Le déclin du sperme français: pourquoi les hommes n'arrivent-ils pas à faire du bon sperme?

Sélection de spermatozoïdes.  Bobjgalindo/Wikimedia Commons.

Sélection de spermatozoïdes. Bobjgalindo/Wikimedia Commons.

Parce que la spermogénèse est un processus compliqué.

Le nombre de millions de spermatozoïdes par millilitre a chuté de 32% chez les hommes français entre 1989 et 2005, et le nombre de spermatozoïdes de forme normale a chuté également de 33% sur la même période. Le fait qu’une proportion des spermatozoïdes soit d’une forme anormale est un phénomène assez courant dans le vivant : chez beaucoup d’hommes, seuls 10 à 15% des spermatozoïdes sont de la bonne forme.

Pourquoi les hommes n’arrivent-ils pas à produire des spermatozoïdes morphologiquement normaux? Parce que ces cellules sexuelles sont sacrifiables. Les hommes en produisent des millions tous les jours, et chaque éjaculat en contient environ 300 millions. La pression de l’évolution n’a pas corrigé cette relative inefficacité. La sélection artificielle, en revanche, montre que l’on peut parvenir à de meilleurs taux. Chez les taureaux, ceux qui sont sélectionnés pour leur capacité à générer du sperme viable, entre 70 et 75% des spermatozoïdes ont une morphologie normale. Les étalons en ont un taux un peu moindre, mais ils surpassent tout de même les hommes.

Des différences génétiques expliquent une partie des variations dans la qualité des cellules sexuelles mâles. Parmi les mutations génétiques à l’origine de l’infertilité chez les souris, 75% seulement affectent l’espèce humaine. Les chercheurs supposent que plus de gènes sont impliqués dans la fabrication des spermatozoïdes (spermatogénèse) que dans celle des ovocytes (ovogénèse). Ils pensent aussi que la production des cellules sexuelles femelles rencontre plus d’obstacles génétiques.   Cela semble logique du point de vue de l’évolution: les femmes produisent seulement entre 400 et 500 ovocytes dans leur vie. Il est donc de la plus haute importance que chacun d’entre eux présente toutes les garanties de viabilité.

La spermatogénèse est aussi un procédé long et complexe, comportant beaucoup de risques d’erreurs. Quand on endommage une cellule de peau, par exemple, les cellules de peau voisines se divisent pour remplacer le tissu détruit. Le procédé prend quelques heures, deux jours tout au plus. A contrario, les spermatozoïdes sont issus de plusieurs générations de cellules-souches. Ce processus met en branle une longue série de changements dans leurs cellules-filles; changements qui incluent entre autre le remplacement de tout le cytoplasme et la construction d’un flagelle. C’est ainsi qu’il faut soixante jour pour parvenir à faire un spermatozoïde.

Brian Palmer

Traduit par Cécile Dehesdin

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