Quel régime de retraite auront en 2060 les jeunes actifs d’aujourd’hui?

Le nouveau diagnostic du COR à l’horizon d’un demi-siècle est plutôt un peu moins pessimiste qu’au moment de la réforme de 2010. Les trois leviers à actionner pour combattre le déficit demeurent les mêmes. Mais dans quelles proportions?

REUTERS/David Moir.

- REUTERS/David Moir. -

Plutôt moins pires à long terme que prévu: telles sont les estimations établies par le Conseil d’orientation des retraites (COR) dans son 11e rapport, adopté le 19 décembre dernier pour préparer les travaux sur le système des retraites qui devront s’ouvrir cette année. Ce n’est d’ailleurs qu’une partie du diagnostic, car un second rapport attendu le 22 janvier doit compléter le premier. 

Ces travaux doivent notamment répondre à une question: dans quelles conditions les jeunes qui entrent aujourd’hui sur le marché du travail partiront-ils à la retraite? On se souvient que les jeunes opposants à la réforme des retraites de 2010 manifestaient leur inquiétude sur l’assèchement du système lorsqu’eux-mêmes seraient en âge d’en bénéficier.

Deux ans et une réforme plus tard, l’anxiété persiste. Selon une récente enquête de l’institut CSA, seulement un jeune de 18 à 24 ans sur trois compterait sur sa retraite pour financer ses vieux jours, deux sur trois privilégiant l’épargne. Les jeunes n’ont plus confiance dans le système de retraite par répartition; la solidarité intergénérationnelle qui fonde la politique de protection sociale en France est ébranlée.

Pas étonnant, car la réforme Woerth, qui se résume à un décalage de deux ans du butoir de l’âge, ne règle pas le creusement du déficit du système. Et même le Sénat –alors majoritairement de droite— avait hésité avant de l’adopter. Il n’y avait consenti que dans la mesure où, dès 2013, une réflexion nationale sur les objectifs et les caractéristiques d’une réforme systémique devrait être engagée.

Le COR le constate encore aujourd’hui: le besoin de financement du système doit passer «de 14 milliards d’euros en 2011 à 21,3 milliards en 2017, soit respectivement 0,7 et 1 point de PIB». C’est dire si cette réforme était mal ficelée. Il faut rouvrir le chantier, en se projetant cette fois sur le demi-siècle à venir, durée sur laquelle un système de retraite doit offrir une certaine stabilité pour être crédible. 

Des paramètres actualisés, un diagnostic global

A la demande de la Conférence sociale de juillet 2012, le Conseil d’orientation des retraites s’est donc remis au travail pour établir de nouvelles perspectives du régime de retraite à horizon 2020, 2040 et 2030.

Un travail superfétatoire, dans la mesure où il avait déjà été réalisé en 2010? Les paramètres de base n’ont pu changer en aussi peu de temps, mais le COR s’en explique: les projections d’avril 2010 avaient seulement consisté à actualiser les projections de novembre 2007 en intégrant les effets de la crise, et seuls les principaux régimes de retraite avaient été analysés.

Dans son dernier rapport, le conseil prend en compte la réforme de 2010, l’accélération introduite par François Fillon de la hausse des âges légaux de la retraite et le décret de juillet 2012 sur le départ à 60 ans sous certaines conditions. Les paramètres de conjoncture économique sont actualisés, de même que les données d’évolution démographique.

Et, cette fois, tous les régimes de retraite (on en compte…  35 en France, qui couvrent les salariés du public et du privé, les fonctionnaires, les non-salariés, sans oublier les régimes spéciaux) sont pris en considération, a précisé Raphaël Habas-Lebel, le président du COR.

Emploi et démographie plus favorables d’ici à 2020

Bien sûr, il ne faut pas s’attendre à un bouleversement dans les projections. Toutefois, celles-ci sont un peu moins dégradées que celles mises en avant par Eric Woerth dans son document d’orientation sur la réforme des retraites transmis aux partenaires sociaux et aux partis politiques en mai 2010.

«Les perspectives financières à long terme du système de retraite apparaissent plus favorables que celles publiées en 2010, sous l’effet en particulier d’une croissance plus forte de l’emploi et d’une moindre baisse du rapport démographique», résume le COR. Par exemple, alors que ce document faisait état pour 2020 de 1,5 actif pour 1 retraité, le COR, dans son dernier rapport, s’en tient à 1,65 cotisant par retraité. Du même coup, le système est un peu moins déséquilibré.

Ainsi, grâce à un taux de fécondité élevé en France (1,95 enfant par femme) comparativement au reste de l’Europe, et même en tenant compte d’un allongement de l’espérance de vie d’un trimestre tous les deux ans, ce ratio se dégrade moins que prévu, note le conseil. De sorte que, pour 2020, le solde financier du système de retraite serait contenu entre 0,9 et 1,1 point de PIB au lieu des 2 points estimés en 2010.

Comment faire avec 1,35 cotisant par retraité en 2060?

Mais sous l’effet du papy-boom, cette proportion baisserait pour passer à moins de 1,4 dans les années 2040 et 1,35 à horizon 2060. Dans ces conditions, le déficit du système se creuserait régulièrement, quelles que soient les hypothèses économiques considérées.

Celles-ci portent sur des taux de croissance à long terme de 1 à 1,8% par an et sur des taux de chômage de 4,5% à 7%. Des hypothèses qui apparaissent bien optimistes si on se réfère au contexte actuel!

Plusieurs scénarios ont été étudiés. Le plus rose, difficilement crédible, fait même ressortir un excédent du système de retraite jusqu’à 0,1% de PIB, alors que le plus pessimiste (pas forcément le plus réaliste) aboutit à un déficit de 2,9%. Entre les deux, toutes les options sont possibles.

Mais bien malin qui pourrait prédire l’avenir de l’économie sur un demi-siècle, alors que de nouvelles crises devront être surmontées sur la période. Et qu’en serait-il si le système de retraite actuel par annuités était modifié pour passer, par exemple, à un système par points?

Le COR se garde bien de s’engager dans cette voie, car la décision d’opter pour un autre régime est essentiellement politique, de même que l’étalement dans le temps de toute évolution et les nouveaux paramètres à prendre en compte.

Mais, dans ses hypothèses, pour assurer l’équilibre du système à long terme en 2060, il faudrait:

  • soit relever le prélèvement global de 6 points,
  • soit réduire de 25% le rapport entre le niveau moyen de pension et le revenu net,
  • soit décaler l’âge moyen de départ à la retraite à 67 ans (5 ans de plus que ne le prévoit la réforme, 7 ans de plus par rapport à 2011)

Ou bien combiner les trois en jouant sur les proportions.

Quid de la répartition?

Montant des prélèvements, montant des pensions, âge de départ en retraite: ces trois leviers sont toujours les mêmes. Et quel que soit le régime, par annuités par points ou autres, on ne sortira pas grosse modo de ces évolutions.

Pour autant, «ces projections ne sont pas pessimistes pour l’avenir du régime par répartition», considère Rapahël Habas-Lebel. Peut-être. En tout cas, si les travaux à venir pouvaient le confirmer et s’ils pouvaient stabiliser le système pour que les jeunes d’aujourd’hui puissent avoir une vision un peu plus claire des conditions dans lesquelles ils pourront prendre leur retraite, de lourdes incertitudes seraient déjà levées.

Gilles Bridier

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L'AUTEUR
Gilles Bridier est journaliste économique à Api.doc. Il est passé par les rédactions des Echos, de Libération, du Monde et de La Tribune. Le suivre sur Google+. Ses articles
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Publié le 26/12/2012
Mis à jour le 26/12/2012 à 14h52
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