Economie

La guillotine du chômage

Eric Le Boucher, mis à jour le 13.12.2012 à 9 h 36

Les chiffres sont terribles. Il faut s'attendre à 30.000 à 50.000 chômeurs de plus tous les mois. Le salut peut venir de la reprise économique mais aussi de bonnes politiques de l’emploi.

Une agence de Pôle Emploi à Nice. REUTERS/Eric Gaillard

Une agence de Pôle Emploi à Nice. REUTERS/Eric Gaillard

Un Français sur dix au chômage, un jeune sur cinq. Les chiffres publiés par l’Insee sont terribles: 2,8 millions de personnes sont sans emploi (selon la définition du BIT). Pratiquement, il n’y a plus de créations nettes d’emplois, la croissance de la population active se retrouve directement dans les statistiques du chômage. Et ces chiffres vont être rapidement dépassés.

On a compté 45.000 chômeurs de plus en octobre. C’est le nombre de condamnés auquel il faut s’attendre mois après mois: de 30.000 à 50.000 personnes de plus, comme des coups de hache répétés mensuellement, comme une guillotine mécanique.

La première cause est bien entendu la faible croissance. Asie et Amérique se consolident, l’Europe s’enfonce dans le gouffre. La Banque centrale européenne a annoncé une économie de la zone euro en  récession en 2013, -0,3 %, alors que les économistes de Francfort espéraient un +0,5 % il y a encore six mois. La majorité des économistes sont sur une perspective semblable.

L’avenir n’est jamais écrit, mais l’espoir de reprise à partir de l’été 2013, sur laquelle compte le gouvernement français, s’amenuise.

Chômage de longue durée

La France n’est pas seule. On dénombre 48 millions de personnes sans emploi dans l’OCDE –presque 15 millions de plus que lorsque la crise financière a éclaté à la fin de 2007. Avec une croissance en berne, «la création d’emploi restera faible», note John Martin, l’économiste chargé de l’emploi dans l’institution du château de la Muette. Il ajoute:

«La persistance d’un haut niveau de chômage parmi les jeunes est particulièrement préoccupante. Le taux de chômage des jeunes pour la zone de l’OCDE était d’un peu plus de 16% en mai 2012 (…). Il va d’environ 8% en Allemagne à plus de 50% en Espagne et en Grèce.»

A l’autre extrême, neuf pays enregistrent des taux de chômage à deux chiffres en mai 2012 (Espagne, Estonie, France, Grèce, Hongrie, Irlande, Italie, Portugal et République slovaque).

L’autre inquiétude de l’OCDE concerne le chômage de longue durée qui risque de pousser au découragement. Au dernier trimestre de 2011, plus de 35% de l’ensemble des chômeurs, dans la zone de l’OCDE, étaient sans travail et à la recherche d’un emploi depuis un an ou plus. Dans les pays de l’Union européenne, environ 44% de l’ensemble des chômeurs, en moyenne, étaient chômeurs de longue durée. En France, l’indicateur conjoncturel de durée de chômage a atteint 393 jours au troisième trimestre 2012, son niveau record depuis 2001.

Le phénomène a également touché  les Etats-Unis: ils ont enregistré une hausse sans précédent de la part du chômage de longue durée, passée d’environ 10% du chômage total en 2007 à environ 30% au premier trimestre de 2012. Les dernières statistiques laissent espérer une petite amélioration sur ce point outre-Atlantique.

N’y a-t-il rien à faire qu’attendre  le retour de la croissance? Si, dit l’OCDE. L’emploi est une résultante de la croissance, mais l’interaction joue aussi dans l’autre sens: les politiques de l’emploi peuvent améliorer les conditions de la croissance et aider à son retour. La reprise qui s’est amorcée il y a trois ans n’a, dans l’OCDE, réduit que de 0,6% le taux de chômage par rapport à son point haut de l’après-guerre, soit 8,5%. Il n’est retombé qu’à 7,9% en mai 2012.

Des politiques «actives» de l’emploi

Mais tous les pays ne connaissent pas la même désespérance. Le taux de chômage a sensiblement reculé en Allemagne. Il s’est maintenu dans une fourchette de 3,5% à 5,5% dans plusieurs autres pays qui n’ont pas obtenu des performances exceptionnelles de croissance: Australie, Autriche, Corée, Japon, Luxembourg, Norvège, Pays-Bas et Suisse.

C’est dire l’importance des bonnes politiques de l’emploi. Le gouvernement français compte sur les 150.000 contrats d’avenir annoncés. Les premiers seront mis en place dès ce mois de décembre. Puis viendront les contrats de génération, un projet présenté au conseil des ministres mercredi 12 décembre.

Ces méthodes défensives, dites «passives»,  ne sont pas toujours négatives, explique John Martin. Il écrit que «les dispositifs d’insertion bénéficiant de financements publics peuvent aider à éviter que ces personnes ne se démoralisent, tout en les préparant à tirer parti des nouvelles possibilités d’emploi lorsque la situation du marché du travail s’améliore».

Mais l’OCDE insiste sur les politiques dites «actives».

«Il continue à y avoir beaucoup d’embauches en dépit du haut niveau de sous-emploi, et l’aide à la recherche d’emploi devrait être la première forme de soutien pour de nombreux chômeurs, en particulier ceux qui sont prêts à occuper un emploi.»

Les programmes de formation sont primordiaux. En particulier pour les jeunes:

«Il y a lieu de développer ou d’instaurer des programmes associant les études et le travail, comme l’apprentissage et d’autres programmes de formation professionnelle en alternance.»

Ces politiques, avertit l’OCDE, sont coûteuses dans un premier temps. Les dépenses en faveur des politiques d’emplois «devraient être épargnées de façon générale au moment d’opérer des réductions d’ampleur dans les dépenses dans le cadre des efforts actuellement déployés d’assainissement des finances publiques à court terme». Or, ce n’est pas le cas. Les ressources disponibles par chômeur demandeur d’emploi ont diminué de 21% en moyenne (en termes réels), dans la zone de l’OCDE, entre 2007 et 2010.

La persistance de la crise, surtout dans la zone euro, rend urgente l’augmentation des crédits en faveur de l’emploi.

Eric Le Boucher

Article également paru sur Emploiparlonsnet

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Cofondateur de Slate.fr
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