Le Ritz, le Bulgari: l'hôtellerie londonienne édition de luxe

Ces deux hôtels sont les fleurons de la capitale britannique.

La façade du Ritz-London.

- La façade du Ritz-London. -

Année faste dans la capitale anglaise pour le tourisme: grâce au jubilé de Sa Majesté et aux Jeux olympiques réussis, la création de nouveaux hôtels de luxe stimule l’affluence tout autant que la kyrielle de restaurants de soixante nationalités, un record mondial.

Penchons-nous sur deux fleurons de l’hôtellerie londonienne: le Ritz et le Bulgari.

Le Ritz, l’art de vivre à l’anglaise

Construit par César Ritz en 1906, le palace de Piccadilly maintient dur comme fer le sens de l’hospitalité et l’opulence propres à la grande tradition hôtelière britannique. C’est une institution en pleine embellie.

Ce samedi d’hiver, à quelques jours du Nouvel An, l’«afternoon tea» va rassembler 400 convives dans l’admirable Palm Court aux dorures et statues d’époque.

Pour la gentry anglaise, la cérémonie du thé au Ritz (42 livres, 51 euros) demeure un «must» tout comme le verre de champagne et les cocktails dans le salon Promenade au Dorchester. Les citoyens de la Reine sont comme ça, jalonnant la vie sociale de points de chute, de rendez-vous immuables. La Cafe Society a ses rites.

Aux différents types de thés s’ajoutent des scones, des sandwiches au concombre ou au saumon, des cakes, des confitures et du champagne portant la marque du Ritz, élaboré par Jacquart à Reims (53 livres). Les Anglais de la «haute » qui se nourrissaient si mal dans les années 1960-70 –aucun sens du bon goût des aliments– sont devenus des gourmets, des «foodistes» grâce à Albert et Michel Roux, deux chefs français qui en près de quarante ans de bons et loyaux services culinaires ont révolutionné l’art de bien manger à travers leurs restaurants, le Gavroche et le Waterside Inn, cinq étoiles à deux, leurs livres de recettes (700.000 exemplaires) et les émissions culinaires à la télévision. Deux initiateurs et professeurs de voluptés de bouche.

Au restaurant très chic du Ritz, couleurs rose pâle, vue sur le Green Park, fauteuils genre Louis XV et voitures de tranches (poulet, saumon, bœuf écossais), le chef John Williams, membre de l’Académie Culinaire, s’inspire des méthodes et principes de la cuisine française post-Escoffier, la sole de Douvres, l’agneau de pré-salé, le turbot sauce hollandaise, la blanquette de veau et la tourte à la grouse –le coq de bruyère, un mets si apprécié des palais britanniques– «proche de l’étoile Michelin», indique le Français Guillaume Marly, ancien du Connaught, directeur exécutif du Ritz so british, cher à la famille royale: Queen Mumm avait fêté ses 80 printemps dans ces lieux chargés d’histoire.

Dans le salon Marie-Antoinette, portraits superbes de Louis XIV et de la Reine, Winston Churchill et Dwight Eisenhower ont élaboré ici les plans de résistance à l’ennemi allemand à l’heure du blitz.

Tout dans cet hôtel à l’imposante architecture 1900, mobilier du Grand Siècle, respire le culte du passé associé au respect d’une certaine étiquette, le personnel est en uniforme bleu à galons, les gants blancs glissés sous l’épaulette, le chapeau sur la tête: du théâtre au lobby. Les femmes sont en noir et chemisier blanc tandis que les clients doivent revêtir la veste et la cravate dans le salon pastel aux canapés profonds et dans la salle à manger. Au bar Rivoli, la tenue est plus informelle pour savourer les cocktails: daiquiris, Alexandra, whiskys et la pléiade des purs malts.

L’Angleterre est une nation de buveurs, de leveurs de coude, de gosiers secs dès 17 heures –pas moins de 30 millions de bouteilles de champagne éclusées chaque année et 25.000 rien qu’au Ritz, si bien situé. Le blanc local, «sparkling», mitonné dans le sud de la Grande-Bretagne, façon champagne, tient son rang dans le petit monde de l’effervescence élégante.

Le confort des chambres et suites, l’insonorisation parfaite des lieux, la diligence du personnel d’une politesse inconnue en France –250 employés– tout cela, «les aises» comme disait Robert Courtine s’intègrent à merveille au style «old fashioned» de ce palace hors du temps qui a vieilli dans son jus, sa patine, ses couleurs discrètes, sa clientèle apportant un supplément d’âme.

C’est l’Angleterre des blasons, des lords –dîners de fête en musique, parties en black tie et robes longues– et de la bourgeoisie enrichie par la City qui se donne du bon temps, nostalgique du «good old times».

  • The Ritz London 150 Piccadilly London W1J 9BR. Tél.: +44 (0) 207 493 8181. 116 chambres et suites à partir de 350 livres. Au restaurant, menus à 39 et 48 livres. Carte de 70 à 95 livres. Terrasse en saison.

Le Bulgari, modernité et confort

A l’opposé du Ritz coulé dans son moule d’hier, voici le Bulgari flambant neuf, construit en 2011 dans le quartier de Knightsbridge, à deux pas du Mandarin, de Harrod’s et de Harvey Nichols, trois adresses privilégiées par les touristes et visiteurs.

Autre lieu ô combien surprenant, autre type d’hôtel très contemporain pour une clientèle de quadras, de yuppies plus portés sur la «Swinging England» que sur les leçons d’histoire britannique. Autre temps de l’hôtellerie londonienne.

Ouvert en mai dernier, le Bulgari de Londres n’est pas le premier de la collection: à Milan, à Bali, la famille Bulgari s’est déjà diversifiée dans le secteur si porteur de l’hôtellerie de luxe.

Sur l’impulsion des propriétaires, la marque de joaillerie créée en 1881 à Rome par Sotirio Bulgari, un as du travail de l’argent, a accru son savoir-faire, sa créativité dans de multiples domaines, au-delà des bijoux: les objets d’art, la bagagerie, les parfums et ce grand hôtel londonien de 85 chambres et suites est l’archétype de ce que souhaitaient les successeurs Bulgari et le maître d’œuvre, Francesco Trapani, gardien du temple et des icônes de la fameuse maison italienne.

Dans l’ADN de Bulgari, voici l’argent et l’acier, matières nobles partout mises en valeur à Londres.

C’est pourquoi l’imposant bâtiment de Knightsbridge n’a rien de glamour ni de folichon: ne dirait-on pas une banque, une société anonyme tout de verre et de métal? Oui, un choc visuel.

Il y a de la rigueur, du dépouillement dans cette façade de pierres de Portland, celles de Buckingham Palace, sans charme, mais voulue par la marque et les investisseurs dont un producteur de films, lesquels ont cru dans ce projet architectural un peu fou, à la limite de la provocation: où se cache le fameux «way of life» à l’anglaise? A l’intérieur, dans les chambres et le lobby.

L’hôtel à l’enseigne glamour a démarré en fanfare à la veille des Jeux olympiques: les taux d’occupation (85%), la fréquentation, les résultats ont dépassé les prévisions les plus optimistes, indique Sylvain Ercoli, directeur général, qui a conçu le Bulgari (après le Royal Monceau) avec l’architecte italien Antonio Citerio et un cabinet anglais, très porté sur le métal, le bronze, le bois de chêne et le velours.

Toutes ces matières se sont intégrées dans les codes Bulgari dont le granit est l’un des éléments majeurs du lobby et du bar (une réussite) très animé dès l’heure du thé par une clientèle plutôt juvénile qui préfère la vodka au whisky dans la pénombre cosy et chaleureuse, et les lumières masquantes.

Adjacente au bar et à ses tables rondes, la bibliothèque fait fonction de salon d’accueil, canapés, fauteuils marron autour du feu dans la cheminée, à côté des magazines de mode, d’art et des bocaux de bonbons à la réglisse. Là on se sent bien, d’autant que des images d’archives remontant à l’époque de la dolce vita italienne occupent l’un des coins de ce lieu de passage et de vie. Tant mieux.

A cela s’ajoutent le business center au tapis de laine, la salle de cinéma (47 sièges) pour conférences et débats, le ballroom (140 places) aux deux chandeliers massifs et une superbe coupole en mosaïque dorée.

Oui, un hôtel pour les affaires et la relaxation, le cigar shop très confortable où l’on peut acheter et fumer des Havanes de collection (pas les siens).

Au deuxième sous-sol, le vaste spa, l’un des plus spectaculaires de Londres, une piscine longue de 25 mètres en pierres de Vicenza, utilisées par l’architecte fameux Palladio (1508-1580), auteur de trois églises à Venise, à quoi s’ajoutent douze salles de «treatment», des bains turcs aux hydro-massages et saunas: à coup sûr l’un des atouts du Bulgari pour le raffinement des matières (l’onyx) et un fitness pourvu de toutes les machines à torturer le corps –en bien.

Du bar on descend l’escalier aux rampes d’acier pour gagner Il Ristorante, une salle à manger marron et noir en arrondi. L’ensemble est plaisant même si le bruit des conversations pourrait être atténué afin de savourer la «cucina italiana» du chef italo-écossais Robin Pepin, passé par l’Andana en Toscane et la Trattoria d’Alain Ducasse à Monaco dont il a retenu la règle majeure de la bonne cuisine d’où qu’elle vienne, c’est-à-dire la recherche passionnée des produits, la qualité d’origine bien précise: le basilic de Ligurie, les citrons de la Côte Amalfitaine, les truffes blanches d’Alba (hors de prix, 6.000 euros le kilo), la mozzarella de Campanie, le bœuf ou l’agneau d’Ecosse, le riz Vialone, les gamberoni de Sicile et le veau de France. De l’excellence pour les goûts.

La valeureux Robin envoie des plats de la mémoire italienne, sans troubler les mangeurs, toutes les variétés de pasta et les spaghetti à la tomate au basilic, la piazzetta aux truffes blanches, le risotto milanais au safran, et le tiramisu un brin compact. Tout Londres vient dîner là, dans cet italien sans surprises.

Grâce à cette escale gourmande et aux commodités de cet hôtel très tendance, le Bulgari est entré dans la cour des grandes adresses de Londres dont les innovations, l’aspect et la décoration abrupte sont en conformité avec les désirs des propriétaires. Pour l’heure, ils ont gagné leur pari.

Nicolas de Rabaudy

Autres adresses d’hôtels

Le Café Royal Cet hôtel mythique (1865) tout près de Piccadilly, et son légendaire grill room aux 46.000 feuilles d’or et 1.000 tonnes de marbre de Carrare pour les salles de bains, a réouvert en décembre. Chambres minimalistes, piscine, fitness, une visite s’impose. A partir de 320 livres.

• 68 Regent Street London W1B 4DY. Tél.: +44 (0) 20 7406 3333

Dukes La tradition et le confort anglais dans cet hôtel au charme discret, bien situé au cœur de la cité. Fameux bar et cocktails. Repas et menus so british au Thirty Six. Chambres à partir de 270 livres.

• 35-36 Saint Jame’s Place London SW1A 1NY. Tél.: +44 (0) 20 7491 4840.

B + B Belgravia Deux maisons adjacentes sur trois niveaux donnant sur un jardin anglais dans un quartier ultra chic. Une adresse à découvrir.

• 64-66 Ebury Street London SW1W 9QD. Tél.: +44 (0) 7259 8570. Dix-sept chambres à partir de 99 livres. Ebury Wine Bar au 139 de la même rue. Déjeuner à 22 livres.

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L'AUTEUR
Nicolas de Rabaudy est le critique gastronomique de Slate.fr Ses articles
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Publié le 30/12/2012
Mis à jour le 02/10/2013 à 10h14
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