Miracle de Noël, Bruxelles prend ses distances avec l’excès d’austérité

Le commissaire européen Olli Rehn lors d'une conférence de presse en février 2012. REUTERS/Francois Lenoir

Le commissaire européen Olli Rehn lors d'une conférence de presse en février 2012. REUTERS/Francois Lenoir

Paris peut donner des prévisions de croissance impossibles, ce n'est pas l'Europe qui les juge crédibles, mais les «marchés».

Jean-Marc Ayrault a déclaré maintenir son objectif de croissance pour la France 0,8% et son objectif de réduction du déficit à 3% du PIB en 2013. En dépits des rapports et prévisions de l’Insee, du FMI et même de la commission européenne qui affirment que la France n’y arrivera pas. Pourquoi cet entêtement?

Les objectifs du gouvernement sont irréalistes. On le savait mais cela se confirme. Un PIB en croissance de 0,8% pour la France en 2013, c’est impossible. Pour l’Insee, dont les prévisions sont les plus solides, la croissance  sera quasi nulle jusqu’à l’été. Il faudrait au second semestre une reprise très forte pour que la moyenne annuelle remonte à 0,8% : c’est inatteignable. Le FMI fait les mêmes calculs. Au mieux ce sera donc 0,4%, voire 0%. En conséquence, les rentrées fiscales seront asséchées et le déficit restera au dessus de l’objectif des 3% du PIB, vers 3,5% dit le FMI. La France va décrocher de la trajectoire promise à Bruxelles.

Catastrophe? Bruxelles va nous rappeler aux règles et enjoindre de couper encore dans les dépenses publiques? Les Allemands nous critiquer encore comme «pas sérieux»? O Miracle de Noël: non. Le commissaire européen Olli Rehn a avancé l’idée que l’important n’est pas «le fait de tenir l’objectif de 3% à tout prix» mais «d’avoir une stratégie budgétaire crédible à moyen terme». C’est un langage nouveau, c’est admettre que trop d’austérité tue l’austérité.

Le quotidien espagnol El Pais dit que Bruxelles accorderait un délai d’un an à plusieurs pays, dont la France et l’Espagne. Ce qui est neuf, c’est que les plus orthodoxes de Bruxelles commencent à changer d’avis. Et que si la France passe d’un déficit de 4,5% du PIB en 2012 à 3,5% au lieu de 3%, il ne faut pas lui imposer d’autres coupes budgétaires supplémentaires pour ne pas achever le malade. Les erreurs grecques sont prises en compte.

Si Jean-Marc Ayrault reste sur le 3%, c’est que ce geste bruxellois, très attendu à Paris, ne résous pas tout. Bruxelles n’est pas le vrai juge. Les vrais juges des politiques européennes, ce sont les marchés financiers. Ce sont eux qui ont la punition en main: une hausse des taux d’intérêt sur la dette française qui augmenterait son coût et qui déstabiliserait tout la politique économique de François Hollande. Or les marchés, on ne sait pas ce qu’ils pensent. Jean-Marc Ayrault a donc raison de rester prudent.

Mais le Premier ministre se prépare. Le gouvernement met en réserve des dépenses, comme chaque début d’année d’ailleurs. Mais surtout il va devoir s’avancer vite sur une nouvelle réforme des retraites, sujet sur lequel les marchés sont très sensibles. Ce sera explosif avec les syndicats. Ce sera un test. Puis ensuite, le gouvernement verra.

Si la France n’est pas attaquée et si Bruxelles confirme son indulgence alors le gouvernement laissera filer le déficit vers les 3,5%. Si au contraire, il y a des tensions sur les marchés, il faudra donner des signaux de rigueur supplémentaire.

Il va falloir du doigté. Beaucoup va se concentrer sur la réforme des retraites. Les socialistes croyaient  pouvoir se dispenser de revenir sur ce lourd sujet social mais la glissade des déficits les contraint d’agir. Si une explosion sociale est évitée, alors le scénario de l’indulgence devrait l’emporter, et sauf accident extérieur (Etats-Unis ou Italie), le gouvernement va échapper à la menace d’une super-austérité. Celle qu’il va mettre en place est déjà, en tout cas à ses yeux,  assez sévère.

Eric Le Boucher

A LIRE AUSSI