Économie

Compétitivité: et si on avançait vers la cogestion?

Temps de lecture : 3 min

Le rapport Gallois préconise d’ouvrir les conseils d’administration et de surveillance des entreprises aux élus du personnel. Une mesure pas chère et qui, en libérant une énergie collective, peut rapporter gros. Après les négociations sur le marché du travail, un nouveau challenge pour les partenaires sociaux?

hand shake / Properpilot via Wikimedia Commons
hand shake / Properpilot via Wikimedia Commons

Du rapport Gallois sur la compétitivité de l’industrie française, on a surtout retenu la réduction de 30 milliards d’euros des charges sociales des entreprises, transférés sur la fiscalité pour créer le fameux «choc de compétitivité». Mais on a oublié d’autres propositions, pourtant beaucoup moins coûteuses et que Louis Gallois, ex-président d’EADS aujourd’hui commissaire général à l’investissement, juge prioritaires.

Comme l’ouverture des conseils d’administration et de surveillance des entreprises (celles de plus de 5.000 salariés) à quatre représentants au moins des salariés. C’est d’ailleurs la deuxième proposition de son Pacte pour la compétitivité.

Débloquer une énergie collective

A priori, rien de révolutionnaire. Douze pays parmi les 27 de l’Union européenne ont déjà adopté des systèmes qui prévoient la participation d’élus des salariés à ces conseils. Et ça marche. Il ne s’agirait donc pas d’une innovation copernicienne.

Mais en France, rien… en dehors d’initiatives individuelles. Les structures sociales dans l’entreprise semblent figées, ce qui entretient les rapports conflictuels et empêche de libérer les énergies pour atteindre de meilleurs niveaux de compétitivité.

«Les Français ne travaillent pas assez ensemble, alors que l’énergie collective est le fer de lance et un des axes essentiels de la compétitivité», répète Louis Gallois dans les enceintes où il vient commenter son rapport, comme à l’occasion d’un récent débat organisé par la Documentation française.

Mais la mise en œuvre de cette disposition suppose de dépasser de nombreux blocages, et d’abord la suspicion d’une partie du patronat à l’égard des élus du personnel. Des représentants syndicaux ont-ils vocation à participer à la gestion d’une entreprise? Se sentent-ils suffisamment impliqués dans la réussite de l’entreprise pour qu’on leur ouvre les plus hautes instances? Peuvent-ils avoir une approche qui dépasse la seule défense des droits acquis par les salariés?

Faire confiance aux élus du personnel

Le patronat allemand a montré l’exemple depuis longtemps, et il serait temps que, en France, la conception de l’entreprise évolue. «Le chef d’entreprise n’est pas l’entreprise. Son rôle est essentiel, mais une entreprise est une entité humaine qui a sa vie propre, et il faut que les salariés comprennent qu’ils y sont chez eux», insiste Louis Gallois qui, de la Snecma à EADS en passant par Aérospatiale et la SNCF, a endossé plusieurs costumes de patron.

Les actionnaires? Leur rôle est éminemment respectable, mais ils ne sont pas propriétaires de l’entreprise, seulement du capital.

C’est l’œuf et la poule. Il faut à un certain moment prendre un risque, ouvrir les conseils à des élus du personnels («sans dépasser le tiers des membres»), faire évoluer tout le monde ensemble dans la compréhension des enjeux économiques et dans l’écoute de l’autre. Et dans le respect de certaines règles éthiques, pour les patrons comme pour les représentants syndicaux.

Les chefs d’entreprises réclament-ils que l’Etat leur fasse plus confiance? Ils ont raison, et c’est une condition nécessaire à la décision d’investir. Mais ils doivent aussi faire eux-mêmes plus confiance à leurs salariés pour mobiliser une plus grande énergie collective.

Gallois, Beffa, Mer et les autres

D’autres grands patrons appellent au dépassement de postures dépassées dans les relations sociales. Jean-Louis Beffa, président d’honneur de Saint-Gobain, vante l’exemple allemand, «qui conduit à un système où les salariés ont à la fois des droits et des devoirs particuliers dans la stratégie des entreprises»: c’est «un élément essentiel de la stratégie des firmes comme des rapports sociaux», analyse-t-il dans son livre La France doit choisir.

Francis Mer, aujourd’hui vice-président de Safran, ancien patron d’Usinor et qui fut ministre de l’Economie du gouvernement Raffarin, est sur la même ligne: «Les syndicats font plus évoluer la situation que le patronat dans les entreprises», confie-t-il, invitant les responsables à jouer la carte d’une plus grande participation à la prise de décision.

Dans le même esprit, Louis Gallois préconise aussi que la présidence du comité d’entreprise soit confiée à un représentant du personnel, pour déclencher «une prise de responsabilité de tous les acteurs de l’entreprise».

Relancer la syndicalisation

Mais pour que la participation à un conseil d’administration, de surveillance ou à un comité d’entreprise déclenche une plus grande mobilisation collective des salariés et le sentiment d’une responsabilité partagée, encore faut-il que la représentation syndicale ait un sens.

Or, en France, seulement environ 8% des salariés sont syndiqués, soit quatre fois moins que dans les années 50. Dans le seul secteur privé, le taux de syndicalisation n’excède pas 5%.

Ainsi, pour changer la perception et l’engagement des salariés dans l’entreprise, faudrait-il parallèlement relancer la syndicalisation des salariés pour que leurs élus soient investis d’une légitimité et d’une responsabilité nouvelles. Le patronat renâclera-t-il? C’est un des leurs, le très gaulliste Henri Lachmann, président du conseil de surveillance de Schneider Electric et ardent partisan du dialogue social, qui prône ce retour à une plus forte syndicalisation des salariés. A l’allemande. Patron étiqueté de gauche, Louis Gallois, à ses côtés, approuve.

Voilà donc du grain à moudre pour les partenaires sociaux, une fois terminées les négociations en cours sur la réforme du marché du travail. Avec éventuellement l’Etat, qui aurait intérêt à regarder de près cette proposition du Pacte de compétitivité, porte ouverte sur la modernité et que l’on peut pousser pour pas cher!

Gilles Bridier

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