Monde

Le retour de Berlusconi, un mauvais signal pour l'Europe

Jean-Marie Colombani, mis à jour le 10.12.2012 à 10 h 05

Si l’Italie devait de nouveau céder aux sirènes populistes berlusconiennes, l'Europe pourrait replonger dans la crise.

Silvio Berlusconi, le président du Milan AC, à San Siro lors d'un match contre la Juventus, le 25 novembre 2012. REUTERS/Alessandro Garofalo

Silvio Berlusconi, le président du Milan AC, à San Siro lors d'un match contre la Juventus, le 25 novembre 2012. REUTERS/Alessandro Garofalo

Il ne manquait plus que cela! Cela, c’est le retour annoncé sur la scène italienne de Silvio Berlusconi. La semaine avait pourtant bien commencé avec l’annonce d’un accord européen sur les banques espagnoles. La presse européenne n’en a pas fait ses gros titres et pourtant c’est une décision salvatrice qui, si l’on veut bien accepter de considérer l’absence de solidarité bancaire, est une des causes de la durée interminable de la crise en Europe.

Regardons en effet les Etats-Unis en les comparant avec l’Union européenne. On peut rapprocher la situation économique du Texas de celle de l’Allemagne et la situation de la Floride de celle de l’Espagne. Mais alors qu’aux Etats-Unis, la croissance est revenue, en Europe nous sommes toujours dans la crise.

La grande différence tient au fait que les différences territoriales aux Etats-Unis sont comme effacées, alors que les barrières nationales subsistent en Europe. Solidarité bancaire et union bancaire, laquelle est toujours en discussion à Bruxelles, sont donc deux impératifs. Encore faut-il qu’il n’y ait pas entre temps un nouvel accident de parcours.

C’est là qu’intervient l’annonce du retour de Berlusconi. S’il devait se confirmer, il serait évidemment de nature à replonger toute l’Europe dans la crise. Le Parti de la liberté (PdL) qu’a fondé, pour son service, Silvio Berlusconi vient en effet d’annoncer qu’il retirait son soutien au gouvernement de Mario Monti et ce afin de hâter le renouvellement du parlement prévu au printemps prochain.

Des mesures impopulaires dont Monti connaissait le prix

Le chef du gouvernement italien a aussitôt annoncé qu’une fois voté le budget, il quitterait sa charge, au risque évident de replonger l’Italie dans un désordre politique qui est désormais manifestement le seul objectif d’un Berlusconi devenu totalement irresponsable.

Chacun a pu le mesurer, le travail de Mario Monti a été considérable: il a non seulement redonné une figure digne au gouvernement italien, mais il a remis l’Italie dans le sens de la marche et au cœur du processus européen. Sans doute est-il impopulaire aujourd’hui mais, en acceptant sa fonction, il en connaissait le prix. Car la gauche et la droite lui ont délégué le soin de prendre des décisions indispensables et, par nature, impopulaires.

Sans doute aussi l’austérité pèse-t-elle sur les classes moyennes italiennes et sur la jeunesse qui a, comme dans beaucoup d’autres pays européens, beaucoup de mal à se frayer un chemin. Mais, en même temps, le commerce extérieur italien est redevenu positif et ce pays emprunte désormais à des taux plus raisonnables, ce qui permet d’alléger le poids de la dette.  

Les proclamations grotesques de Silvio Berlusconi ont eu aussitôt comme effet de faire remonter ces taux d’intérêt. C’est évidemment un signal d’alarme dont il faut espérer que les politiques italiens tiendront compte. A dire vrai, ce retour annoncé ne fait pas les affaires du PdL qui souhaiterait tourner la page.

L'importance des élections italiennes et allemandes

La gauche est aujourd’hui en situation, si les élections avaient lieu demain, de former une coalition avec le centre. Lequel centre, toutes tendances confondues, ne désespère pas de convaincre Mario Monti de continuer sans le soutien, cette fois, de la droite. Comme souvent en Italie, le rôle du président de la République Giorgio Napoletano est prépondérant.

Ce dernier a déjà mis tout son poids pour obtenir que les élections n’interviennent qu’au mois de mars et que, d’ici là, le gouvernement de Mario Monti soit assuré de pouvoir prendre les décisions qui sont encore nécessaires. Mais hélas il a échoué à le convaincre d’accepter de gérer cette période intermédiaire qui va nous séparer des élections.

En tous cas, il faudra suivre cette situation italienne de très près. Car, si l’Italie devait de nouveau céder à des sirènes populistes, c’est-à-dire berlusconiennes, de plus en plus anti-européennes, nous aurions alors le risque de voir ressurgir une crise que le trio Draghi/Monti/Hollande semblait en mesure de faire reculer.

A n’en pas douter, les élections italiennes seront aussi importantes pour notre avenir que les élections allemandes de septembre prochain.

Jean-Marie Colombani

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