Le futur du jeu vidéo sur smartphone passe par la ville

L'application BattleParis (Pixcook).

L'application BattleParis (Pixcook).

Avec l'avènement des smartphones, des forfaits data illimités et de la géolocalisation, une nouvelle ère de possibilités s’ouvre au jeu vidéo: le «urban gaming».

«Ouch, CamilleW a sauté sur une mine posée par FabienJ.» C’est la guerre entre les différents quartiers de Paris.

L’équipe Bellevilloise mène pour l’instant la bataille mais Montmartre la talonne, conquérant vaillamment quartier après quartier à coup de mines, bombes et autres attaques. Pas de panique cependant, nul besoin d’aller chercher le vieux tromblon que pépé avait gardé au sous-sol juste au cas où: tout cela se passe virtuellement sur votre smartphone.

L’application (disponible pour l’instant uniquement sur iPhone) s’appelle BattleParis. Le principe est simple: une fois votre camp choisi lors de votre première connexion, le jeu vous repère précisément en ville et vous propose de faire des check-in dans différents endroits afin de les remporter. Pour chaque lieu, une anecdote est disponible et les actions sont limitées par un nombre de coeurs à utiliser.

L’utilisateur peut également débloquer un certain nombre de médailles après avoir rempli des objectifs (se localiser dans toutes les gares de Paris par exemple). Comme dans un vrai jeu vidéo, en somme.

C’est qu’avec l’avènement des smartphones, des forfaits data illimités et surtout de la géolocalisation, toute une nouvelle ère de possibilités s’ouvre au jeu vidéo. BattleParis est loin d’être la seule application à utiliser les fonctions de repérage en ville. Au final, le jeu en ville pourrait bien être l’avenir du jeu vidéo sur smartphone.

Une technique ancienne

La géolocalisation ne date pourtant pas d’hier: c’est en 1960 que les premiers tests sont réalisés via satellites et, dès les années 1990, avec l’avènement des GPS, certains se prennent à rêver de jeux utilisant ces fonctionnalités. Ivo Flammer, le fondateur de Xilabs, qui édite plusieurs jeux utilisant la géolocalisation, explique que les premières tentatives de jeux géolocalisés ont eu lieu il y a près de vingt ans:

«Cela fait longtemps que des gens travaillent sur le jeu en ville. Les précurseurs étaient principalement des artistes, mais à l’époque le problème venait de la technologie, bien trop encombrante. Je me souviens d’une tentative d’un Pacman dans le réel, mais chaque participant avait tellement de poids sur le dos que ça restreint les possibilités.»

Les créateurs du jeu Geocaching ont pu observer cette lente démocratisation de la géolocalisation. Lancée en 2000 sur les appareils GPS, l’application, un jeu de piste utilisant les fonctions des GPS, fait office de précurseur dans le genre. Douze ans plus tard, ce sont presque 5 millions de joueurs qui se défient sur Geocaching, qui a depuis lancé des applications sur smartphone.

Eric Schudiske, responsable des relations presse pour Groundspeak, la société qui produit le jeu, juge que l’urban gaming est en train d’exploser:

«On observe une utilisation significative de nos apps Geocaching sur iPhone, Android et Windows Phone 7. Cela permet aux gens de se connecter d’une façon nouvelle avec le monde réel. Une expérience avec Geocaching a quelque chose de tangible et de réel que le jeu vidéo virtuel ne peut pas combattre.»

Du vrai jeu... adapté aux smartphones

L’intérêt de ces applications est qu’elles vont plus loin que le simple checking sur Foursquare et que la plupart d’entre elles sont à même de satisfaire l’attente des gamers. Thibault Cabanas, l’un des créateurs de BattleParis, explique d’où lui est venu l’inspiration pour son application:

«J’avais cette idée depuis longtemps. J’adore les jeux de stratégie et l’inspiration est clairement venue de Risk, et Foursquare n’allait pour moi pas assez loin. L’idée de capture des quartiers m’est venue parce que j’avais l’impression que les Parisiens ne connaissent pas du tout leur ville. D’où le système d’anecdotes. Mais je voulais vraiment faire un vrai jeu et pas un réseau social.»

D’autres compagnies ont choisi une approche différente en terme de gaming. C’est le cas de Xilabs, qui édite plusieurs jeux qui utilisent géolocalisation et réalité virtuelle.

Une de leurs applications est basée sur le célèbre jeu Space Invaders. Le concept est le même, mais le jeu utilise votre position en ville pour vous envoyer des extraterrestres à dégommer: à vous de vous déplacer dans la bonne direction pour les atteindre.

Ivo Flammer juge que le public a besoin de temps pour adopter les jeux géocalisés:

«Ce qu’il faut comprendre c’est que l’aspect géolocalisation est déjà très novateur en lui même. Il faut donc l’accompagner d’un gameplay simple et connu de tous, on ne peut pas être pour l’instant trop créatif sur ce point.»

Pour ces studios de développement, le tout est d’amener tranquillement les joueurs à s’habituer aux possibilités de ce nouveau type de jeux, d’autant que le jeu sur mobile apporte son lot de contraintes.

Olivier Gatelmand, le cocréateur de l’application Flagfriend, juge notamment que pour, pouvoir être attractives, les sessions de jeux doivent pouvoir être courtes:

«Avec les jeux en ville, le gameplay doit être radicalement différent, c’est pour ça qu'avec Flagfriend on propose des jeux de moins d’une minute. Il faut aussi pouvoir gérer les problèmes de connectivité.»

Le principe est appliqué dans Flagfriends: les utilisateurs peuvent se géocaliser n’importe où et conquérir un point d’intérêt. Par exemple le jardin du Luxembourg à Paris, la vieille ville à St Malo ou le centre Pompidou à Amiens. Le joueur devra ensuite battre un mini-jeu d’une minute (choisi parmi une centaine en fonction du lieu) pour devenir gouverneur de l’endroit.

Comme pour BattleParis et Geocaching, l’aspect communautaire est particulièrement mis en avant. Une manière pour les studios de développement de fidéliser les utilisateurs de smartphone.

Un monde de possibilités

Une fois ces contraintes techniques tombées, pourrait-on voir dans un futur plus ou moins lointain, les jeux en ville faire migrer les gamers de leur salon vers les smartphones? Ilo Farmer ne le pense pas:

«Les gamers aiment se mettre dans leur salon pour jouer deux heures, les jeux urbains ne remplaceront pas cela car ils ne sont pas aussi immersifs. Mais ils ont tout de même un énorme potentiel.»

De l’autre côté de la barrière, on observe tout de même quelques incursions du monde du jeu vidéo traditionnel sur les terres de l’urban gaming. La Nintendo 3DS propose ainsi une fonction dénommée Streetpass qui invite le joueur à se balader avec sa console en ville dans le but de croiser d’autres utilisateurs et d’échanger des données (pièces de puzzle, défis...). On reste cependant encore loin de ce que peuvent offrir les smartphones.

«Ce que je remarque c’est que beaucoup de jeux sur console de salon sont de plus en plus réalistes, analyse Ilo Farmer. Les jeux en ville vont dans la même direction puisqu'ils sont dans le réel.»

Thibault Cabanas est du même avis. Selon lui, le jeu en ville ouvre cependant des possibilités énormes:

«Notre but, c’est de réintégrer le jeu vidéo dans la vie. Cela ouvre une infinité de possibilités de gameplay. Il y aura toujours des jeux vidéo normaux mais je pense que l’on est au début d’un truc qui va exploser. Les possibilités sont énormes, j’ai plein d’idées qui seraient potentiellement exploitables.»

Reste encore à trouver le concept qui donnera envie à tout le monde de jouer sur son smartphone lors de ces déplacements en ville. «En fait, on cherche encore la killer app», confie Ilo Farmer. En l’attendant, on pourra toujours s’amuser avec celles qui sont disponibles, et plutôt pas mal fichues en plus.

Fabien Jannic-Cherbonnel