France

Des partielles partiellement ratées pour le FN de Marine Le Pen

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 10.12.2012 à 19 h 08

Le Front national a été éliminé au premier tour à Béziers mais a réalisé des résultats d'ensemble plutôt supérieurs à sa moyenne lors des trois scrutins, et légèrement meilleurs que dans le même contexte en 1997, année de son dernier gros score aux législatives.

Marine Le Pen, le 23 septembre 2012, lors de l'université d'été de son parti à La Baule. REUTERS/Stéphane Mahé.

Marine Le Pen, le 23 septembre 2012, lors de l'université d'été de son parti à La Baule. REUTERS/Stéphane Mahé.

Recalé! Le FN ne sera pas présent au second tour des législatives partielles, dimanche 16 décembre. Si cette «performance» est sans surprise dans deux des trois circonscriptions concernées, en Ile-de-France, le parti frontiste a raté le coche dans la 6e circonscription de l’Hérault, celle de Béziers, où sa candidate France Jamet n'a recueilli que 23,37% des voix au premier tour. Un score inférieur à celui de 12,5% des inscrits nécessaire pour se maintenir, et qui l’élimine donc.

Un coup d’arrêt pour un parti qui affirmait pourtant enregistrer des vagues d’adhésions en raison de la crise à l’UMP, et qui espérait évincer le représentant de l'opposition, Elie Aboud, du second tour dans cette circonscription ancrée à droite, que le PS avait néanmoins remportée à l'occasion d'une triangulaire, de dix voix, en juin dernier.

Des experts électoraux interrogés par l’AFP ont cependant jugé ces résultats «en demi-teinte» mais «pas mauvais». Marine Le Pen s’est elle relativement réjouie sur RTL:

«En règle générale, nous faisons des résultats aux partielles entre 30% et 60% de moins qu'aux élections nationales, qui bénéficient d'une dynamique nationale. Par conséquent, faire plus est incontestablement une évolution.»

Hémorragie moins importante que d'habitude

Comment peut-on évaluer ces résultats historiquement par rapport à ceux du FN lors des précédentes partielles? Pour le savoir, nous nous sommes replongés dans les résultats des 55 partielles tenues depuis 1997.

En voix, le FN a vu son score baisser en moyenne de près de 55% entre le premier tour des partielles et celui des élections initiales: il fait un peu mieux cette année, puisqu’il limite l’hémorragie à -30% dans l’Hérault ou -40% dans le Val-de-Marne. En pourcentage, le parti d’extrême droite fait également mieux que d’habitude puisque il est en hausse dans ces deux circonscriptions (il baisse en revanche dans celle de Patrick Devedjian dans les Hauts-de-Seine), ce qui ne lui était arrivé, depuis quinze ans, que dans une dizaine de partielles. Et encore était-ce, pour une grande majorité d’entre elles, celles du dernier quinquennat, où le FN n’avait pas de mal à améliorer son score d’une élection sur l’autre puisqu’il avait recueilli un score extrêmement faible en juin 2007…

Pour le parti d’extrême droite, le vrai point de comparaison se situe plutôt avec les législatives partielles de décembre 1997, six mois après son excellent score (près de 15%) lors du scrutin provoqué par la dissolution décidée par Jacques Chirac. A l’époque, le FN disputait deux partielles qui lui semblaient favorables, à Mulhouse (où il venait juste de remporter un canton) et à Lunéville, en Moselle. Sur ce terrain jugé «idéal», il avait non seulement échoué à se qualifier mais avait légèrement régressé par rapport à juin.

Cet échec avait été attribué à un nouveau dérapage de Jean-Marie Le Pen sur le «détail». L’année suivante, le FN avait également échoué à se qualifier pour le second tour lors d'une législative partielle à Nice, tout en augmentant son score.

Tournant au milieu des années 90

Cette série de revers avait à l’époque été interprétée comme un tournant pour un parti à qui les partielles étaient traditionnellement favorables —il y avait réussi une percée inattendue en 1983 à Auray (Morbihan) et avait décroché, grâce à Marie-France Stirbois, le siège de Dreux (Eure-et-Loir) en 1989, sur le slogan «Non au tchador à l'école, non aux mosquées».

Comme l’écrivait à l’époque Libération, «jusqu'en 1993, […] les électeurs lepénistes ne perdaient pas une occasion d'exprimer leur ras-le-bol. Cantonal ou législatif, le moindre scrutin partiel était bon pour contester une majorité qui ne quittait pas des abîmes d'impopularité. […] Le vote frontiste n'est plus purement protestataire mais a aussi acquis une dimension d'adhésion. Une mutation qui contraint le FN à dégager un enjeu national pour mobiliser ses troupes.»

Cette analyse semble faire écho à celle, quinze ans plus tard, du Point, qui juge que «le FN reste confronté à cette limite: il n'apparaît pas comme une alternative crédible» et que là où «le discrédit des partis de gouvernement» devrait «lui ouvrir une voie royale, c'est plutôt une impasse».

Une impasse électorale qui devrait durer jusqu’aux municipales 2014, aucune des circonscriptions qui peuvent encore être invalidées par le Conseil constitutionnel n’étant particulièrement favorables au FN: dans les deux où il dépassait les 49% en juin en duel face au PS, dont celle de Marine Le Pen à Hénin-Beaumont, ses recours ont été rejetés cette semaine.

Jean-Marie Pottier

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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