Economie

L’économie pleure, la bourse rit, où est l’erreur?

Gérard Horny, mis à jour le 28.12.2012 à 7 h 48

L’actualité économique française est sombre: chômage toujours en hausse, prévisions de croissance faibles. Et, dans le même temps, la Bourse n’arrête plus de monter. Est-ce bien normal?

Chez un courtier chinois, à Hefei, province de l'Anhui, en octobre 2012. REUTERS

Chez un courtier chinois, à Hefei, province de l'Anhui, en octobre 2012. REUTERS

Reprenons les chiffres: depuis le début de l’année, à Paris, l’indice CAC 40 a monté de plus de 16% (au 27 décembre). Et il est loin d’avoir fait le meilleur score en Europe: en Allemagne, le Dax a grimpé de près de 30%. Partout dans le monde, où que l’on regarde, quand il s’agit des indices boursiers, on ne voit que des évolutions positives (la palme revient à la Bourse de Caracas, avec une hausse de près de 300%; au pays d’Hugo Chavez, tout est possible!). En cherchant bien, on voit encore quelques marchés en baisse, mais au cours des dernières semaines, à Madrid, la remontée a été forte et Shanghai, après avoir plongé, revient dans le vert.

A première vue, cela paraît incompréhensible. Cela l’est déjà un peu moins si l’on regarde un peu en arrière. En 2011, à quelques rares exceptions près, dont les Etats-Unis, tous les marchés boursiers avaient lourdement chuté. Au premier semestre, les incertitudes politiques nées des révoltes du printemps arabe et le tremblement de terre au Japon avaient provoqué quelques accidents boursiers localisés; au second semestre, la crise européenne avait provoqué un repli généralisé.

En 2012, les craintes de nouveaux craquements dans la zone euro ont encore pesé sur les marchés. Mais les résultats du sommet européen de juin et les décisions de Mario Draghi, nouveau président de la Banque centrale européenne, ont considérablement changé la donne. Et, dans les dernières semaines de l’année, la perspective d’un accord aux Etats-Unis sur la politique budgétaire ainsi que de nouvelles statistiques économiques plus favorables en Chine ont permis un ultime redressement.

Ce n’est pas l’euphorie

Cela dit, en dehors de la Bourse américaine, proche de ses plus hauts niveaux historiques, il serait excessif de parler d’euphorie boursière. A plus de 3.600 points, l’indice CAC 40 est encore très loin de son record de 6.800 points de septembre 2000: un investisseur qui aurait acheté à cette date un produit financier reproduisant les performances du CAC 40 serait encore, douze après, perdant de plus de 46%!

Il paraît difficile dans ces conditions de dénoncer ces actionnaires qui s’en mettent plein les poches pendant que les pauvres s’appauvrissent encore. Ce n’est pas un hasard si on estime que la France compte aujourd’hui environ 4,1 millions d’actionnaires alors qu’elle en comptait plus de 7 millions en 2003. Et, comme le rappelle Bernard Aybran, directeur de la multigestion chez Invesco AM, «en septembre 2012, pour la première fois depuis les années 1950, les fonds de pension britanniques détiennent plus d’obligations que d’actions».

Un peu plus de confiance dans l’avenir

Ce qui se passe aujourd’hui est simplement le retour à un peu plus de confiance dans l’avenir. Il est clair que les prochains mois vont encore être difficiles, surtout en Europe et surtout en ce qui concerne l’emploi. Selon la formule employée par les économistes, l’emploi est un «indicateur retardé» de la conjoncture. Quand l’activité redémarre, les employeurs attendent d’être sûrs qu’il ne s’agit pas simplement d’un feu de paille avant de recommencer à embaucher.

La remontée de la Bourse ne signifie donc pas que le changement d’orientation de l’économie va se traduire rapidement dans la vie quotidienne de la majorité des Français. Mais, ainsi que le souligne l’Insee dans sa dernière note de conjoncture pourtant d’une tonalité assez sombre, quelques points positifs sont à relever. D’abord, en faisant l’hypothèse d’un accord budgétaire aux Etats-Unis, «les économies avancées redémarreraient progressivement début 2013».

Ensuite, dans les pays émergents et notamment en Chine, on noterait une accélération progressive. Enfin, même en Europe, on peut espérer un progrès: «la demande intérieure dans la zone euro cesserait de baisser grâce à l’apaisement des tensions financières et à l’orientation un peu moins restrictive des politiques budgétaires».

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Des signaux positifs à confirmer

En résumé, le message que les marchés boursiers nous délivrent est plutôt optimiste: on devrait aller dans la bonne direction en 2013. Mais les gestionnaires les plus prudents comme ceux de la banque suisse Pictet le disent: ils attendront d’avoir confirmation que les problèmes budgétaires américains sont bien réglés et que la gestion de la crise de l’euro est efficace avant de s’engager plus avant sur les marchés d’actions. La confiance est de retour, mais elle n’est pas aveugle!

De surcroît, il faut se rappeler que les investisseurs ne sont pas des devins: le comportement des marchés n’a aucune valeur prédictive. Ce n’est pas parce que la Bourse va mieux que l’économie va effectivement aller mieux aussi. Les derniers indicateurs le laissent penser, mais on n’est pas encore sûr que cela se produira: des événements imprévus peuvent toujours se produire et venir chambouler les scénarios élaborés actuellement. Bref, il faut se réjouir de ce que les marchés financiers aillent mieux: c’est un bon signe. Mais il ne faut pas se réjouir trop vite.

Et si la finance jouait son rôle ?

En attendant de voir si la hausse des indices est effectivement une bonne nouvelle, un constat s’impose: les troubles financiers enregistrés depuis le début des années 2000 nous ont coûté cher. La partie qui continue de se jouer de part et d’autre de l’Atlantique pour une meilleure régulation de cette activité est importante. Il est à craindre que, avec le temps, les volontés réformatrices manifestées au sein du G20 ne finissent par s’émousser.

On voit bien les lobbies s’agiter aux Etats-Unis, en Angleterre et sur le continent européen pour limiter l’ampleur des mesures adoptées à la suite de la crise de 2007-2008. Or, on a besoin d’une finance qui joue son rôle dans le développement économique.

A l’inverse, il serait dangereux de «punir» la finance et de prendre des mesures qui pourraient finir par freiner le développement de l’économie. En France, par exemple, la fiscalité commence à poser un réel problème. Au nom d’une prétendue égalité de traitement entre les revenus du capital et ceux du travail, on a fortement relevé les impôts sur les premiers. Cela pourrait se concevoir à titre provisoire, pour redresser les comptes publics, mais cela risque d’être dangereux dans la durée.

L’investissement boursier est risqué: seule la perspective d’un gain supérieur à celui d’un placement sans risque le justifie. Et si les gains éventuels sont trop taxés, rien ne le justifie plus. Or il est important que l’épargne aille vers les entreprises.

Mieux vaut la Bourse que la spéculation sur le logement

De surcroît, si la Bourse n’attire plus, où va l’argent? Il va, comme on l’a vu au cours des dernières années, vers l’immobilier. Accessoirement pour construire des logements neufs quand la fiscalité est incitative, mais surtout vers les logements anciens. Le prix de ces derniers continuerait-il à monter en région parisienne si les capitaux avaient d’autres débouchés rentables? Ce n’est pas certain; en tout cas la hausse  serait certainement ralentie.

Enfin, il ne faut oublier le problème des retraites. Notre système, le Conseil d’Orientation des Retraites vient de le rappeler, est à bout souffle, en dépit des réformes successives. Il serait sans doute judicieux d’encourager les hauts revenus à se constituer en parallèle des retraites individuelles, de façon à pouvoir assurer le bon fonctionnement des systèmes par répartition pour les revenus modestes et moyens. Or la Bourse est un investissement de long terme propice à la préparation de la retraite.

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Alors, même si la hausse actuelle de la Bourse nous paraît un peu déconnectée de la réalité économique du jour, accueillons-la comme une bonne nouvelle. En espérant qu’elle durera plus que quelques semaines.

Gérard Horny

Gérard Horny
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Journaliste
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