Comment compte-on les animaux sauvages?

Sexual nature. © Sexual nature / London's Natural History Museum.

Sexual nature. © Sexual nature / London's Natural History Museum.

Pour mesurer n’importe quelle population, il est nécessaire d'effectuer un échantillonnage, avec des méthodes qui peuvent varier selon les espèces, puis de l'extrapoler.

Ouverte jusqu'en août 2013 au Palais de la découverte à Paris, l’exposition «Bête de sexe» sur les pratiques sexuelles des animaux passe en revue différentes méthodes de séduction et de reproduction selon les espèces.

Mais si les animaux s’accouplent, logiquement, ils se multiplient. Au final, comment sait-on combien ils sont sur Terre? Si leur espèce est en voie d’extinction? Où fixer le niveau de quotas de pêche ou de chasse pour ceux pour lesquels c'est nécessaire?

Pour mesurer n’importe quelle population, il est nécessaire d'effectuer un échantillonnage sur un territoire précis. Les résultats sont ensuite extrapolés à la totalité de la population et permettent d’estimer sa densité, sa taille et son taux de croissance. Ces données varient dans le temps et l’espace, mais aussi selon l’espèce, le sexe et l’âge.

Pour les chercheurs interrogés, cette étape est la plus importante du processus, car il est impossible d’accéder à tous les individus d’une population ou à la totalité d’une aire. Les bateaux scientifiques, par exemple, gardent la même trajectoire pour chaque mission afin de s’affranchir des événements particuliers. Cela permet de limiter les erreurs et de comparer les résultats des différentes années.

Du fait de leur mobilité, il est difficile de répertorier les animaux. Les méthodes de comptage varient donc en fonction de l’animal et de ses habitudes, et il en existe presque autant que d'espèces. Petit panorama.

Capturer et marquer

La première méthode consiste à capturer, marquer puis relâcher (CMR) les animaux. Lorsque les scientifiques effectuent plus tard d’autres captures, une comparaison est établie entre les animaux déjà marqués et les nouveaux.

On connait ainsi leur âge et leurs déplacements, et des formules mathématiques permettent ensuite de calculer l’effectif de la population. Grâce à cette méthode, on pouvait par exemple estimer le nombre de loups en France, en 2012, à environ 250 individus.

La difficulté, ici, est que la probabilité de se faire capturer dépend de chaque espèce. Les baleines ou les orques, par exemple, sont moins facilement capturables que les oiseaux.

Observer et compter

Si les animaux sont suffisamment visibles ou bruyants, les scientifiques peuvent aussi compter un à un ceux qu’ils voient ou entendent. On compte chaque individu ou son habitat, voire ses empreintes. On multiplie ensuite les résultats par une surface déterminée pour avoir l'effectif global.

Le comptage visuel est utilisé pour les oiseaux marins. Les scientifiques suivent des lignes droites imaginaires (transepts) à partir desquelles ils répertorient tous les animaux qui passent. Les observations sont notées dans des «mailles carrées» (une cartographie où chaque coordonnée correspond à un animal) puis multipliées.

On utilise le comptage sonore pour les cerfs, par exemple. Le soir tombé, en période de rut (automne), l'animal brâme pour attirer les femelles et délimiter son territoire. Les scientifiques (ou les chasseurs) en profitent pour définir des points d’écoute dans différentes zones de la forêt. Afin d’éviter de noter deux fois le même animal, l'heure et la direction du brâme sont répertoriés depuis les différents postes sur le terrain.

Mais cette méthode pose certains problèmes: les jeunes cerfs, par exemple, ne brâmeraient pas et resteraient très discrets. Elle ne permettrait donc pas d’estimer un nombre exact mais plutôt de suivre des tendances, d'observer les modifications de la répartition géographique des animaux.

La chaussette à hélice

De nombreuses méthodes sont inventées spécialement pour chaque espèce. Les petits serpents, ainsi, ont une technique qui leur est réservée: il suffit de placer une plaque de métal au soleil, attendre et compter le nombre de serpents qui —attirés par la chaleur— se regroupent en dessous.

Pour les petits organismes aquatiques par exemple, les scientifiques utilisent une sorte de chaussette avec une hélice (un volucompteur) qui compte le volume d’eau filtrée. Au bout de celle-ci, une boîte recense les passages. Les données sont ensuite croisées avec le temps passé sur le terrain et la surface sondée pour établir l’échantillonnage.

Pour les fourmis, on peut utiliser des compteurs automatiques ou des aspirateurs qui capturent et dénombrent les insectes qui passent dans le tuyau.

Des données fiables?

Toutes ces données restent approximatives: il est impossible de faire des dénombrements absolus des espèces animales. Pour le secteur marin par exemple, il y a bien les navires océanographiques ou les radars (ils envoient une onde qui se propage sous l'eau: quand elle touche un objet, une partie de l’onde rebondit et renvoie un signal à l’émetteur, l’autre partie poursuivant son chemin jusqu’au prochain objet) mais outre le coût de ces opérations, leur durée et leurs résultats sont limités, car elle ne permettent de couvrir qu’une toute petite partie de la mer.

Les scientifiques se font aussi aider des pêcheurs et chasseurs et déduisent de leurs estimations les prises déclarées. Additionné au taux de mortalité naturelle, le chiffre des captures permet de déterminer le nombre d'animaux présents au départ. Mais ces chiffres dépendent de la bonne foi de ces collaborateurs et produisent parfois des résultats très imprécis.

Ces méthodes ne permettent donc de déduire que grossièrement l’effectif des populations. Mais ces recherches sont nécessaires car elles permettent d’estimer les stocks naturels (santé, âge, nombre, évolution, etc.) et donc de gérer leur exploitation.

Fanny Arlandis

L’Explication remercie Didier Gascuel, enseignant à l’université européenne de Bretagne (Agrocampus), Denis Couvet, professeur au Muséum national d’histoire naturelle, Iker Castège, docteur en biologie marine au centre de la mer de Biarritz (programme ERMMA), Catala-Malkas Lydie, chargée de l’éducation environnement et développement durable au Parc naturel du domaine de la Palissade, Fabien Dupont, chargé de mission Natura 2000 au Parc des Ballons des Vosges, Serge Canadas, président du syndicat national de la chasse et Bruno Didier, de l'Office pour les Insectes et l'Environnement.

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