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Chiropratique: contre la lombalgie, se faire manipuler, ça a du bon

Lesley Butler and Rob Bell, qui luttent contre le changement climatique, prennent un «bain de soleil» dans un fjord norvégien, en avril 2007.  REUTERS/Francois Lenoir

Lesley Butler and Rob Bell, qui luttent contre le changement climatique, prennent un «bain de soleil» dans un fjord norvégien, en avril 2007. REUTERS/Francois Lenoir

Deux études parues dans deux revues spécialisées tendent à démontrer l’utilité des soins manuels apportés en complément d’une approche médicale dite traditionnelle.

Les lombalgies constituent un mal très répandu évoluant sous des formes aiguës ou chroniques.

Source de souffrances, elles sont aussi à l’origine de pertes économiques nullement négligeables. En France, on estime officiellement que «plus de la moitié de la population de 30 à 64 ans a souffert de lombalgie au moins une journée durant les douze derniers mois». Et que 17% de la même population a souffert durant plus de trente jours de lombalgie durant la même période [PDF].

Celles et ceux qui en souffrent se heurtent aussi assez fréquemment à de nombreuses difficultés avant de trouver une réponse thérapeutique adaptée.

Deux études parues dans deux revues spécialisées tendent à démontrer l’utilité que peuvent fournir dans ce domaine des soins apportés en complément d’une approche médicale dite traditionnelle, non manuelle.

La première est parue dans la revue Spine, la seconde dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology. Dans les deux cas, les auteurs ont cherché à évaluer l’apport thérapeutique que pouvait constituer la chiropratique (ou chiropraxie). Encore parfois ici ou là objet de controverses quant à son efficacité (voire son innocuité), la chiropratique est une discipline qui vise pour l’essentiel à traiter des douleurs trouvant leur origine au sein du système ostéo-articulaire et ce à partir de manipulations physiques, principalement vertébrales.

Pour les militaires...

L'étude clinique parue dans Spine a porté, aux Etats-Unis, sur deux groupes de militaires en service âgés de 18 ans à 35 ans et souffrant de lombalgies. On en trouvera le résumé ici.

Le premier groupe recevait des soins médicaux courants, conseillées et prescrits par des médecins; parmi ces soins une éducation thérapeutique, des traitements médicamenteux, de la physiothérapie (application de chaud et de froid) ou une prise en charge par un centre spécialisé dans la prise en charge de la douleur. Les membres du second groupe recevaient quant à eux, en complément des soins médicaux courants, un traitement chiropratique limité, au maximum, à deux visites hebdomadaires.

Après une période comprise entre deux et quatre semaines, les effets sur la perception de la sensation douloureuse ont été évalués sur une échelle de 0 à 10 (Numerical Rating Scale); ceux sur les capacités fonctionnelles (la mobilité) ont été étudiés selon deux méthodes: un questionnaire (Roland Morris Disability Questionnaire) et une échelle (Back Pain Functional Scale, PDF). La satisfaction des volontaires des deux groupes a également été mesurée.

Avec une douleur ressentie évaluée à 3,9 sur 10, le groupe recevant des soins chiropratiques rapportait de meilleurs résultats que le groupe recevant les seuls soins médicaux conventionnels (6,1 après deux semaines et 5,2 après quatre semaines).

«En termes de mobilité, le questionnaire comme l'évaluation sur une échelle rapportaient des résultats concordants allant dans le sens de capacités fonctionnelles supérieures après deux comme après quatre semaines pour le groupe recevant des soins chiropratiques, résument les auteurs. Les résultats du Roland Morris Disability Questionnaire montrent une différence moyenne de quatre points sur vingt-quatre et une différence d'environ neuf points sur la Back Pain Functional Scale qui en comporte soixante.»

Toujours selon les auteurs, à la fin des quatre semaines, 73% des patients suivis par un chiropracteur rapportaient une amélioration globale de leur état contre 17% des patients recevant les seuls soins médicaux courants. Et un patient sur trois recevant les seuls soins médicaux courants s’est vu prescrire des médicaments contre moins d’un sur cinq chez ceux recevant en plus des soins chiropratiques.

... les femmes enceintes...

Parue dans l'American Journal of Obstetrics and Gynecology, la seconde étude clinique a également été conduite aux Etats-Unis. Elle a concerné 169 femmes enceintes, âgées de 15 ans à 45 ans, portant un seul fœtus, et dont une lombalgie, des douleurs pelviennes ou les deux ont été diagnostiqués par leur obstetricprovider (obstétricien ou sage-femme) entre la 24e et la 28e semaine de gestation. On en trouvera le résumé ici.

Un premier groupe de ces femmes recevait uniquement des conseils et soins obstétriques courants, laissés à l'appréciation des providers; parmi ces conseils et ces soins: le repos, des exercices, l'application de chaleur, des traitements médicamenteux antalgiques. Le second groupe bénéficiait, en complément des soins obstétriques courants, un traitement chiropratique. Cette prise en charge consistait en deux visites hebdomadaires avec un chiropracteur. Ce dernier «prodiguait des conseils, des actes de thérapie manuelle, et des exercices de stabilisation».

Les effets des deux prises en charge ont été évalués à la 33e semaine de gestation sur la base de différents indicateurs de douleur (questionnaires et tests orthopédiques). Une réduction significative de la douleur dans le groupe recevant des soins chiropratiques en complément des soins obstétriques courants a été observée, résument les auteurs.

A l’inverse, on a noté une augmentation significative de la douleur sur cinq des indicateurs pour le groupe recevant les seuls soins obstétriques courants. On a également observé une amélioration significative des troubles du sommeil pour le groupe recevant des soins chiropratiques en complément des soins obstétriques courant.

... et les autres

Une troisième étude allant dans le même sens a été récemment publiée dans Spine. Elle a été menée en Allemagne auprès de 101 personnes souffrant de lombalgies. Elle tend à démontrer la supériorité thérapeutique des manipulations dites «HVLA» (à «haute vélocité et de courte amplitude») sur un antalgique (le diclofénac). On en trouvera un résumé ici.

Ces publications viennent compléter toutes les études comparatives qui ont déjà été menées pour évaluer la chiropratique, le plus souvent dans les pathologies lombaires et cervicales.

«Dans les lombalgies aiguës ou subaigües, la chiropratique semble efficace, avec une efficacité d’un ordre de grandeur comparable à l’efficacité des traitements alternatifs, estime pour sa part en France l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Dans les cervicalgies, l’efficacité n’apparaît également pas supérieure aux autres traitements possibles, avec en outre un risque d’évènement indésirable rare mais grave. Au total, la chiropratique propose des réponses non chirurgicales et non médicamenteuses à des troubles fréquent ; cette approche est donc susceptible d’intéresser un grand nombre de patients. Les réponses apportées par la chiropratique sont potentiellement efficaces dans certaines indications, mais sans supériorité prouvée par rapport aux alternatives plus classiques.»

Jean-Yves Nau

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