit en France la baisse de consommation des carburants.

LVMH et L’Oréal, respectivement troisième et quatrième valeurs du CAC, n’enregistrent plus que le tiers de leurs ventes en Europe alors que leurs marques continuent d’être aspirées par le développement des classes moyennes aisées dans les pays émergents. Pour LVMH, 12% des ventes sont effectuées en France, 35% sont réalisées en Asie (Japon compris), soit plus qu’en Europe. L’Oréal atteint lui 20% sur la zone Asie-Pacifique.

Or, à elles seules, ces quatre valeurs représentent déjà près de 320 milliards d'euros de capitalisation boursière, soit le tiers de celle du CAC.

Des chiffres d’affaires qui se construisent à l’international

Ces groupes de tête ne sont pas les seuls à être fortement investis sur les pays émergents. Danone, qui ne puise plus que 56% de son chiffre d’affaires en Europe, poursuit sa percée sur l’Asie où ses ventes augmentent de 18% lorsqu’elles baissent de 1,8% sur le Vieux continent.

Pour Renault, l’Hexagone ne représente plus que le quart des ventes et le marché européen 45%, alors que le chiffre d’affaires hors d’Europe sera passé de 37% en 2010 à 55% en 2012. Les banques ne sont pas en reste. BNP Paribas ne déserte pas l’Hexagone, mais ses opérations sur le marché domestique ne pèsent plus que 40% de son produit net bancaire suite à son essor à l’international.

Le marché français représente seulement 50% des ventes de France Télécom, 27% de celles de Saint-Gobain, 57% pour EDF, 64% pour Vinci, 43% pour Carrefour… et 6% pour Schneider Electric.

Toutes les valeurs du CAC sont à l’unisson. Et si l’indice progresse, c’est que les économies émergentes inspirent confiance, mais pas l’économie française.

La Bourse de Paris, dont la capitalisation est à 43% aux mains d’investisseurs étrangers, évolue dans une bulle d’où l’on ne regarde qu’au-delà des frontières européennes, et surtout, au-delà des limites de l'Hexagone. Il est loin le temps où elle pouvait être considérée comme un indicateur avancé de l’économie française.

Une facette du débat sur la compétitivité

Certes, la croissance à l’international de ces entreprises est nécessaire pour soutenir l’activité nationale et pour permettre à ces groupes de se renforcer. Elle est même la condition première pour augmenter les exportations et réduire –voire effacer– le déficit de la balance commerciale. Dans la mesure, toutefois, où l’internationalisation de ces entreprises ne s’accompagne pas d’une délocalisation des productions plus rapide encore. Et où les services ne suivent pas le même chemin.

Dans l’automobile, par exemple, l’expérience montre que la conquête de marchés extérieurs n’est pas systématiquement suivie d’effets positifs dans l’Hexagone: en cumul, la production de voitures de Renault et PSA y a été divisée par deux en sept ans!

Il peut s’agir d’une transition industrielle. Mais problème: aucune activité de substitution n’a permis de maintenir l’activité industrielle.

Ainsi, à travers la déconnexion entre les grandes valeurs de la Bourse de Paris et l’économie réelle en France, le débat sur la compétitivité et l’adéquation des stratégies industrielles trouve une nouvelle illustration.

Gilles Bridier

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