Poke: ce message s'auto-détruira dans 3 secondes

Message pour la Saint-Valentin, Cap de Bonne Espérance, en Afrique du Sud, en 2010. REUTERS/Finbarr O'Reilly

Message pour la Saint-Valentin, Cap de Bonne Espérance, en Afrique du Sud, en 2010. REUTERS/Finbarr O'Reilly

Et si un nouveau standard de communication, le message éphémère, s'installait dans nos vies numériques?

On a enfin trouvé une suite à The Social NetworkThe App. La nouvelle application iPhone lancée vendredi 21 décembre par Facebook, Poke, laisse déjà filtrer sa propre légende. L'application aurait été développée en urgence en 12 jours pour échapper à la deadline de l'App store qui ne valide plus d'appli pendant les fêtes. Mark Zuckerberg aurait lui-même mis la main dans le code, allant jusqu'à enregistrer le jingle de notification "Poke". 

Si Zucky s'est réveillé, c'est qu'une petite start-up, Snapchat, lui a résisté. Cette appli, qui rencontre un grand succès chez les ados américains, permet d'envoyer des photos et des vidéos qui s'auto-détruisent au bout de quelques secondes. Facebook a essayé de racheter Snapchat, dont le volume de photos échangées (50 millions par jour) commençait à lui rappeler une autre conquête maison, Instagram. Contrairement à ce dernier, Snapchat a refusé le rachat. Avec autant de sentiment qu'un Ibrahimovic qui rentre dans la surface, Zuckerberg a donc copié l'application.

Oubliez le nom "poke" qui n'est que prétexte. Facebook fait bien plus qu'adapter son célèbre poke sur smartphone, l'appli est un snapchat-like. Techcrunch a résumé les (minces) différences entre les deux applis.

Le succès de Snapchat et le lancement réussi de Poke, en tête des ventes de l'App Store aux Etats-Unis et en France, nous laisse imaginer un nouveau standard de communication qui pourrait s'installer dans nos vies numériques: le message éphémère. 

Il se dit que les ados américains se servent de Snapchat pour s'envoyer des photos ou des vidéos nues. L'appli sert aussi plus simplement à s'envoyer des petites grimaces, et autres faits minuscules qui ne méritent pas de passer à la postérité. L'ajout de la fonction messages texte sur la version Facebook pourrait également faire rentrer l'appli dans le champ de l'adultère. 

Ce qui se passe sur Poke reste sur Poke

Poke et Snapchat rompent avec une caractéristique majeure d'Internet, et plus largement du numérique, son archivage. Internet est une grande conversation, qui se distingue par sa persistance, qu'elle soit publique (Twitter, blogs...) ou privée (dans les boîtes mails, dans les archives de chat, sur les murs Facebook…). 

Tapez le nom d'un(e) ex d'il y a 5 ans dans votre boîte mail, les messages, les photos et les vieux fantômes ressurgissent immédiatement. La traditionnelle boîte en carton où l'on stocke ses messages secrets pèse maintenant plusieurs Go et il y a sans doute quelques casseroles bien gênantes. 

Poke crée une zone d'autonomie temporaire au sein d'Internet, une porte de confessionnal qui s'ouvre pour immédiatement se refermer. Ce qui se passe sur Poke reste sur Poke (et pendant quelques jours sur les serveurs de Facebook). L'Internet abandonne sa fonction de mémoire et redevient comme la vraie vie, en sous-traitant la mémoire de la discussion aux participants de celle-ci. Les ados de Snapchat peuvent ainsi se permettre d'envoyer une photo où ils apparaissent moches. Elle tombera immédiatement dans l'oubli. Avec l'archivage disparaît une partie de la mise en scène de soi.

Captures d'écran proscrites

Il est très intéressant de voir que dans ce contexte, la capture d'écran est proscrite. Snapchat et Poke informent l'expéditeur de la photo quand celle-ci a été capturée sur le smartphone du destinataire. L'accusé de réception du malaise. Certes, c'est trop tard, la capture est faite. Mais l'avertissement est censé être dissuasif. Reste une astuce quand vous recevez des photos qu'il serait dommage de voir disparaître: avoir dans la main un appareil photo pour immortaliser l'iPhone.

Le besoin de discrétion ressenti par les utilisateurs de Snapchat et Poke nous rappelle que les enveloppes du web sont sans cesse décachetées. Il suffit de songer au nombre de forwards que l'on peut faire sur sa boîte mail, un geste de rien du tout mais qui brise le contrat de confiance d'origine entre l'expéditeur et le destinataire. Les captures d'écran de messages ou de groupes privés circulent sous le manteau sur Internet. Les mots de passe de boîte mail ne résistent jamais bien longtemps à l'épreuve d'un couple en crise. Notre vie privée numérique est un panier percé par les menues trahisons de notre entourage. 

Vincent Glad