France

«Le loup, le coq et le bouc», notre fable sur la lutte pour la présidence de l'UMP

Hervé Bentégeat, mis à jour le 10.12.2012 à 5 h 00

Le loup Sarkozy, le coq Copé, le bouc Fillon ou le cheval Juppé: récit de trois semaines de folie politique en forme de fable de La Fontaine.

Jean-François Copé et François Fillon, en septembre 2010. REUTERS/Régis Duvignau.

Jean-François Copé et François Fillon, en septembre 2010. REUTERS/Régis Duvignau.

La droite en ce temps-là faisait bien triste mine.

Le loup à terre, l’UMP restait orpheline.

Deux animaux surgirent pour ramasser le sceptre.

Le premier fut un coq, rêvant de tout son être

Au jour où il serait maître à bord avant Dieu.

Il décida alors de brûler tous ses feux:

Impatient, effronté, dressé sur ses ergots,

Prince de basse-cour tout plein de son ego,

Il battit le rappel de ceux qui, sans complexe,

Tout en s’en réclamant, voulaient enterrer l’ex.

Le second fut un bouc. Il avait avalé,

Pendant de longues années, le mépris affiché

Du souverain déchu. «C’est mon heure, se dit-il.

J’ai pris de nombreux coups, et pas ce volatile.

Quand on a comme moi une telle souplesse d’échine,

On sait ce qu’il faut faire pour tenir la machine!»

Et voici nos compères partis pour en découdre,

Donnant à l’ennemi beaucoup de grain à moudre…

 

Entre deux conférences aux quatre coins du monde,

Entre deux roucoulades en sa tanière féconde,

Le loup, qui ruminait, se lécha les babines.

Activant sans relâche toutes ses officines,

Grondant: «Vous voyez bien, sans moi c’est le chaos!».

Il se voyait déjà revenir le front haut.

Quoi de mieux pour ce faire que d’attiser la haine

Entre les prétendants lorgnant son bas de laine?

«Tue donc le bouc!», dit-il au coq rempli d’ardeur.

«Tue donc le coq!», dit-il au bouc soudain songeur.

 

Au soir du vote, chacun se déclara vainqueur.

«C’est moi qui ai gagné!», proclamèrent-ils en chœur.

Mais, de tous les côtés, les comptes étaient truqués,

Si bien qu’on ne savait lequel devait régner.

Le coq fut adoubé, à la fureur du bouc.

«C’est inouï, grogna-t-il dans sa barbe, c’est le souk!».

Sauf que le lendemain, le petit singe Coco

En charge du décompte, s’aperçut, le ballot,

Qu’il avait oublié les zébus, les faisans,

Et toute la ménagerie des Iles du Ponant.

«C’est assez, dit le bouc, le coq doit se démettre!».

Mais celui-ci lui dit d’aller se faire mettre.

 

Un sage fut nommé, vieux cheval de retour

Retiré malgré lui dans sa lointaine tour.

On le sollicita pour remettre un peu d’ordre.

Rongeant son frein, n’ayant plus rien à mordre,

Il se prit à rêver: et si c’était son tour? 

Mais l’intraitable coq, se méfiant du vautour,

Le renvoya vite fait au fond de l’écurie.

On en resta donc là, et le combat reprit.

 

Tout à son amertume, faisant monter la fièvre,

Le bouc rallia à lui quelque soixante-dix chèvres.

Cette fois-ci c’était grave: l’UMP menaçait

D’imploser pour de bon. La guerre commençait.

Les animaux de droite se mirent à grogner,

Les clans à se former, les dagues à s’aiguiser.

Les télés s’arrachaient les hyènes et les vipères,

Celles dont on savait qu’elles vendraient père et mère

Pour des postes en vue ou des mandats juteux,

Et qu’elles allaient jeter de l’huile sur le feu.

Un pingouin dissident déclara, bon enfant,

Qu’il accueillait chez lui les membres mécontents…

Le bon peuple exultait: enfin du bon spectacle!

C’était encore plus drôle que du foot les tacles.

 

Tapis en embuscade, une blonde cigogne

Et un petit cochon attendaient sans vergogne

De ramasser la mise. «La lutte est engagée,

Le combat est mortel, laissons-les s’étriper…» 

Le loup de son côté jouait les bons apôtres:

«Allons mes bons amis, quelle erreur est la vôtre!

Quelle image donnez-vous de notre beau parti?

Ne pouvez-vous vraiment redevenir amis?»

Tout en soufflant au coq: «Tenez bon, et sans peur!»

Tandis qu’au bouc il dit: «Dégommez l’imposteur!»

 

Du haut de l’Elysée, Hamster le Débonnaire

Observait ce manège avec un drôle d’air.

Au plus bas des sondages, l’occasion était belle:

Comment mettre à profit de la droite ce bordel?

«Taxez le capital à plus de cent pour cent!»

Conseilla un faucon excité par le sang.

Mais le roi, passé maître dans l’art de ne rien dire,

Décida de partir en voyage au Cachemire.

«Quels guignols, quelle honte, quel manque de noblesse!»

Décréta le babouin dirigeant le PS,

Oubliant qu’il y a peu, en son propre parti,

Une belette et une vache, transformées en harpies,

Avaient donné à gauche la même comédie.

 

Il fallait cependant arrêter la chienlit.

«Revotez», dit le loup, dépêchant un furet,

Serviteur dévoué, fidèle chien d’arrêt,

A la belle cigogne et au petit goret,

Pour leur faire dire en douce d’enfin se tenir prêts.

«Que reviennent les chèvres! revendiqua le coq,

Et nous discuterons: autrement, on se moque!»

Le bouc, moins virulent que le gallinacé,

Qui tomba de scooter, qui en avait assez,

Ne dit ni oui ni non, exigeant simplement

Qu’on y procède en hâte, c’est-à-dire sur le champ.

«Que nenni, dit le coq. Dans deux ans, je vous jure,

Sur le pré nous irons.» «Ah, l’odieux, ah, l’enflure!»

Pesta le bouc, sachant que ce genre de promesse

N’a pas plus de valeur qu’un mauvais vin de messe.

Les chèvres aussitôt l’entourèrent amoureuses,

En bêlant qu’on pendrait le coq et toutes ses gueuses.

 

Le loup sortit les crocs: «Si mardi, mes petits,

Rien n’est toujours réglé, je vous excommunie!»

Du coup les deux rivaux, de l’auguste animal

Redoutant la colère, relancèrent le bal.

Consigne fut donnée de ranger les couteaux,

D’ignorer les télés, et d’y aller mollo.

Ils se virent en secret, s’injurièrent en silence,

Tout en, pour la galerie, faisant trois pas de danse.

Le mardi se passa. Le mercredi aussi.

Le loup, étonnamment, ne donna signe de vie.

Le coq entreprit de parcourir la France,

Plaidant sans fin sa cause d’une tranquille impudence.

Le bouc, mystérieusement, disparut des radars.

Une pie déclara qu’il avait l’air hagard...

 

Il y a fort à parier qu’on va vers une rupture,

Même si dans ces affaires le pire n’est jamais sûr.

La droite aime les chefs, sans vouloir les choisir.

Elle se donne aux hussards qui forcent ses désirs.

C’est pourquoi mes amis, si les deux sont hors-jeu,

Si le coq et le bouc se tuent à petit feu,

Je parierais plutôt sur un vrai carnivore

Que sur une antilope, une poule ou un castor…

Hervé Bentégeat

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