La maladie de Raynaud: le froid qui fait mal aux doigts

Il faisait froid lors d'un des derniers discours d'Obama pour sa première campagne, en Pennsylvanie en octobre 2008. REUTERS/Jason Reed

Il faisait froid lors d'un des derniers discours d'Obama pour sa première campagne, en Pennsylvanie en octobre 2008. REUTERS/Jason Reed

Elle se caractérise par une insensibilité et une douleur pénible aux doigts provoquées par le froid. Reconnaître ses symptômes est facile: les doigts deviennent blanc ivoire. Mais que faire en pratique?

C'est la maladie du froid par excellence –du froid et parfois du stress. Depuis très précisément 150 ans, elle est connue des médecins sous le nom de «maladie de Raynaud».

Son diagnostic peut aisément être fait par ceux qui en souffrent soit, dit-on, entre 5% et 10% de la population. C'est, par temps de froid, une brutale et très désagréable sensation: les doigts deviennent à la fois douloureux et insensibles. Ils sont bientôt pâles, ivoires, comme morts. Les deux mains sont touchées de manière symétrique.

C’est en quelque sorte avoir l’onglée plus facilement que ses semblables. La vie ne reviendra dans ces extrémités qu’au bout de quelques minutes (quelques dizaines parfois) sous l’effet de la chaleur. Dans certains cas, les orteils, mais aussi le nez, les lèvres et les lobes d'oreilles peuvent être concernés. On ne confondra pas avec les engelures et leurs papules violacées et douloureuses. Les symptômes sont suffisamment caractéristiques pour que l’on ne se trompe pas sur la nature du mal.

C’est aussi une expérience particulièrement désagréable pour tous ceux qui en sont atteints –toutes celles plus précisément, puisque la maladie de Raynaud touche le plus souvent les femmes (70% à 90%).

Par définition, c’est aussi une maladie que l’on rencontre nettement plus fréquemment dans les pays froids.

Une asphyxie

En cas de doute, on peut faire le test de la «provocation au froid» en plaçant les deux mains en immersion dans de l’eau glacée et en observant ensuite les changements de couleur.

Une étude menée il y a quelques années en France auprès d’une petite centaine de patients volontaires a montré que le nombre de crises augmente de manière significative lors des refroidissements de la température en cours de journée ou encore en période automnale, lorsque le taux d’humidité relative augmente dans l’atmosphère. L’hiver, le nombre des crises double lorsque la température diminue significativement au cours de la journée (avoisinant les 0°C) avec une humidité relative supérieure à 80%.

Pourquoi un tel phénomène? La brutale sensation de froid et la douleur sont dues à une réduction puis à l’arrêt de la circulation sanguine dans les extrémités des doigts. Et cet arrêt est lui-même la conséquence de la constriction des artérioles qui assurent l’arrivée sanguine dans ces territoires excessivement sensibles. C’est ni plus ni moins une asphyxie. La douleur disparaîtra lorsque ces artérioles auront retrouvé leur lumière et que le sang circulera à nouveau, apportant chaleur et vie.

Quand l’accident asphyxiant survient au niveau du cœur, l’arrêt de la circulation sanguine artérielle provoque un infarctus. Plus haut, au niveau du système nerveux central, c’est l’accident vasculaire cérébral. Ici, plus en périphérie, au niveau des doigts c’est une sensation de picotement, d’engourdissement et de brûlure.

Les conséquences ne sont en rien comparables à celles sur le cœur et le cerveau. Après réchauffement, les doigts passent de la couleur ivoire au bleu-violet, les douleurs s’accentuent souvent quelques instants avant de finalement disparaître.

Les médecins classent la maladie de Raynaud dans les «acrosyndromes». Ils la définissent aussi comme un «trouble vasomoteur paroxystique» correspondant à «un arrêt brutal et transitoire de la circulation artérielle dans les extrémités digitales, se traduisant par des modifications de coloration des doigts associées des sensations de doigts morts». Le phénomène peut être décomposé en phase «syncopale» (doigts blancs), phase «cyanique» (doigts bleus) puis de «dilatation réactionnelle» (doigts rouges).

Attention à ne pas confondre la maladie de Raynaud et le «syndrome» du même nom. Dans le premier cas, le phénomène est dit «primaire» (sans cause particulière). Dans l’autre, il est la conséquence de différentes affections (dont des maladies professionnelles «maladie des engins vibrants», usage intensif des claviers, expositions répétées au froid, intoxication par le chlorure de polyvinyle).

Comment se réchauffer?

Que faire en pratique? Se protéger du froid bien sûr. Porter des gants protecteurs conservant la chaleur. Une solution simple pour réchauffer les doigts privés de sang consiste à les plonger dans de l'eau tiède jusqu'à obtenir leur revascularisation.

En cas de gêne importante (ou faute de disposer d'eau tiède), on peut accélérer le retour du sang via la force centrifuge en décrivant avec le bras de grands arcs de cercles. Des petits dispositifs adaptés («chaufferettes») peuvent aussi se révéler très utiles.  

Dans tous les cas, la consommation de tabac est formellement contre-indiquée. Fumer déclenche le resserrement des vaisseaux sanguins, ce qui augmente le risque de crise, ainsi que l’intensité et la durée des symptômes. De plus, le tabagisme augmente le risque d’obstruction des petits vaisseaux.

Différentes spécialités pharmaceutiques peuvent également être utilisées (vasodilatateurs, inhibiteurs calciques, dérivés nitrés) ainsi que certaines médications moins officielles (extraits de ginko biloba, acupuncture, etc.). En toute hypothèse, le syndrome de Raynaud justifie une prise en charge nettement plus médicalisée pour diagnostiquer et traiter la maladie sous-jacente.

Jean-Yves Nau