L'Odyssée de Pi, un petit pas pour la 3D, malgré tout
Oubliez l'histoire, sans intérêt; oubliez les jolies images, bien kitsch. Le film de Ang Lee réussit à impressionner en troublant les perceptions du spectateur.
- L'Odysée de Pi. © 20th Century Fox -
Le nouveau film d’Ang Lee peut être décrit de trois manières. C’est un conte bien pensant un peu nunuche et un peu rusé, doté d’un twist bref mais intéressant dans les toutes dernières minutes –on suppose que tout cela vient du best seller de Yann Martel dont il est adapté (pas lu, pas plus envie de le lire après). C’est une déferlante de jolies images d’un kitsch particulièrement spectaculaire, une version du calendrier des postes, ou des tableaux lumineux qui ornent les murs de certains restaurants orientaux, démultipliée presque à l’infini par les ressources du numérique et d’imposants moyens de tournage. Et c’est une étape dans la construction, lente mais toujours en mouvement, des possibilités de la 3D.
Pour n’avoir éprouvé à peu près aucun intérêt aux tribulations de l’adolescent indien adorateur des dieux hindous, du Christ et d’Allah, perdu sur l’océan en compagnie d’un tigre, et pour avoir été vite rebuté par le trafic d’imagerie effréné auquel se livre L’Odyssée de Pi, on ne prêtera ici attention qu’au troisième point.
Le film d’Ang Lee ne tire aucun usage intéressant de la 3D pour la plupart des scènes les plus spectaculaires: les deux grandes tempêtes qui scandent le film, l’essaim de poissons volants, le surgissement de la baleine, la mer phosphorescente, l’île carnivore, et bien sûr les diverses variations dans l’affrontement-connivence entre le garçon et le fauve.
Toutes ces séquences auraient exactement le même impact en 2D qu’en 3D —le film est d’ailleurs également distribué en version 2D. Le seul apport réel de la technologie et de l’esthétique 3D, la seule vision forte dont seront privés les spectateurs qui ne verront pas le film dans ce format, concerne un motif récurrent, et impressionnant: la fusion entre ciel et mer, la translation selon des modalités imprévues, qui troublent les perceptions et suggèrent, même sur l’horrible mode sulpicien du film, ce rapport au cosmos qu’il veut convoquer à grand renfort de références religieuses.
De diverses manières au cours de la projection, un personnage passe d’un élément à l’autre, ou flotte/vole dans un environnement hybride, qui peut être le bassin d’une piscine comme l’océan sans limite, une coursive envahie d’eau et les nuages sur Paris, le ciel nocturne ou carrément une vision de l’univers. Tour de prestidigitation visuelle? Sans doute.
Mais ces usages-là de la 3D sont, sauf erreur, inédits. Et on sait depuis Méliès qu’avec la mise au point de tels tours, c’est le vocabulaire du cinéma qui s’enrichit, et peut demain exprimer davantage et plus «profondément» (c’est le cas de le dire) une infinité de rapports au réel et à l’imaginaire autrement plus riches et complexes que ce que fabrique ce pauvre Pi.
Jean-Michel Frodon
Mis à jour le 23/12/2012 à 16h00














































qui oublie vraiment de parler du film pour seulement aprler de lapsect plastique... il n'y a vraiment que ça qui est intéressant? le conte ne vous attire pas? Critique très prout prout
A lire vos précédentes critiques, on a l'impression que ce qui compte dans les films c'est la relation du produit fini avec son support. Les films peuvent aussi raconter des histoires, simples, attachantes.
Il y a une chose pour laquelle je m'accorde avec vous: c'est le sens donnée pour la première fois à la 3D dans un film. Il n'y a pas besoin d'avoir lu de critique ou d'avoir entendu les interviews de Ang Lee pour rester scotché dans les plans où l'océan et le ciel semblent fusionner. Comme il le dit lui-même, c'est parce que la 3D permet de dessiner la profondeur qu'elle prend tout son sens dans ce film. Peu de réalisateurs peuvent se vanter d'avoir donné une telle définition de l'océan à travers un film.
Mais est-ce vraiment tout ce qu'il y a à tirer de ce film? Les images de cartes postales photoshopées n'ont-elle pas un sens dans la solitude et le désespoir de notre jeune héros ?(Pour rappel, le titre du film c'est quand même "L'odyssée de Pi" - titre pour une fois bien choisi en français).
La différence entre ce film et un film comme "Seul au monde" qui vous propose de vivre un naufrage solitaire de manière plus "réaliste", c'est que celui-là est un conte. Et écouter un conte c'est souvent accepter quelques libertés prises avec notre réalité.
Ce qui est incroyable dans ce film, c'est que sous ses allures de nanar du dimanche aprem sur M6, nous suivons un naufragé malheureux sans jamais nous prendre de pitié pour lui. Les émotions que le réalisateur soulève pendant la seconde partie du film sont plus l'émerveillement, l'étonnement, et la paix que la peur, la tristesse et le désespoir. Comment qualifier ce film de nunuche si a aucun moment il ne cherche à réveiller en vous les émotions bas de gamme si allègrement exploitées par les téléfilms de grand-mère?
Lorsqu'on lit votre critique on a l'impression que Ang Lee c'est laissé aller à quelques facilités alors qu'en réalité ce film (et surement le roman) nous touche là où on l'attend le moins.
Très prout prout ce film. Pi ne fait que répéter que c'est la peur face au tigre qui lui donne la force de tenir mais aucune mise en abime de ses difficultés. Aucune profondeur, rien sur la solitude, la souffrance ni même la peur. La peur fait disparaitre la peur? Rien compris. Tout est trop tourné sur le bla bla mystique et la recherche de la preuve de l'existence de Dieu. Mais on ne peut prouver l’existence de Dieu que si l'on s'en persuade... Y'a bien cette petite allégorie à la fin où Pi se retrouve être représenté par le tigre avec ses bons et ses mauvais coté, la bataille interne entre le bien et le mal, l'amour et la haine, la vengeance et le pardon, la fatalité face à l'adversité, la justesse du jugement mais c'est vite fait. La fusion en 3D des éléments est cependant splendide, on se retrouve à la fois partout et nulle part, face à soi, en apesanteur baigné dans une sérénité indicible.
On craignait de subir des torrents de bons sentiments, des tornades d’énervante naïveté, des ouragans de bouillie mystico-religieuse. Force est de constater qu’en dépit d’un propos parfois agaçant, le film est emporté par un souffle épique hors norme. Le discours, d’abord simpliste, est intelligemment mis en relief pour donner une profondeur inattendue à l’aventure. Ma critique : http://tedsifflera3fois.com/2012/12/31/lodyssee-de-pi-critique/
Attention SPOILER
La 3D : j'avais l'impression d'être au futuroscope au début (les petits colibris qui sortaient littéralement de l'écran). Bon, encore à améliorer car ils sont un peu plats, mais l'image est magnifique dans ce film.
Mais moi aussi, je trouve que cette critique omet de parler de l'interprétation comme conte initiatique, la fin du film remet tout en perspective, et nous fait sortir du conte kitch pour enfants. Pour qui aime le symbolisme, on se retrouve au générique de fin avec un beau sourire sur les lèvres, et tout le film à revoir!
Un passage un peu longuet par contre avant qu'il trouve l'île, mais je pense que c'est nécessaire pour qu'on se rende compte de l'isolement.
J'aime cette approche philosophique du sacré. D'abord parce que c'est indien, et que l'inde a plus de trois mille divinités diverses et que son rapport au sacré y est très iconoclaste. Chacun pouvant investir plusieurs divinités particulières n'ayant même pas de mythologie commune (Le héros de l'histoire se veut ainsi Hindou, chrétien et musulman à la fois (la métaphore étant que toutes les religions se valent in fine).
Le film renvoie aussi à l'interrogation du bimestriel "Philosophie" : Que Dieu existe ou pas cela fait-il du bien de croire ?
Le Pitch : une espèce d'histoire tenant plus du conte mythologique que de la réalité, ou un déluge s'abat sur une espèce d'arche de Noé, aboutissant à un face à face entre notre héros et un tigre, style Robinson Crusoé se débattant avec la part primitive (bestiale) de lui même dans une espèce de "traversée du désert" (ici océanique).
En fait l'auteur nous propose deux histoires, et une interrogation tirée de ces dernières.
La première histoire fait l'essentiel du film : l'histoire d'un naufrage et de la cohabitation du héros et son tigre dans un canot de sauvetage. Mais cette histoire est d'une beauté (et sauvagerie) quasi mystique, et le traitement de l'histoire ainsi que des images vont de pair, un conte mythologique mais qui aurait presque des airs de vraissemblance.
Ensuite, il y a le retour à la réalité symbolisé par des agents d'assurance qui veulent une histoire crédible à mettre dans leur rapport, et notre héros de leur raconter une réalité plus prosaïque (et terrible). Aucune image, mais juste un récit fait aux assureurs : Dans le canot il y avait 4 rescapés : Un matelot chinois (zèbre de la 1ère histoire), la mère du héros (une orang outan initialement), un cuisinier répugnant(une hyène) et le héros (le tigre). Le chinois décède de ses blessures, le cuisinier le transforme en repas : La mère ne veut pas en manger (hindou végétarienne) en le traitant de monstre, le cuisinier se fâche et la mère met à l'abri son enfant pendant que le cuisinier la tue. Et finalement le héros tue le cuisinier.
Il apparaît ainsi que le joli conte du tigre n'est qu'une façon pour le jeune homme d'arranger le souvenir d'une réalité insupportable qui aurait fait de lui un anthropophage, et un meurtrier (on pourrait aller plus loin au niveau freudien - Cuisiner-père-athée, chinois-frère... mais restons en à l'histoire).
Et l'auteur de demander à l'écrivain, venu s'inspirer de son histoire, quelle histoire il préfère des deux : le journaliste répond la première, et notre héros de dire que le sacré c'est pareil.
La métaphore serait donc que l'humain serait une bête sauvage capable des pires atrocités, mais que pour pouvoir se regarder en face, il masquerait cette triste et atroce réalité derrière une mythologie qui la rendrait plus aimable en se défaussant sur des dieux extérieurs à lui. C'est du rapport de l'humain avec le sacré dont il est question ici.
Comme dit l'auteur au journaliste : c'est à vous de choisir dans quelle version vous préférez abonder.
Pour la petite histoire les assureurs ont finalement donné la version tigre pour éviter d'avoir à répondre de l'atrocité dans laquelle avait été placé la victime du naufrage, et la mauvaise presse qui pourrait en sortir.
Pour la symbolique le père du jeune homme est athée (sur le bateau, avant naufrage, la mère ne veut pas manger de viande par religion alors que le cuisinier la rabroue en l'humiliant de ces pratiques stupides, dans le second récit le héros dit que c'est le cuisiner qui lui a appris à survivre des dures réalités de la vie sur le canot, alors que son père lui apprenait dans la vie les dures réalités de la vie... le chinois s'arrange avec la religion en disant que le jus de viande donne un goût de viande mais n'est pas de la viande... etc.).
C'est bourré de symboles très subtils, et on aurait tord de la prendre pour une simple fabulette esthétique.
Comme l'auteur laisse le choix de zapper la réflection pourquoi pas ?
Pourriez-vous ("vous" critiques, journalistes, médias et autres néophytes légitimes en effets spéciaux) s'il vous plait vous renseigner sur la différence entre l'utilisation de la 3D "relief" et la 3D relevant des effets spéciaux avant de poster ce genres d'articles?? D'avance Merci...