Le mot de la semaine: Rupture
Le mot de la semaine
Madame Arthur, selon la chanson célèbre, avait un «je-ne-sais-quoi». Nicolas Sarkozy a la rupture.
Outil à toutes mains, d'usage principalement électoral, la rupture présente, à première vue, un avantage que nul ne contestera. Tout le monde comprend de quoi il s'agit —au moins pensait le comprendre, en 2007 —, sans que personne soit, à la vérité, en mesure de préciser ce que le terme recouvre.
Cette imprécision même désigne les vocables ou expressions dont l'avenir est assuré, tant chacun peut croire s'y retrouver. Qu'on se souvienne de la «force tranquille» de 1988, par exemple, qui devait déboucher sur «l'ouverture». Le bon peuple (et pas seulement le peuple de gauche), rassuré, il faut l'admettre, par la tranquillité de cette vigueur, renouvela une majorité confortable à François Mitterrand.
On découvrit bien vite que le slogan dissimulait à peine une propension à l'inaction et que l'ouverture, à prendre à l'envers comme la «novlangue» d'un George Orwell, se traduisait par le verrouillage du pouvoir par les mitterrandistes pur jus, sans parler d'une autre ouverture immédiate, celle de la chasse au Rocard. Par un renversement, des plus spectaculaires, les éléphants, mandatés par l'Élysée, conduisaient les battues. Et voici comment après le plus populaire des Premiers ministres, la France découvrit en Édith Cresson la plus impopulaire des Premiers ministres, bientôt exilée à Bruxelles où, à tout le moins, elle ne fit rien, ou presque, pour recouvrer quelque popularité.
On accordera à l'actuel président de la République de n'avoir pas menti aux électeurs. Dans le style pétaradant auquel il avait habitué les Français depuis son arrivée place Beauvau, il ne cachait pas que la rupture apparaîtrait d'abord dans le style et l'action. Il ne faudrait pas espérer de lui l'éloignement, la rareté d'intervention, la parcimonie dans la communication de ses deux prédécesseurs, moins encore leur conservatisme —pour ne pas dire leur immobilisme— dissimulé, ou non, par une rhétorique «de progrès». Lui, il serait présent, en première ligne sans cesse, et il prendrait toutes ses responsabilités.
De ce point de vue, l'Hexagone, si l'on ose s'exprimer ainsi, en a eu, en a et en aura, on peut l'imaginer, pour son argent. Même les plus enragés des antisarkozystes ne peuvent lui reprocher de se comporter en roi fainéant. On lui en voudrait plutôt de s'exposer tant et plus et, au vrai, d'en faire trop, dans tous les domaines, vie privée incluse. On avait perdu, depuis la fin abrupte du second septennat du général de Gaulle, l'habitude d'un chef de l'État saturant à un tel degré le champ de l'Information.
À propos du Grand Charles, on remarquera qu'aussi gaulliste qu'il se prétende, Nicolas Sarkozy avait caché son intention de rompre avec la pratique de la Ve République. La rupture, de fait, c'est aussi le locataire de Matignon ravalé sans fioritures au rang de «collaborateur» du président et contraint d'avaler force couleuvres, des ministres réduits à la figuration dans les cortèges présidentiels, et un Claude Guéant ou un Henri Guaino, dépourvus de légitimité faute d'avoir été élus, propulsés à l'avant-scène. Pour rester dans le raisonnable, on écrira qu'on a vu des situations plus indiscutables. Irait-on vers un présidentialisme à la latino-américaine?
L'ironie réside dans le fait que la rupture vise, dans l'implicite, à parer au danger d'une fracture sociale, souvent annoncée, toujours redoutée. Une brutalité chasserait l'autre, pour s'exprimer à la manière de Ségolène Royal. Et, à propos de Ségolène… il y a quelque quatre semaines, sauf erreur, qu'on ne l'a plus entendue demander pardon à tout propos. Est-elle malade? Ou bien, sondages obligent, aurait-elle rompu avec son engagement de devenir, au nom de son pays et de ses compatriotes, pardonneuse en chef? Qu'imaginer?
Qu'on le déplore ou qu'on s'en réjouisse, la conclusion s'impose: à chacun sa rupture.
Marc Menonville
Mis à jour le 19/06/2009 à 14h15












































Tous les slateurs cultivés, puisque nous sommes sur la page culture, se souviennent que grâce à son "je ne sais quoi", madame Arthur fit parler d'elle longtemps, longtemps !
Elle avait aussi une foule d'amants !
Les journalistes et politiques que Sarkozy mène par le bout du nez, ne sont-ils pas comme les galants que dans une autre chanson, Philomène mène au pré ?
Très cordialement.
Chère Marianne,
Une slateuse qui titre sur la vie privée d'un slater, je n'en reviens pas ! En plus tout n'est pas faux dans votre description de mon ex, hélas.
Parlez-nous plutôt de ce que vous avez vécu avec Nelly, être la rivale d'Emmanuelle Béart n'a pas dû être toujours facile...
Sans rancune [Arthur]
Vous êtes un plaisantin et je suis une plaisantine.
Oublions Emmanuelle et demandons-nous plutôt, si nous sommes faits pour nous entendre ?
Amicalement.
Notre pays a trop longtemps souffert de ruptures et devrait rompre avec elles ... Politiquement, socialement, humainement ... L'idée de progrès pourrait alors faire son chemin et imprégner les esprits. Pour le bien de tous.
Vous soutenez donc que le pays a souffert des ruptures telles que la révolution de 1789, le front populaire de 36, 1968, etc... ?
En quoi ? Merci d'avance pour vos éclaircissements...
« À propos du Grand Charles, on remarquera qu'aussi gaulliste qu'il se prétende, Nicolas Sarkozy avait caché son intention de rompre avec la pratique de la Ve République. La rupture, de fait, c'est aussi le locataire de Matignon ravalé sans fioritures au rang de «collaborateur» du président et contraint d'avaler force couleuvres, des ministres réduits à la figuration dans les cortèges présidentiels, et un Claude Guéant ou un Henri Guaino, dépourvus de légitimité faute d'avoir été élus, propulsés à l'avant-scène. »
Monsieur Menonville soyez prudent quand vous croyez déceler (avec mille autres) une rupture, comparez avec ce qu'écrivait Hubert Beuve-Méry en février 1964 (il y a donc 45 ans) -- et puisque nous sommes sur le web, je serais très intéressé par une réponse de votre part :
« Ainsi, ce Premier ministre, chef d’un gouvernement qui, aux termes de la Constitution, détermine et conduit la politique de la nation, dispose de l’administration et de la force armée, risque fort de n’être plus qu’un simple chef de cabinet, tout au plus un chef d’état-major. Encore doit-il compter à l’occasion avec l’action parallèle de missi dominici ou de ministres in partibus qui prennent directement leurs ordres à l’Elysée. »
Les politiques n’ont de cesse de fustiger l’effacement de François Fillon devant l’omniprésence d’un président actif. En fait, la Constitution française est vraiment mal adaptée car les Premiers Ministres subissent depuis 1958 la malédiction du pouvoir. Ils sont en première ligne, jouent toujours le rôle de fusible du Président mais en revanche, ils n’ont le pouvoir que de se taire.
L’origine du malaise tient au fait que le général de Gaulle avait commandé une constitution taillée à sa mesure. Le duo Président-Premier Ministre fonctionnait alors parfaitement en phase. En effet Georges Pompidou, qui était à ses côtés depuis 1944, le suivit ensuite dans sa traversée du désert comme collaborateur puis comme directeur de cabinet dès son retour au pouvoir en 1958. C’est dire combien leur longue relation fut basée sur la confiance et l’amitié mais, ces deux personnalités avaient accepté dès le départ leur rôle respectif et Pompidou son poste de second. L’entente fonctionna au beau fixe jusqu’en avril 1962 date à laquelle Pompidou, nommé Premier Ministre, commença à vouloir exister. A partir de ce moment, les divergences s’accumulèrent et les tensions conduisirent le Général à se séparer de lui en 1968 et, conséquence ultime, à ne pas appuyer sa candidature à l’élection présidentielle.
La cohabitation peut parfaitement résister au temps à condition que le Premier Ministre ne fasse jamais preuve d’une velléité à être calife à la place du calife. Le Président en place a cette tendance fâcheuse à s’offusquer dès que son vassal songe un instant à le remplacer. Georges Pompidou avait écrit au Général, comme pour s’excuser d’envisager de s’assoir à son fauteuil ; « Que puis-je vous dire, mon Général, qui m’avez tout appris, sinon que votre image ne cessera de grandir, que rien, et surtout pas l’ingratitude, ne peut lui nuire, et que celui qui sera peut-être appelé à vous succéder officiellement ne pourra qu’essayer de n’être pas trop indigne ? ».
La Constitution, lacune extrême, empêche le numéro deux d’exister parce qu’il tient sa nomination et son avenir du Président. Cette crise d’identité a toujours été flagrante comme l’avouait Pompidou : « je tiens le rôle du chef de l’Etat pour essentiel, mais, par contre je ne saurais continuer ma tâche, ni porter mes responsabilités qu’autant que je suis ou que je serai pleinement d’accord sur tous les aspects de la politique qu’il m’appartient d’ailleurs de conduire au fur et à mesure des événements avec le Gouvernement dont je dirige l’action ».
La frontière instable entre les pouvoirs du Président et du Premier Ministre a toujours conduit à un clash qui amène invariablement des binômes parfaitement rodés et solides à se combattre, sinon à se détester plus tard par l’érosion du temps. Les rivalités personnelles éclipsent souvent l’amitié et prennent le pas sur les enjeux politiques les plus fondamentaux. Pourtant les duos s’organisent bien avant l’élection pour donner au peuple une image rassurante même si parfois la trahison peut servir à atteindre le sommet. Jacques Chirac avait comploté contre le chef de son parti, Chaban-Delmas, pour s’associer avec celui du Centre afin d’obtenir la place de chef du gouvernement. Mais la gangrène sévit à la racine. On l’a vu s’ébaucher entre Pompidou et Chaban-Delmas, atteindre la virulence entre Giscard d’Estaing et Chirac, se jouer à fleuret moucheté entre Mitterrand et Rocard et puis s’envenimer entre Chirac et Sarkozy.
Fort de la légitimité du suffrage universel, le Président de la V° s’arroge tous les pouvoirs, presque féodaux, parce qu’il est inamovible tandis que le Premier Ministre, nommé par le Président, est à la merci du fait du Prince ou d’une motion de censure du Parlement. L’omnipuissance de l’Elysée tend à écraser les personnalités et pour peu que le second s’arroge le droit de décider et non pas d’exécuter, le conflit devient ouvert. C’est pour éviter ce conflit éventuel que Fillon s’efface devant son président même s'il prend parfois certaines libertés en affirmant : « Je suis à la tête d’un Etat en faillite », Fillon sait bien sûr que Sarkozy est au sommet mais il tient à se poser en acteur de la République; d’autre part il tend à insinuer qu’il est le seul à dire la vérité sans en avoir peur. Il cherche en fait à apporter ses propres inflexions mais tout en mettant mal à l’aise son suzerain. Michel Rocard et François Mitterrand, qui se sont toujours détestés, ont tenu plus de trois ans ensemble et le cessez-le-feu établi entre eux a permis des avancées politiques et sociales. Rocard a pu organiser son mouvement de croissance en créant le RMI et la CSG pour couvrir ses dépenses. Seul le machiavélisme de Mitterrand a eu raison de la forte tête du PS.
Fillon a besoin d’un soutien franc et massif de l'Elysée et il sait qu'il doit dire la vérité. mais dire la vérité est une qualité qui ne se justifie pas en politique puisque seule la langue de bois est recommandée pour endormir l'opinion. Le Premier Ministre veut ouvrir une nouvelle ère politique moderne fondée sur la vérité et le pragmatisme mais il n'est pas sûr que le Président l'entende ainsi.
La situation économique de la France ne peut pas permettre une dualité tendue entre les gouvernants car il altère l’efficacité de l’exécutif et les Français seront les premiers à subir les conséquences néfastes d’une guéguerre stérile si le conflit s’installe ouvertement et de manière permanente. Le Président pense avoir plus d’efficacité s’il intervenait seul dans les affaires de l’Etat quitte à se défaire du boulet de son Premier Ministre. Il ne lui reste plus qu’à modifier la Constitution pour rejoindre les pays anglo-saxons qui donnent la totalité du pouvoir à une seule tête. L’institution d’un régime présidentiel, si elle était décidée en France, aura au moins l’avantage immense de mettre fin à la malédiction qui pèse toujours sur la tête des Premiers Ministres.