Tuerie du Connecticut: cher Barack Obama, il est temps de politiser la tragédie

Nous n'avons pas besoin de vous voir pleurer. Nous avons besoin que vous fassiez quelque chose.

Barack Obama, à la Maison Blanche, adresse ses condoléances après la tuerie du Connecticut, le 14 décembre 2012.  REUTERS/Yuri Gripas

- Barack Obama, à la Maison Blanche, adresse ses condoléances après la tuerie du Connecticut, le 14 décembre 2012. REUTERS/Yuri Gripas -

Président Obama,

27 personnes sont mortes, parmi lesquelles vingt étaient des enfants, et vous venez de vous adresser à la nation pour lui dire que nous allions tous devoir «tendre une main à ceux qui en ont besoin». «Nous avons subi un trop grand nombre de ces tragédies», avez-vous affirmé à juste titre, manifestement ému par les événements particulièrement atroces qui se sont déroulés aujourd’hui dans le Connecticut. Puis, en retenant vos larmes, vous avez dit ceci: que vous réagissiez à la nouvelle «non comme le président, mais comme un parent».

Mon Dieu, vous avez tellement tort. Réagissez comme un président!

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Un peu plus tôt dans la journée, votre chargé de communication Jay Carney, parlant en votre nom, a dit qu’aujourd’hui n’était pas le bon moment pour parler de législation sur les armes à feu:

«Il y a, j’en suis certain, il y aura, devrais-je plutôt dire, un jour approprié pour les discussions, les débats politiques habituels de Washington, mais je ne crois pas que ce soit aujourd’hui.»

Ne pas être trop politique

Bien sûr, évidemment, aujourd’hui n’est pas le bon jour. Il ne faudrait pas politiser une tragédie. Vous pourriez avoir l’air insensible. Et bien plus important que de prévenir l’assassinat futur d’enfants dans des écoles primaires, leur meurtre par des tirs au visage, dans la poitrine, dans leurs petites jambes, bien plus important que ça, il y a le tact que vous devez montrer en vous élevant au-dessus de votre désir inconvenant d’améliorer ce pays.

Par ailleurs, il ne faudrait pas faire offense à qui que ce soit qui a été touché par la tuerie. Comme les parents des enfants assassinés ce matin, tandis qu’ils étaient en train d’apprendre à faire des additions simples et à écrire leur alphabet. Je suis bien certaine que tout ce qu’ils veulent, c’est que vous ne vous en mêliez pas –tenez-vous tranquille, d’accord? Parce que personne ne veut d’un président qui s’élèverait immédiatement et avec fermeté pour empêcher une chose pareille de jamais se reproduire. C’est bien trop politique, et vous êtes un homme d’Etat.

Sans compter que l’avantage de ne pas «profiter» de la tragédie est que, dans quelques jours, nous pourrons tous mettre ces événements derrière nous. Nous avons des cadeaux de Noël à acheter, des arbres à décorer –c’est un moment de l’année très chargé! Donc si vous laissez passer cet événement, en faisant votre boulot, disons, au minimum, notre colère passera probablement, et vous pourrez éviter tous ces «débats politiques habituels de Washington». Ils sont tellement barbants, nan?

L'histoire est de votre côté

L'histoire est de votre côté. Rien que cette semaine, il y a eu une fusillade à Portland, dans l'Oregon –vous en avez entendu parler? Cela s'est estompé dans mon esprit, à moi aussi. Vous vous souvenez d'Aurora? Oui, celle avec Batman! Vous étiez en lice pour votre second mandat lors de la tuerie horrible qui s'est déroulée, donc ce n'était certainement pas le moment de faire quelque chose de constructif. Et puis il y en a eu une autre dans le Wisconsin –les détails sont flous dans mon esprit, car après un certain temps, ces massacres se mélangent.

Jay Carney vous a couvert à ce moment-là aussi:

«La Maison-Blanche a exclu lundi la possibilité que le président Barack Obama donne un coup de pouce à de nouvelles lois sur le contrôle des armes à feu au lendemain de la fusillade à Oak Creek, dans le Wisconsin. Le porte-parole de la Maison Blanche Jay Carney a noté qu'Obama avait appelé à une meilleure application des lois existantes à la suite du massacre dans un cinéma à Aurora, dans le Colorado, le mois dernier.

"Je n'ai rien de nouveau à annoncer", a dit Jay Carney lors de son point quotidien.»

En fait, vous avez fini par gagner les élections en mentionnant à peine le contrôle des armes et en exposant Gabrielle Giffords lors d'un moment émouvant à la convention démocrate, donc ça a fonctionné. Je ne sais pas ce que vous comptez faire après votre présidence, mais à moins que vous n'espériez remplacer Wayne LaPierre [dirigeant de la National Rifle Association, NDT], vous pouvez prendre un risque aujourd'hui.

Bill Clinton était un président en fin de mandat au moment de Columbine, mais il a poussé pour une réglementation plus stricte et a politisé comme un acharné cette fusillade en milieu scolaire. Pourtant, ce gars-là n'a jamais été connu pour son habileté politique, je vous l'accorde.

Quoi qu'il en soit, je sais que vous avez un emploi du temps très chargé et que vous êtes impatient de prendre du recul ce week-end et d'étreindre vos enfants un peu plus fort avant qu'elles aillent au lit ce soir. TGIF [Thanks God It's Friday, dieu merci c'est vendredi, NDT]. Mais pourriez-vous juste nous dire: quel jour serait meilleur?

Allison Benedikt

Traduit par Charlotte Pudlowski et Cécile Chalancon

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L'AUTEUR
Journaliste à Slate.com Ses articles
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Publié le 14/12/2012
Mis à jour le 15/12/2012 à 12h38
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