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L'alternance, version Elysée.fr

Plus de deux ans après la mise en ligne du site de la présidence version Nicolas Sarkozy, Elysee.fr change de locataires. Ça change quoi?

En mars 2010, Alice Antheaume racontait sur Slate à quoi ressemblait le nouveau site Internet de l’Elysée, piloté par le conseiller web de Nicolas Sarkozy de l’époque, Nicolas Princen.

Elle avait alors choisi de comparer la façon de fonctionner de cette nouvelle version d’elysee.fr avec celle d’un site d’information, notant leurs points communs (même si leur but diffère –l’information pour les médias en ligne, la communication pour le site institutionnel de la présidence– les deux utilisent les formats et les outils du web, «numérisent des contenus, organisent leur diffusion et créent le débat, en ligne, dans une sphère publique»).

Deux ans plus tard, on a changé de Président, on a changé d’équipe web de la présidence, et on a changé de site web, mais la référence aux sites d’information en ligne est toujours autant d’actualité.

D’ailleurs, Romain Pigenel, co-responsable avec Frédéric Giudicelli de la cellule Internet de l’Elysée, et Claudine Ripert-Landler, qui chapeaute la communication du Château, web compris, parlent «hiérarchie de l’information», «ligne éditoriale», «site d’information» et «journaliste» pour évoquer la nouvelle version du site.

Alors qu’est-ce qui a changé entre la version Sarkozy 2010 et la version Hollande 2012?

1. La ligne éditoriale mise toujours sur l'agenda du Président

Ce qu’Alice Antheaume écrivait en 2010:

Quand nombre de sites d’infos dégainent des articles au rythme de l’agenda de l’AFP, sur Elysee.fr, c’est l’agenda du «PR» (président de la République) qui détermine le menu du jour […] La ligne éditoriale, c’est donc de coller à l’action du président.

Ce que ça donne en 2012:

Là aussi, la ligne éditoriale, c’est l’agenda du Président. Poussé encore plus loin dans le design du site, puisque son fil rouge –métaphoriquement et littéralement– est une vision chronologique de la présidence Hollande. Où que l’on soit sur le site, la date du jour nous suit, et on peut passer d’un jour à l’autre (depuis mai dernier) pour voir où était et que faisait François Hollande à chaque moment de la journée. L’objectif, explique Romain Pigenel, était de créer le média présidentiel, en ligne, et en temps réel, qui permettrait de suivre «heure par heure l’action du Président».

2. L’iconographie toujours pas en Creative Commons

Ce qu’Alice Antheaume écrivait en 2010:

[…]

La grande majorité des photos proviennent des photographes de l’Elysée qui, depuis 1958, mitraillent les scènes diplomatiques pour la postérité, à des fins d’archives. Cette fois, leurs clichés sont mis en ligne, façon de valoriser des contenus qui existaient déjà mais n’étaient jusqu’alors pas montrés si vite. La difficulté du service photo? Saisir le Président quand il n’est pas caché par la dizaine de personnes qui assure sa sécurité et l’entoure en permanence. Ce qui rend rares les photos où Nicolas Sarkozy est seul, comme ce cliché où on le voit visiter le carré musulman du cimetière militaire de Notre-Dame de Lorette, le 26 janvier 2010, à Ablain-Saint-Nazaire.

Ce que ça donne en 2012:

Les photos –et les vidéos– comptent tout autant pour l’équipe de François Hollande, qui a en revanche voulu dans sa nouvelle maquette s’éloigner du diapo de une habituel. On retrouvera donc les photos parsemées sur le site et rassemblées dans l’espace «médiathèque» du site. Les images viennent pour la plupart des photographes officiels de l’Elysée.

Là où on est loin d'innover, c'est dans l'utilisation de ces images: elles ne seront pas en licence libre ou largement réutilisable, comme c’est le cas par exemple des photos de Barack Obama prises par Pete Souza. Elles peuvent être publiées seulement par l'Elysée, sur son site ou les réseaux sociaux.

Claudine Ripert-Landler donne deux raisons: d'une part, les photos ne sont pas en creative commons à la demande des agences de presse, qui y voient une concurrence. L’Elysée est d’accord, et estime qu’étant donné qu’il y a des photographes de presse autorisés sur presque tous les évènements de la Présidence, il n’y a pas de manque, ajoutant que les photographies officielles n’ont pas vocation à être utilisées par les médias ou le grand public.

D'autre part, pour certains évènements non ouverts à la presse comme le récent Noël de l'Elysée, le personnel de la présidence pouvait accepter des photos de leurs enfants prises par les photographes présidentiels officiels, «mais pas forcément dans un contexte plus large».

En même temps, ces photos que les médias n'ont donc pas le droit de reproduire (Le Lab doit frissonner de peur) sont publiées sur la page Facebook de l'Elysée. Clairement, on n'a pas la même définition de «contexte plus large» que la chef de la com' web présidentielle, puisqu'on ne voit pas bien ce qu'il y a de plus large comme contexte que la page publique de l'Elysée sur le premier réseau social utilisé en France.

3. Toujours le temps réel, Twitter en plus

Ce qu’Alice Antheaume écrivait en 2010:

Le rush des lefigaro.fr20minutes.fr, lemonde.fr, qui publient des «urgents» et des «dernières minutes» en espérant être les premiers à sortir l’info, Elysee.fr ne connaîtra pas. La Présidence ne court pas après l’actu car c’est elle qui la crée […]

Reste que pour mettre en ligne les vidéos des discours de Nicolas Sarkozy, cela va être la course. La séquence sera récupérée au pool TV, qui filme les interventions du président, sitôt l’allocution terminée pour que celle-ci soit disponible en ligne entre 15 et 30 minutes «après le prononcé». Bref, des quasi «directs». Et de la diffusion sans coupure ni montage, a contrario des sujets des télévisions –qui puisent aussi dans les images du pool TV.

Ce qu’il en est en 2012:

Le temps réel est toujours un objectif de la présidence. Romain Pigenel et Frédéric Giudicelli veulent systématiser le streaming en direct des annonces ou participations de François Hollande autant que possible, et les live-tweeter (le site est d’ailleurs modulable pour permettre au fil Twitter de l’Elysée de remonter en une). Le but est également de pouvoir poster l’ensemble des photos et/ou du texte d’un événement en ligne au plus vite.

4. La technologie, toujours made in France, le «responsive design» en plus

Ce qu’Alice Antheaume en disait en 2010:

C’est l’un des points de convergence le plus fort entre Elysee.fr et un site d’info: la nécessaire agrégation de nouvelles technologies. Mais sur Elysee.fr, il s’agit de mettre en valeur l’innovation technologique... française. Plutôt qu’une Google Maps sur les allers et retours de Nicolas Sarkozy, la carte des voyages présidentiels est donc signée IGN (Institut géographique national). De même, point de YouTube (américain), place à l’INA (Institut National de l’Audiovisuel) et à Dailymotion, les plates-formes frenchy de vidéos.

Ce qu’il en est en 2012:

C’est l’un des aspects les plus nouveaux d’elysee.fr: le site est lisible sur tous les supports –c’est ce qu’on appelle le «responsive design»–, ordinateurs, tablettes ou smartphones (on n’a testé que sur des produits Apple, mais la cellule Internet nous a promis que ça fonctionnait évidemment aussi sous Androïd). Du coup, l’appli Elysée va disparaître, puisqu’elle avait comme but premier de permettre aux contenus d’être lus depuis des téléphones.

Elysee.fr reste made in France, avec des technologies de Dailymotion pour les vidéos, l’agence Temesis pour l’accessibilité aux personnes handicapées, les agences Textuel La mine pour le design et Spintank pour de l’accompagnement de projet; jusqu’à la police utilisée sur le site est française.

Le site a été développé sur un logiciel open source, et la technologie est rentrée dans le giron de la Présidence: deux ingénieurs font partie de l’équipe web, ce qui permet de réduire les coûts techniques en externalisant moins la maintenance du site, par exemple. Au total, la cellule web avance un budget extérieur de seulement 50.000 euros pour cette nouvelle version (20.000 euros pour le design, 12.000 pour l’accessibilité, 17.000 pour l’intégration HTML), et le reste fait en interne.

Pigenel et Giudicelli insistent sur l’interne, précisant que l’équipe de 6 personnes (deux de moins que sous Nicolas Sarkozy) avait déjà une idée très précise du design et du fonctionnement du site avant d’en passer la commande. Ils ont aussi fait une comparaison avec les autres sites présidentiels du monde, et affirment que le nouveau elysee.fr ne ressemble à aucun de ceux-là (espérons-le pour eux s’ils ne veulent pas un épisode comme celui du site de l’Elysée en 2010, accusé de ressembler un peu trop à celui de la Maison Blanche).

Bonus Première dame

Valérie Trierweiler, qui avait disparu du site de la Présidence après un passage éclair sous la rubrique «La Première dame», fait son grand retour sur Elysee.fr. Il faut aller tout en bas de la page pour pouvoir cliquer sur sa section, où il n’y a pas trace de l’expression «Première dame», ni dans le titre et le sous-titre de sa rubrique, ni dans le texte qui lui est consacré. Quand on vous disait que la Première dame n’existe pas...

Cécile Dehesdin

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