PS-UMP, un jeu perdants-perdants

François Hollande reçoit les représentants de l'UMP, le 27 novembre 2012 (Elysée).

François Hollande reçoit les représentants de l'UMP, le 27 novembre 2012 (Elysée).

Affaire de Florange, priorité contestée accordée à la compétitivité, accusations contre Jérôme Cahuzac et interminable psychodrame à l'UMP: le climat politique de ce début d'hiver fait froid dans le dos.

En ce début d’hiver frisquet, le climat politique fait froid dans le dos. Les principaux partis de gouvernement rivalisent d’attitudes qui accentuent leur discrédit. Le jeu de massacres est tel que le malheur des uns ne fait plus du tout le bonheur des autres.

Pour couronner le tout, chaque camp est miné par des graves divisions internes, qu’elles portent sur les orientations de fond ou sur des querelles de personnes. Bref, le PS et l’UMP sont aujourd’hui engagés dans un triste jeu à somme résolument négative.

Florange ou l’impuissance cacophonique

L’affaire de Florange a tout pour achever de convaincre les Français de l’inefficacité de l’intervention du politique. Il est cruel de réentendre aujourd’hui les propos tenus par François Hollande, le 24 mars, sur le site mosellan. Le candidat socialiste affirmait alors vouloir «que les hauts fourneaux puisse rouvrir» et menaçait le groupe Mittal, «qui n’est d’ailleurs animé que par des intérêts financiers».

C’est avec ce même groupe que son gouvernement vient pourtant de passer accord. Non seulement celui-ci ne satisfait pas les principaux intéressés —qui ont «le sentiment d’avoir été trahis», selon l’expression du délégué syndical CFDT du site Arcelor-Mittal de Florange, Edouard Martin—, mais il n’est pas assumé clairement par le pouvoir socialiste.

Arnaud Montebourg, ministre du Redressement productif, qui était partisan d’une solution alternative et brandissait la menace d’une «nationalisation temporaire», ne décolère pas et ne cache pas son désaccord avec la solution retenue. Désavoué brutalement par Jean-Marc Ayrault, il a néanmoins choisi de rester au gouvernement, au risque d’abîmer une image déjà écornée par son ralliement à Hollande lors des primaires. Comme s’il était plus encore attaché à sa carrière qu’à ses idées.

Le Premier ministre n’est guère plus gagnant dans cette affaire: il a imposé sa solution sans convaincre plusieurs membres de son propre gouvernement. Au lendemain de l’accord, Aurélie Filippetti, ministre de la Culture mais aussi élue de Lorraine, n’a pas hésité à déclarer qu’il n’y a «pas de confiance dans Mittal» et que «la parole de cet industriel ne vaut rien». «Mittal n'a jamais tenu des promesses dans le passé», a également affirmé la ministre de l’Ecologie Delphine Batho, qui a tenu à saluer «le rôle particulièrement utile et décisif» joué par Montebourg dans cette affaire.

Ayrault est encore affaibli par l’attitude savamment ambiguë du président de la République. Après l’avoir laissé désavouer Montebourg sur le fond, Hollande a contraint son Premier ministre à lui rendre un curieux hommage alors même que son ministre avait eu le culot de d’estimer que le chef du gouvernement pouvait «faire preuve d'encore plus de fermeté pour obtenir davantage d'Arcelor-Mittal»!

En retenant par la manche Montebourg au gouvernement, le chef de l’Etat a pris son parti de la confusion. Cela ne rehausse pas son prestige.

La compétitivité sans conviction

A l’heure où le chômage explose, la ligne de «compétitivité» choisie par le gouvernement convainc par ailleurs très mollement les socialistes. Les députés PS ont voté largement à contrecœur un dispositif CICE (crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi) qu’ils n’ont guère réussi à amender. S’ils l’ont élargi au secteur associatif, ils ont dû abandonner l’ambition d’obliger les entreprises à des contreparties en l’échange de cette coûteuse aide.

Ici, c’est le PS qui trahit sa faiblesse. Harlem Désir avait annoncé, début novembre, que le parti s’emploierait à «améliorer le pacte de compétitivité» pour le situer dans une logique de «donnant-donnant». Au moment décisif, le premier secrétaire du PS, tétanisé par les consignes d’en haut, a toutefois refusé que le parti relaie des amendements préparés par ses propres députés.

Cette sage obéissance ne vaut pourtant pas sentiments profonds. Au sein même du bureau national du PS, personne ne se risque à défendre avec enthousiasme une ligne de compétitivité aux résultats perçus comme très aléatoires.

Si l’on ajoute au tableau la récente mise en cause de l’honnêteté de Jérôme Cahuzac, on conçoit que la situation n’est pas rose pour la gauche. Le ministre du Budget occupe une place décisive dans le dispositif gouvernemental.

Adepte résolu d’une orientation dite social-libérale (dont la composante sociale n’est pas toujours très perceptible), Cahuzac exprime depuis la campagne présidentielle une orientation qui a le mérite de la continuité. Son affaiblissement ne serait pas sans conséquences.

Les mauvais perdants de l’UMP

Neutralisée par ses déchirements internes, l’UMP n’est pourtant pas en mesure de tirer profit de ces graves difficultés de la gauche. Là encore, on ne discerne à l’horizon que des perdants.

Le bras de fer sans fin entre Jean-François Copé et François Fillon nuit aux deux protagonistes. Le «président proclamé» a aggravé sa réputation d’homme de pouvoir sans scrupules tandis que l’ancien Premier ministre peut être vu comme un mauvais perdant chicaneur. C’est sans doute pourquoi l’un et l’autre ont repris directement langue afin de tenter de trouver le chemin d’un compromis.

Nicolas Sarkozy, que l’on a un temps pu considérer comme le bénéficiaire de cet interminable feuilleton, finit lui aussi par être atteint. Son activisme téléphonique et ses ultimatums officieux n’auront pas réussi à débloquer la situation.

L’ancien président a administré, malgré lui, la preuve que l’UMP lui échappait désormais. Ses chances de retour sur le devant de la scène ne peuvent qu’en être amoindries.

Fin d’un monde et années 30

Les ennuis mêlés du PS et de l’UMP profitent théoriquement aux partis que l’on a coutume de qualifier d’extrêmes, mais à qui on peut concéder le mérite d’une certaine cohérence à défaut de réalisme. Le Front national et le Front de gauche ont quelques bons arguments à faire valoir à l’opinion dans le contexte présent. Pour autant, là aussi, aucun phénomène de vases communicants n’est automatique.

Le FN demeure un parti trop fragile pour tirer pleinement profit des contradictions qui travaillent l’UMP. Il a toujours plus de facilité à remporter des succès électoraux ponctuels qu’à bâtir une puissante formation politique porteuse d’alternance. Malgré la crise qu’ils endurent, assez peu de militants de l’UMP rejoignent le parti de Marine Le Pen.

Quant au Front de gauche, sa capacité revendiquée par Jean-Luc Mélenchon à être la matrice d’une nouvelle majorité de gauche reste pour le moins à prouver.

C’est pourquoi le risque majeur est que ce climat délétère génère surtout un trouble mélange d’écœurement, de résignation mais aussi de révoltes sporadiques. La France est un pays trop politisé pour que l’impuissance croisée de la droite et de la gauche ne soit pas potentiellement explosive.

Laurence Parisot, la présidente du Medef, n’a pas tort de mettre en garde contre le danger de «se retrouver dans des conditions similaires à celles des années 30». Et Mélenchon est peut-être aussi fondé à reprocher à Hollande, «incapable de penser un autre monde», d’être «aussi aveugle que Louis XVI».

Eric Dupin