France

A la recherche d'un Louis Gallois du logement

Eric Le Boucher, mis à jour le 28.12.2012 à 7 h 48

Il est temps de trouver un homme ou une femme de gauche du terrain, capable de réviser de fond en comble la stupide politique du logement en France.

Un couple devant une agence immobilière londonienne, en 2009.  REUTERS/Stephen Hird

Un couple devant une agence immobilière londonienne, en 2009. REUTERS/Stephen Hird

L'immobilier est un secteur où des centaines de milliers d’emplois pourraient être créés, dès les mois qui viennent. Un secteur qui ne risque pas les délocalisations. Un secteur qui, en se développant, ne creuse pas le déficit extérieur par afflux d’importations.

La France a tout pour y parvenir: de l’épargne en abondance, des terrains sur son vaste territoire et une démographie positive qui année après année alimente une forte demande.

Et pourtant, la France fait le contraire depuis quarante ans.

Mêlant sa honte des sans-abris et son antique amour des rentiers, bonne conscience et petits intérêts dans un cocktail «à la française», elle encourage à la fois et sans trancher, la pierre et l’abbé Pierre.

Le résultat est de perturber et la demande et l’offre et d’aboutir à une pénurie de constructions qu'une valse de mesures très chères et très inefficaces ne parvient jamais à vaincre. 

Il est temps de trouver un Louis Gallois, un homme ou une femme de gauche du terrain, capable de réviser de fond en comble la stupide politique du logement en France.

Le gouvernement, au lieu d'en prendre le chemin, renforce tous les défauts de la politique coupable. 

Le marché s'est figé

Cécile Duflot, ministre en charge, armée d’une idéologie antipossédants chevillée au corps, fait, avec minutie, tout ce qu’il ne faut pas faire: bloquer les loyers, taxer les propriétaires et menacer d’exproprier les logements inoccupés.

La conséquence est une glaciation générale. Les déjà vacillantes mises en chantier de logements neufs ont plongé de 24% lors des trois derniers mois connus, de septembre à novembre. Le nombre d’autorisations a reculé de 12%.

Parallèlement le marché de l’ancien s’est figé: les transactions en Ile-de-France ont chuté de 20%, d’après les notaires, sans que les prix ne baissent, ce qui est un comble. En province, la baisse est de plus de 15%. L'année 2013 s'annonce dévastatrice.

La pénurie estimée à 800.000 logements en France va très sûrement s'aggraver.

Au moment où il faut d'urgence organiser la mobilité entre les territoires, la glaciation de l'immobilier est une faute politique lourde.

Et tandis que les professionnels étrangers ne viennent plus, que les plus riches investisseurs nationaux gardent leur argent au chaud, éventuellement s'en vont, les Français qui restent doivent consacrer une part croissance de leur revenu à se loger.

Devenez propriétaire! Devenez propriétaire!

Ils sont renvoyés dans des banlieues de plus en plus lointaines, passant de plus en plus de temps dans des moyens de transports eux aussi en mal d'investissement, la politique de transport collectifs méritant, itou, une refonte générale.

Tous les mécanismes d'aides en place ont perdu depuis belle lurette leurs effets positifs.

La demande parce qu'on n'ose pas mettre hors des HLM des ménages dont les revenus dépassent les seuils. Parce que droite et gauche encouragent sans réflexion les Français à devenir «propriétaires» à coup de taux bonifiés et autres subventions.

L'offre parce qu'on soutient fiscalement la construction de logements loués à Trifouilli-les-Oies ou Outre-Mer, au point d'avoir complètement transformé  l'immobilier en outil de défiscalisation.

Sans compter des mesures annexes qui viennent ruiner ce qui reste de sain. Ainsi de la hausse du plafond du Livret A, au motif idéologique de «soutenir l'épargne populaire», comme du maintien de son taux à un niveau au-dessus de ce qu'il devrait être. Le résultat est de renchérir le coût des emprunts des organismes de HLM, donc de freiner encore la construction.

Les idées ne manquent pas

La bonne logique serait de redonner sa place au libre jeu du marché avec pour seul objectif d'encourager les investissements. Déjà de ne pas les décourager. L'Allemagne dépense moins de la moitié des milliards que la France consacre en aides inefficaces.

Ensuite, concrètement, il n'y a pas pénurie d'idées, les propositions de réformes sont sur la table ici ou encore : libérer le foncier, revoir les règlementations paralysantes et, surtout, évaluer sans concession tous les mécanismes d'aides.

Le ou la candidate au poste de «Gallois du logement» devrait être facilement trouvé. Son job («redresser le BTP») est plus beaucoup simple que de réindustrialiser. Et il y a de grosses économies à faire.

Eric Le Boucher

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies pour réaliser des statistiques de visites, vous proposer des publicités adaptées à vos centres d’intérêt et nous suivre sur les réseaux sociaux. > Paramétrer > J'accepte