Monde

Tuerie du Connecticut: quand Obama voulait rouvrir le débat sur les armes de guerre

David Weigel, mis à jour le 16.12.2012 à 10 h 20

C'était pendant la campagne électorale. Mais le Congrès, républicain, n’en a pas la moindre intention.

Parents de victimes de l'école de Sandy Hook, le 14 décembre 2012. REUTERS/Adrees Latif

Parents de victimes de l'école de Sandy Hook, le 14 décembre 2012. REUTERS/Adrees Latif

Il a fallu attendre le second débat de la campagne présidentielle, celui où Obama a repris du poil de la bête, pour que les lois sur les armes soient abordées. Et cela n’a pas duré longtemps. Nina Gonzalez, l’une des électrices qui assistait au débat, a demandé au président ce que «votre administration a fait ou envisage de faire pour limiter l’accès aux armes de guerre.» Le Président a répondu prudemment et de façon détournée, et dit quelque chose de nouveau.

«Nous sommes un pays qui croit au deuxième amendement, et je crois au deuxième amendement. Nous avons une longue tradition de chasse et de pratique sportive et de gens qui veulent s’assurer qu’ils sont à même de se protéger. Mais j’ai eu trop souvent au cours de ma présidence l’occasion de consoler des familles qui avaient perdu quelqu’un. Le plus récemment, à Aurora. Vous savez, il y a juste deux semaines, en fait sans doute un mois, j’ai rencontré une mère, dont j’avais fait la connaissance au chevet de son fils, victime de la fusillade dans ce cinéma.

Son fils avait reçu une balle dans la tête. Et nous avons passé du temps ensemble, nous avons dit une prière et, par miracle, environ deux mois plus tard, ce jeune homme et sa mère sont venus me voir, et il allait incroyablement bien, comme si rien ne s’était passé.

Mais il y a eu un grand nombre de familles qui n’ont pas eu cette chance et dont les fils, les filles ou les maris n’ont pas survécu.

Ma conviction est donc que nous devons faire respecter les lois dont nous disposons déjà, nous assurer que les criminels et les malades mentaux n’ont pas accès aux armes. Nous avons fait de gros progrès en termes de vérification du passif [des acheteurs d’armes], mais nous avons encore du travail en termes de mise en application des lois.

Mais je partage aussi votre opinion que les armes conçues pour les soldats dans des situations de guerre n’ont rien à faire dans nos rues. Par conséquent ce que j’essaie de faire est d’élargir le débat sur la manière de réduire la violence d’une façon générale. Ce qui comprend notamment de voir si nous pouvons réintroduire l’interdiction des armes de guerre. Mais cela implique aussi de regarder les autres sources de violence. Parce que franchement, dans ma ville natale de Chicago, il y a énormément de violence et ils n’utilisent pas d’AK-47. Ils utilisent des pistolets bon marché.

Alors comment pouvons-nous intervenir, pour nous assurer que les jeunes ont des opportunités; que nos écoles fonctionnent; que s’il y a de la violence dans la rue, qu’en travaillant avec des groupes religieux et les agents chargés de faire respecter la loi, nous pouvons la canaliser avant qu’elle ne devienne incontrôlable.

Par conséquent ce que je veux c’est une—c’est une stratégie globale. Dont un des éléments serait de voir s’il est possible d’éviter que les armes automatiques qui tuent un nombre incroyable de gens en même temps tombent entre les mains de criminels et de malades mentaux. Mais il s’agit aussi d’aller plus loin, et de voir si nous pouvons nous introduire dans ces communautés et nous assurer que nous repérons les impulsions violentes avant qu’elles ne se concrétisent.»

Le gras est de moi. Le Président avait évité le sujet des armes jusque-là. Ce qui semblait cohérent. Les démocrates n’ont pas réintroduit l’interdiction des armes de guerre lorsqu’ils contrôlaient le Congrès. À partir de 2011, une nouvelle majorité républicaine à la Chambre des représentants a clairement transmis le message qu’une telle interdiction ne serait pas à l’ordre du jour.

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Et cela a commencé dès le début de leur mandat, quand la députée Gabrielle Giffords a reçu une balle dans la tête tirée par un homme dont l’arme avait un chargeur étendu. La députée Carolyn McCarthy, l’une des rares politiques à défendre sans faillir le contrôle des armes, a proposé un projet de loi pour interdire la vente de ce genre de chargeurs. Il est passé à la trappe.

Selon l’AP, l’auteur présumé de la fusillade de Newton, dans le Connecticut, a utilisé un fusil de calibre .223 pour tuer une trentaine de personne, principalement des enfants. Nous ne savons pas exactement de quel fusil il s’agit, mais le magasine Guns and Ammo a récemment publié un article sur ce calibre qui se demandait s’il était le meilleur pour se protéger chez soi.

«Lorsqu’on utilise des munitions de fusil dont les projectiles sont spécifiquement conçus pour la défense personnelle, comme les nouvelles munitions de calibre .223 PDX1 de Winchester, la fragmentation est assurée. Les balles qui frappent l’intrus se divisent en plus petits éclats plus légers et—le plus souvent—ne vont pas surpénétrer et sortir du corps comme des éclats d’obus. Toute l’énergie générée sera donc transférée dans la cible. Si le tireur rate sa cible et ne touche que du bois ou un mur, le projectile explosera en petits éclats—s’ils restent dangereux, leur potentiel de blessure ou de pénétration d’autres parois est bien inférieur à celui d’une balle de pistolet ou de chevrotine. Beaucoup d’équipes du SWAT [groupes d’intervention armée] utilisent des fusils de type M4, et la surpénétration, quand votre coéquipier est susceptible d’être de l’autre côté d’un mur, est une vraie préoccupation.»

Donc: nous avons un Président qui n’a pas besoin de se soucier d’une potentielle réélection et qui veut restreindre la vente d’armes «conçues pour les soldats dans des situations de guerre.» Nous finirons par avoir une idée précise des armes utilisées à Newton et de la manière dont elles ont été achetées. Et nous avons un Congrès qui, ces derniers temps, n’a eu aucune intention de tenter quoi que ce soit dans ce domaine.

David Weigel

Traduit par Bérengère Viennot

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