France

Petit guide pour réussir ses vœux présidentiels de fin d’année

Jean-Laurent Cassely

Ce qu’il faut dire, ce qu’il faut suggérer, ce qu’il faut éviter. A lire absolument si vous devez présenter vos vœux à la nation ce soir.

En 1975, Valéry Giscard d'Estaing innove en présentant ses voeux aux Français avec son épouse.

En 1975, Valéry Giscard d'Estaing innove en présentant ses voeux aux Français avec son épouse.

C’est un rituel auquel aucun président ne déroge. Et même s’il est de bon ton de les moderniser, de les personnaliser, de créer la rupture avec ses prédécesseurs voire la rupture avec la rupture, les vœux présidentiels de fin d’année ressemblent comme deux gouttes d’eau à leur équivalent iconographique, la photo officielle du président de la République. Très commentés, mais d’un intérêt politique assez limité.

Pour François Hollande, qui se lance dans sa première allocution du 31 décembre, le message va consister, sur le fond, à dire qu’il a déjà fait quelques trucs, et qu’il en fera plein d’autres: il a pour lui d’être arrivé il y a moins d’un an au poste, et peut encore compter sur un —tout petit— bénéfice du doute. L’année prochaine, il sera trop tard.

Forts de ces enseignements, jouons donc à énumérer les best pratices des anciens présidents de la Ve République, pour inspirer les plumes de François Hollande et mettre le président sur la voix du redressement sondagier.

Ce qu’on peut emprunter aux précédents vœux présidentiels


Je veux chanter pour ceux…

«Ce soir, j’ai une pensée pour chacun d’entre vous. Je pense à vous qui vous préparez à fêter la nouvelle année avec votre famille, avec vos amis en oubliant les soucis de la vie quotidienne. Je pense à vous qui êtes obligé de travailler cette nuit au service des autres, et à vous soldats français en opération loin de vos foyers et qui risquez votre vie pour défendre nos valeurs. Je pense aussi à vous, qui êtes seul, et pour qui cette soirée sans personne… à qui parler, sera une soirée de solitude semblable à toutes les autres [Dire ensuite un truc positif=>>>] Je voudrais convaincre même celui qui en doute qu’il n’y a pas de fatalité du malheur.» (Nicolas Sarkozy, 2007).

De toute manière, ceux qui travaillent ne regardent pas les vœux à la télé. Parler des absents, des malades, des morts, des esseulés, etc., revient à placer le couvert du pauvre à table le soir de Noël. Personne ne s’attend à ce qu’il débarque. C’est donc une sorte de manifestation de son empathie qui ne coûte pas grand-chose. A utiliser.

Tous ensemble!

Variante JFK: «Nous pouvons, par l’effort de tous, bâtir une société où la vie sera plus facile, où l’avenir peut être regardé avec davantage de confiance…»

Dans ce deuxième extrait des premiers vœux présidentiels de Nicolas Sarkozy, ce dernier recourt classiquement au volontarisme libéral, qui insiste sur la responsabilité des citoyens plutôt que sur l’action de l’Etat. Hollande ne dit pas autre chose en proposant un pacte de compétitivité au pays et un pacte social aux partenaires sociaux: tout le monde se retrousse les manches, et puis ça fait volontaire.

Variante Coupe du Monde 98: «Qui que vous soyez, vous appartenez à un ensemble, à une commune, à une région, à une profession, à une religion, à une génération, et peut-être à un parti politique ou à un syndicat; et, pourtant, l’ensemble le plus important auquel vous appartenez, c’est la communauté nationale des Français… [...]

Mes chers compatriotes, les moments où un peuple se rassemble, respire au même rythme, bat d’un même cœur, sont toujours des moments privilégiés. Les fêtes de noël et du Nouvel an participent de ces rendez-vous du pays avec lui-même.»

Dans ces deux extraits (Valéry Giscard d’Estaing 1974 et Jacques Chirac 2001) le président insiste sur l’unité française, l’indivisibilité du corps social républicain. Parfait pour un président qui a promis de ne plus diviser les Français ni d’opposer les groupes les uns aux autres.

C’est dur, mais on va y arriver

«En 2011, il va nous falloir faire reculer le chômage et l’exclusion, réduire nos dépenses courantes pour nous permettre d’accroître nos dépenses d’avenir, relever le défi de la dépendance, qui sera dans les décennies à venir l’un des problèmes les plus douloureux auxquels nos familles seront confrontées. Il nous faudra produire plus, produire mieux, c'est une nécessité.»

Dans cet extrait que l’on doit à Nicolas Sarkozy (vœux pour l’année 2011), on observe la superbe forme passive, puisqu’«il va nous falloir faire reculer le chômage» est bien moins engageant que «Nous ferons reculer le chômage», voire «Je ferai reculer le chômage», alors qu’on sait par ailleurs que le prédécesseur de François Hollande faisait un usage exceptionnellement fréquent de la première personne du singulier dans ses discours…

«Bien qu’à de nombreux signes, on voit notre pays sortir peu à peu de la crise, je ne promets rien d’autre à personne que la poursuite, sans faiblesse, de l’effort de redressement national où nous sommes engagés.»

Cet extrait des vœux prononcés par François Mitterrand le 31 décembre 1983 a pour mérite sa modestie et son engagement minimal. Mais près de 30 ans plus tard, l’emploi d’une forme négative («Je ne promets rien d’autre que») pourrait être analysé par les exégètes de la parole présidentielle comme un aveu d’impuissance, et aurait un impact dévastateur sur l’image d'un président qui passe déjà pour dénué de volonté malgré un optimisme bonhomme.

Vous savez que ça ne sert à rien, mais je le fais quand même

«Je vous adresse tous mes vœux. Comme un peuple que l’histoire a rendu sceptique, vous ne croyez pas beaucoup à la sincérité des hommes politiques. Pourtant, mes vœux sont amicaux et sincères.»

Dans ces deux premières phrases des voeux de Valéry Giscard d’Estaing aux Français en 1976, on retrouve l’équivalent présidentiel du dilemme de la carte de vœux. Elle sera rangée dans un placard et à peine lue mais, si vous omettez de l’envoyer, on vous le reprochera pour toujours. Le président est donc dans son rôle de gardien des institutions et des coutumes, mais montre qu’il n’est pas dupe du

désintérêt des Français pour cet exercice de communication politique un peu trop formel à l’heure de l’apéro.

Ce qu’il vaut mieux éviter de dire et de faire


Allez, c’est pas si grave

«En ces dernières heures de l'année 1972, je voudrais jeter un coup d'oeil avec vous sur la situation de notre pays. Il vous arrive, comme à moi, en ouvrant le journal ou en tournant le bouton du poste, d'apprendre que tout va mal. En vérité, qui le croit réellement?»

Le président Pompidou se livrait à des vœux pour 1973 emprunts de confiance et à la limite du déni. Le problème c’est qu’en 2012 tout va mal, et que tout le monde le croit réellement.

Si, après six mois au pouvoir, Hollande peut encore rendre son prédécesseur responsable d’un certain nombre de problèmes, il n’a pas intérêt à jouer à celui qui minimise la gravité de la situation. Pas d’autosatisfaction mais de la lucidité, pas de bilan réconfortant mais de l’espoir…

Patience, les gars, on va retrouver le mojo

«Que 1970 soit aussi l’année du renouveau, qu’après les épreuves subies, les périls une fois encore surmontés, notre pays puisse reprendre dans le calme son effort vers le progrès, vers le bien-être, vers la justice. Il y faut de la patience, mais l’avenir appartient aux peuples patients.»

La patience n’est pas une disposition d'esprit à la mode. La résignation encore moins. Et la situation du pays est trop grave pour jouer sur la corde de l’avenir radieux mais lointain. C’est d’ici deux ans, d’ailleurs, qu’Hollande a donné rendez-vous aux Français sur TF1 en septembre, pour que ces derniers jugent ses résultats sur l’emploi (baisse du chômage) et la production (relance de la croissance).

Ma femme aussi voudrait vous dire un petit mot

En 1975, Valéry Giscard d’Estaing innove et présente ses vœux aux Français en compagnie de son épouse, assise à ses côtés au coin du feu…

Hmmm, faut-il vraiment développer?

On va se la jouer décontracté, d’ailleurs j’ai rien préparé…

«Ce soir, ce n’est pas le chef de l’Etat qui vient vous parler de politique, c’est l’un d’entre vous auquel vous avez confié démocratiquement il y a trois ans et demi la première responsabilité dans la République qui vient vous exprimer ses vœux. Et pour qu’ils gardent ce caractère, ils seront improvisés.»

Autant a-t-on vu plus haut qu’une certaine mise à distance du protocole pouvait avoir un effet positif et rendre le président plus sympathique et naturel, autant le genre «J’ai tombé la cravate» est à proscrire vigoureusement.

Quand apparaît dans cette séquence un VGE faussement décontracté (mais cette fois sans Anne-Aymone), en réalité coincé dans son fauteuil après une introduction musicale de Mozart (c'était du Vivaldi l'année d'avant) sur plan fixe de l’Elysée, on a vraiment beaucoup de mal à croire que «ce n’est pas le chef de l’Etat qui vient vous parler de politique», encore moins que le discours est «improvisé».

Mon dernier conseil: reste cool, François, mais n’en fais pas trop non plus. Sois toi-même, mais sois normal.

Jean-Laurent Cassely

Jean-Laurent Cassely
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Journaliste
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