Le e-commerce est-il vraiment bon pour l'environnement?

Centre de conditionnement d'Amazon à Rugeley, en Angleterre, décembre 2012. REUTERS/Phil Noble.

Centre de conditionnement d'Amazon à Rugeley, en Angleterre, décembre 2012. REUTERS/Phil Noble.

Vaut-il mieux faire ses courses en magasin ou les commander de son ordinateur? La réponse n'est pas, en réalité, si claire que cela...

L'immense choix, la latitude horaire, les avis de consommateurs, la phobie des galeries commerciales, l'insomnie, ou tout simplement la paresse: toutes les raisons sont bonnes pour faire ses courses sur Internet plutôt que dans des magasins «en dur».

Toutes, sauf, peut-être, une: la défense de l'environnement. Car personne[1] en réalité, n'est aujourd'hui capable d'affirmer de façon formelle que le e-commerce est meilleur pour l'environnement que le commerce traditionnel. Les études sur le sujet, du reste, sont étonnamment rares et restent toujours très partielles.  

A première vue, pourtant, la cause paraît entendue: affalé dans son canapé, le consommateur qui passe une commande sur le net dépense bien moins d'énergie que s'il prenait sa voiture pour aller s'approvisionner en magasin. 

Les experts de l'Ademe[2] sont même allés jusqu'à étudier l'analyse du cycle de vie de l'acte d'achat en ligne: bien sûr, surfer n'est pas si anodin qu'il y paraît. Consulter Internet, sélectionner son article, le payer en ligne, échanger des courriers électroniques pour le suivi de la commande, etc.., sollicite sa «box», son ordinateur, mais aussi des data-centers en séries. Et, au final, les différents effets sur l'environnement (eau-épuisement de métaux-production d'énergie-changement climatique,...) d'un achat en ligne sont équivalents à:

  • la consommation de 7 g de fer, soit le poids d'une pièce de 1 euro
  • l'émission dans l'eau de 1,5mg de phosphate
  • 12 min d'utilisation d'une ampoule de 60 W
  • une consommation d'énergie fossile de 3 g de pétrole
  • l'émission de 12 g de CO2 soit 1 km en voiture.

La plupart de ces effets délétères provenant de la partie «sélection du produit» par le consommateur, qui, décidément, prend toujours trop de temps à se décider. Mais ce bilan, il faut l'avouer, reste bien mince comparé à celui d'un déplacement en voiture d'une dizaine de kilomètres dans un centre commercial bien chauffé et éclairé... 

L'histoire, cependant, ne s'arrête pas là. Car si la commande est virtuelle, la production et la livraison, elles, ne le sont pas. «Théoriquement, explique Marc Cottignies, ingénieur expert à l'Ademe au service transports et mobilité, la livraison par transporteur devrait être potentiellement plus efficace, car le véhicule de livraison urbain typique consomme deux à trois plus qu'un véhicule particulier, mais transporte environ dix fois plus de marchandises. Par kilomètre parcouru, le service est donc trois à cinq fois moins polluant.»

Le e-commerce est plus polluant quand...

Une division par 3,55 de la pression environnementale globale, c'est du reste le chiffre auquel aboutit la Fevad, la fédération e-commerce et vente à distance. Mais Marc Cottignies le reconnaît: ce calcul est théorique. Car la réalité est parfois autre. Encore faut-il, par exemple, que suffisamment de «téléclients» habitent près l'un de l'autre; desservir un client dans un village isolé ne présente de ce point de vue aucun intérêt environnemental. Mais  livrer les habitants des très grandes ville comme Paris non plus: ils prennent de toutes façons relativement peu souvent leur voiture pour faire leurs courses! Dans ce cas, l'e-commerce se révèle plus polluant que les courses de proximité habituelles...

Bref, les livraisons mutualisées du e-commerce sont a priori intéressantes pour les habitants des villes moyennes ou grandes. Ce qui concerne tout de même plusieurs dizaines de millions d'habitants.

Autre impératif d'un e-commerce environnementalement correct: que les tournées soient efficaces, autrement dit que les colis puissent être livrés dès la première présentation. Ce qui est loin d'être le cas! Même si aucun chiffre moyen ne semble disponible, il semble réaliste d'affirmer qu'au moins 10 à 20% des livraisons trouvent se heurtent à une porte close.

Bien sûr, existe la solution des points relais, qui limite ce problème: reste tout de même à savoir si ce relais colis se trouve, ou non, sur le trajet quotidien de l'internaute ou s'il doit, pour s'y rendre, prendre spécialement sa voiture.

Dans bien des cas, aussi, les biens commandés sur internet sont beaucoup plus emballés que lorsqu'ils sont achetés en magasin. Ce qui n'est pas sans impact sur l'environnement. Même si certains acteurs commencent à prendre des initiatives en ce domaine, comme Amazon avec son initiative «déballer sans s'énerver». Qui ne concerne malgré tout qu'une partie de ses produits.

Le e-commerce est moins polluant quand...

Et, en matière d'habillement-chaussures, le taux de retour n'est pas non plus négligeable, même si là-encore, cette donnée n'est que rarement communiquée par les VPCistes. Autant de cartons qui font donc l'objet d'aller-retours supplémentaires. 

Mais le plus délicat reste bien de comparer les deux formes d'achat. Les internautes se rendent-ils malgré tout en magasin pour préparer leur achat, ne serait-ce que parce que le shopping est aussi une activité sociale? Auquel cas l'intérêt environnemental du e-commerce est nul: une étude a ainsi montré que si, pour acheter une commode en pin par internet, le client se déplaçait d'abord en magasin, les émissions de CO2 étaient plus que doublées! Et les adeptes des courses «en dur» prennent-ils vraiment spécifiquement leur voiture pour l'occasion? Ou concentrent-ils différents types d'achats pour un seul déplacement? Ou ne font-ils qu'un petit crochet en voiture en revenant de leur travail? 

La réponse, sans doute, n'est pas univoque: pour certains types de commerce, surfer sur Internet va très vite et ne nécessite aucun déplacement. C'est le cas lorsque l'internaute recherche une pièce technique par exemple. Le gain environnemental est alors évident. 

Pour les grosses courses alimentaires, internet paraît également écologiquement intéressant: elles sont de moins en moins souvent «suremballées», et les horaires de livraison, convenus à l'avance, limitent les seconds passages. A la condition toutefois que ce e-commerce remplace bien des déplacements en voiture réguliers! Dans ce cas, l'administration suédoise de protection de la nature (Naturvaardscerket), par exemple, a chiffré le gain d'énergie potentiel à 30% si la moitié des achats alimentaires se faisaient sur le net. Mais parfois, d'autres solutions encore moins polluantes existent comme, pour ceux qui résident en centre ville, les courses... à pied. 

Pour le reste, tout dépend du lieu où réside le consommateur, du mode de livraison (ultra rapide, normal, en relais colis), et des comportements: l'internaute se rend-il malgré tout en magasin ? 

L'équation est si compliquée que les experts, pour l'instant, n'ont réalisé que des études partielles dont un colloque déjà ancien organisé par l'Inrets (institut national de recherche  avait donné un panorama partiel. Ainsi, acheter son yaourt à distance est moins émetteur de GES (gaz à effet de serre) que l'acheter en hyper ou supermarché. Mais à peu près équivalent à un achat en magasin de proximité. Evidemment, il reste toujours la yaourtière. Achetée sur Internet.

Catherine Bernard

[1] Sauf les e-commerçants eux-mêmes, bien entendu. Retourner à l'article

[2] Analyse comparée des impacts environnementaux de la communication par voie électronique, Volet e-commerce: synthèse, mars 2011. Retourner à l'article