Le freestyle football, style... du foot, mais avec encore plus de style

Gautier Fayolle, exécutant la figure dite de l'araignée © Mayyuran

Gautier Fayolle, exécutant la figure dite de l'araignée © Mayyuran

Si on vous dit «artistes du ballon rond», vous répondez Messi, Ronaldo, Iniesta? Il existe une discipline dans laquelle le champion du monde est français...

Lionel Messi, Cristiano Ronaldo, Andrés Iniesta... Les trois as du ballon rond ont été sélectionnés pour l’année 2012. Il ne reste plus aux électeurs du jury qu’à les départager jusqu’au 7 janvier, date à laquelle sera décerné le Fifa Ballon d’or.

En principe, selon les observateurs, une fois encore, cette récompense ne devrait pas échapper à Lionel Messi. Il s’agirait alors d’un quatrième sacre consécutif –une première dans l’histoire du Ballon d’or– pour l’Argentin qui continue d’éblouir la planète grâce à son efficacité devant les buts, mais aussi par ses gestes techniques étourdissants.

Mais il est un domaine où le Portugais Cristiano Ronaldo domine Messi: le freestyle football. C’est du moins l’avis du Français Gautier Fayolle, âgé de 22 ans, champion du monde de freestyle football en août dernier à Prague comme il l’avait été un an plus tôt à Kuala Lumpur.

«Messi est un joueur extraordinaire, mais Ronaldo est capable, je crois, de plus de gestes techniques que l’on peut retrouver dans le freestyle football.»

Inutile de chercher. Gautier Fayolle n’appartient pas au moindre club professionnel et n’a même jamais fait partie d’un quelconque centre de formation. Pourtant, il est devenu l’un des meilleurs techniciens avec un ballon, comme l’atteste cette vidéo, l’une des nombreuses qui existent sur lui et qui définit bien le freestyle football pour ceux qui ne connaîtraient pas ce fin du fin en matière de prouesses techniques.

Le freestyle football est une terminologie apparue au début des années 2000 par le biais d’une publicité Nike dans laquelle Ronaldinho, entre autres, s’amusait à faire étalage de toute sa classe à travers un répertoire très compliqué.

Après l’édition du premier ballon estampillé «freestyle» –ballon rigoureusement identique à tous ceux utilisés sur les terrains– et vendu dans tous les magasins de sport à partir de 2001, une autre vidéo, celle du Néerlandais Soufiane Touzani, a ensuite fait office de détonateur pour ce sport en se répandant comme de l’huile sur la Toile.

Depuis, un vrai phénomène existe, des marques, comme Red Bull, occupant le créneau de ce football qui se veut en dehors des contraintes réglementaires à l’instar de nombreux sports de rue.

Le Français Sean Garnier en est l’un des porte-drapeaux pour le compte du producteur de boissons énergisantes. Un autre championnat du monde, contrôlé par Red Bull, a d’ailleurs eu récemment lieu à Lecce, en Italie, et a été remporté par le Japonais Kotaro Tokuda sacré devant 15.000 spectateurs et sous les yeux des ex-internationaux italiens Pippo Inzaghi et Fabio Cannavaro. La Française Mélody Donchet s’y est classée deuxième dans l’épreuve féminine.

Les puristes diront que le freestyle football n’est pas vraiment du foot et qu’il se rapproche plutôt du numéro de cabaret. A juste titre, peut-être, car le freestyle football trouve certaines de ses origines à la fin du XIXe siècle avec Enrico Rastrelli, célèbre artiste de cirque qui comptait dans sa panoplie certaines figures toujours au goût du jour comme le neckstall (ballon en équilibre sur le nez), le headstall (sur la tête) ou le top-headstall (sur le haut de la tête). Pour apprendre quelques-uns des tricks incontournables, c’est ici. Gautier Fayolle raconte:

«J’ai démarré, bien sûr, par du foot classique. J’ai commencé à 6 ans et j’ai suivi la voie traditionnelle jusqu’à l’âge de 15 ans. J’ai toujours été fasciné par le côté artistique des gestes grâce à des champions comme Ronaldinho ou Zidane. Puis à 15 ans, je me suis blessé au genou et comme je ne pouvais plus courir, je me suis concentré sur les gestes et les jonglages. A partir de là, je n’ai plus arrêté avec toujours cette obsession de la perfection du geste. Le fait de créer un site Internet, appelé footstyle, m’a aidé à développer cette passion et à rencontrer plein d’autres personnes de cette communauté

Voilà quelques mois, l’une de ces rencontres a plus compté que les autres, celle avec Zinedine Zidane, avec qui il a participé au tournage d’une publicité diffusée au cours des derniers mois à la télévision.

«Zidane est un freestyler à sa manière car il a été capable d’inventer des gestes personnels, même s’il m’a dit que, selon lui, ce sont deux footballs différents en dépit de certains traits communs. Mais il est dans la lignée de Maradona qui a été l’un des tout premiers freestylers modernes en étant capable, à l’entraînement, de réaliser des figures du freestyle comme le headstall (ballon en équilibre sur la tête) ou les heel juggles (jongles du talon)

Depuis, les figures se sont immensément complexifiées à l’image de celle appelée l’araignée.

Le freestyle football, devenu très sérieux avec les années, organise donc désormais différents championnats du monde qui départagent les meilleurs essentiellement dans les disciplines du «battle» et du «show».

Le «battle» est un «un contre un» qui dure trois minutes devant un jury en fonction de différents critères comme la technicité, l’originalité, la musicalité ou le charisme. Les deux joueurs ne s’affrontent pas en face-à-face, mais se relaient par séquences de 30 secondes où ils exécutent leurs figures.

Le «show» est plus libre, avec moins de figures imposées par le jury et plus de libertés techniques et artistiques. A la différence du «battle», la créativité a beaucoup plus d’importance. Chacun peut créer son univers avec de la musique et des costumes. Aux championnats du monde de Kuala Lumpur, Gautier Fayolle avait notamment choisi le thème d’un savant fou, le ballon de foot étant, bien sûr, au cœur du numéro.

Un classement mondial de freestyle devait voir le jour en ce mois de décembre, précédant la création d’un circuit mondial en 2013 qui concernera les 16 meilleurs freestylers actuels, histoire d’officialiser encore plus ce sport ou cet art selon la façon dont on le considère.

«Les spécialistes, ceux qui connaissent les noms des gestes et savent les exécuter, doivent être entre 100 et 200 en France, évalue Gautier Fayolle qui gagne désormais sa vie grâce à cette passion. Si on a une vision plus large, en considérant qu’il y a beaucoup de footballeurs qui ne se savent pas freestylers alors qu’ils peuvent exécuter les figures de la discipline, cela doit tourner autour du millier. Mais le freestyle football n’est pas cadré par une fédération en France. C’est le paradoxe. Il y a une fédération internationale, basée à Londres, mais pas de fédération française, la Fédération Française de Football ne nous reconnaissant pas en tant qu’entité.»

Un manque d’intérêt que déplore la grande majorité des freestylers tricolores, même si un débat existe: la compétition, avec la diversité des circuits due aux marques, n’atténuerait-elle pas le côté «free» du freestyle? Internet, avec le déploiement des vidéos, reste néanmoins un champ immense de liberté pour ceux désireux d’évoluer en dehors du «système»...

Yannick Cochennec