Economie

Petite inflation, grand bonheur

Eric Le Boucher, mis à jour le 15.12.2012 à 11 h 03

Cette année, l'inflation ne progressera que de 1,4% en France. Le signe que les tensions sur les matières premières, notamment l'énergie, s'estompent. Une bonne nouvelle pour le pouvoir d'achat des Français.

Des golfeurs très contents. REUTERS/David Moir

Des golfeurs très contents. REUTERS/David Moir

Entre la croissance qui disparait, les usines qui ferment et Berlusconi qui revient, vous cherchez vainement une bonne nouvelle? Arrêtez-vous sur l'inflation. Les prix à la consommation ont baissé en France en novembre de 0,2%. Sur un an, l'inflation est ramenée à 1,4%. Ces petits chiffres vont faire grand bien.

Nous sommes entrés dans une ère nouvelle où les tensions qui existaient sur les matières premières mondiales sont en train de disparaître. Il ne faut en pas tirer trop d'espérance. Mais, en ces jours noirs, voilà du soleil.

En France, la baisse de 0,2% en novembre s'explique un peu par l'arrivée de Free: les télécommunications ont vu leurs prix reculer de 3,3% en novembre et de 15,1% sur un an. Dilemme pour le gouvernement: la concurrence est bonne macroéconomiquement puisqu'elle a permis aux ménages d'économiser quelque 2,5 milliards d'euros sur leur facture de téléphone, un argent qui a été dépensé ailleurs. Mais elle est mauvaise microéconomiquement puisque les opérateurs débauchent et sont à court de rentabilité pour investir et que l'Etat lui-même touche moins (TVA, impôts sur les sociétés et dividendes).

On peut deviner que la baisse de 15% des prix dans les télécoms ne devrait pas se répéter en 2013, mais celle de l'ensemble des biens audiovisuels (-6,6% sur un an) le devrait. La fée électronique continue d'offrir toujours mieux pour moins.

Le grand facteur explicatif est le recul des prix de l'énergie. Les ménages voient leur note de gaz et d'électricité monter: en un an le prix du gaz a crû de 8,3% et l'électricité de 3,2%. Mais les carburants n'ont pas bougé: +0,3% en un an. Le gouvernement qui voulait «bloquer le prix à la pompe» avant les départs en vacances, cet été, a parfaitement réussi... sauf qu'il n'y est pour rien. C'est l'Opep qu'il faut remercier et le gaz de schiste qu'il faut fêter.

L'appétit chinois

Durant la décennie 2000, l'appétit du dragon chinois a fait exploser l'ensemble des marchés de matières premières. Cette flambée générale du pétrole jusqu'au cacao devrait s'éteindre. Il y a plusieurs raisons: le ralentissement de la croissance mondiale d'abord, qui devrait détendre les marchés. En quelque chose malheur est bon.

Le changement du mode de croissance en Chine ensuite.

Mais, surtout, la hausse des capacités de production d'énergie et de métaux dans le monde. Les prix ont atteint des niveaux qui rentabilisent beaucoup de nouvelles mines ou usines. Des tensions de court terme ne peuvent être exclues, ici ou là, mais dans l'ensemble ces produits ont atteint «un nouvel équilibre de moyen terme», comme l'explique Goldman Sachs [1]. Un peu comme dans les décennies 1980 et 1990 avec le baril de pétrole à 20 dollars et la tonne de cuivre à 2.000 dollars, mais cette fois-ci avec des nouveaux plateaux autour de 90 dollars pour le baril et de 7.500 dollars pour le cuivre.

Dans les années 2000 s'était installé un mécanisme pervers. La crainte de pénurie de pétrole comme de blé a poussé vertigineusement les prix, ce qui a forcé les acheteurs vers la recherche d'économies et d'autres sources. Les producteurs ont anticipé des surplus et réduit leurs investissements de capacités. La spirale inflationniste s'accélérait. Les prophètes écologistes qui prévoyaient des pénuries généralisées étaient très écoutés.

Le regain des investissements change la perspective de cette décennie. L'exemple le plus fort vient évidemment des exploitations de gaz et de pétrole de schiste en Amérique du nord. Leur conséquence se fait sentir surtout sur les prix outre-Atlantique, mais aussi ailleurs, en libérant la planète de la contrainte de manquer. L'effet est d'«aplatir les cours mondiaux», selon Goldman Sachs. La volonté de l'Opep, confirmée à Vienne, de maintenir à moyen terme le baril autour de 110 dollars, consolide la perspective du plateau.

Il en est de même dans les métaux. Ici, c'est de Chine que vient l'investissement libérateur. L'empire du Milieu a ouvert des capacités d'aluminium, de zinc et de nickel plus vite que n'a crû son marché intérieur. Le cuivre devrait, lui, rester à la hausse en 2013 avant de se retourner.

Toujours bon à prendre

Seules les matières premières agricoles n'entrent pas dans ce schéma de stabilisation. Les cours ont encore flambé en 2012. Le risque de pénurie ne sera écarté que de la même manière: par un gigantesque effort d'investissement dans ce secteur, autant dans les pays du sud, en Afrique principalement, qu'au nord, qui devra accepter d'innover, de manger mieux et de moins gaspiller [2].

Une inflation réduite en 2013 à 1,7% en France (selon Bank of America Merrill Lynch) ou entre 1,6% et 1,9% aux Etats-Unis (selon la Fed) ne suffit pas à réchauffer la conjoncture. Mais quand la croissance est en recul et qu'elle oscille en France autour de zéro, une fraction de point de pouvoir d'achat est bonne à prendre.

Pour le gouvernement qui craint pour la consommation, la faible inflation est une aubaine. En outre, les banques centrales, rassurées, vont pouvoir maintenir leurs politiques de soutien et de taux bas. Emprunt facile, essence stable, et si vous achetiez une belle voiture? Leurs prix baissent!

Eric Le Boucher

Article également publié dans Les Echos

[1] «The Old Economy Renaissance». Commodities Research. 5 décembre 2012

[2] 9 milliards d'hommes à nourrir Marion Guillou et Gérard Matheron. François Bourin Editeur

Eric Le Boucher
Eric Le Boucher (543 articles)
Cofondateur de Slate.fr
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