A qui profitera «l'Internet des objets»?

Votre télévision, votre appareil photo, votre frigo et même votre brosse à dents. D'ici quelques années, la plupart de vos objets seront connectés d'une manière ou d'une autre à Internet. Et ils deviendront une source infinie de données sur vous, votre famille et vos habitudes. Une source à laquelle les marketeurs et les publicitaires s'empresseront de venir s'abreuver.

Un prototype de réfrigérateur connecté présenté au CES de Las Vegas en 2012.  REUTERS/Steve Marcus

- Un prototype de réfrigérateur connecté présenté au CES de Las Vegas en 2012. REUTERS/Steve Marcus -

Nous sommes à l'aube d'une nouvelle révolution technologique majeure: l'Internet des objets. «La première vraie révolution technologique du XXIe siècle» selon Jean-Luc Baylat, président d'Alcatel-Lucent Bell Labs France.

En 2020, 50 milliards d'objets seront connectés à Internet. Aujourd’hui déjà, certains réfrigérateurs ont accès au web et proposent toute une gamme de services connectés. Beko, une marque américaine, va par exemple commercialiser un réfrigérateur qui se connecte à Internet en wifi. Grâce à un écran tactile, son utilisateur pourra faire ses courses en ligne. Mais le réfrigérateur enregistrera également ce qu'il contient et proposera une application de gestion des stocks. C'est-à-dire une application qui connaîtra précisément le nombre de vos yaourts. Et qui aura donc la possibilité de communiquer cette donnée, par exemple à un vendeur de yaourts.

Imaginez la joie de ce vendeur: il pourra bientôt savoir à quel moment précis vous aurez besoin de ses produits. Il pourra donc vous envoyer une publicité, qui vous permettra, en un clic, d'acheter ses yaourts en ligne, au moment où vous en avez besoin. Avant Internet, ce vendeur devait produire une publicité adaptée au segment de la population visée par son produit. Par exemple pour les yaourts, la ménagère de moins de 50 ans.

Depuis Internet, ce vendeur sait quels yaourts vous aimez, grâce notamment à l'historique de vos achats sur son site. Avec l'Internet des objets, le moment où vous avez besoin de remplir le frigo. Vous avez déjà dit à Facebook qui sont vos amis, à Google quels sont vos centres d'intérêts, à Foursquare l'endroit où vous vous trouvez. Vous permettrez bientôt à Amazon de connaître le contenu exact de votre réfrigérateur.

Un capteur sur chaque objet de la maison

Et les objets connectés se multiplient déjà. Le projet GreenGoose par exemple propose de poser des capteurs sur vos objets et d'envoyer les données ainsi collectées à des applications sur votre smartphone ou sur votre ordinateur. 

En munissant les brosses à dents de vos enfants de ces capteurs, ils pourront les utiliser comme de manettes pour jouer sur votre iPhone. Mais si vous posez les capteurs sur la laisse de votre chien, une application permettra de savoir s'il a été nourri, promené, soigné, etc. A chaque objet, son capteur. Aujourd’hui GreenGoose n'en propose que deux, mais une centaine d'autres est en phase d'expérimentation.

Glowcaps est déjà plus abouti. C'est une boîte de médicament intelligente, principalement destinée aux personnes âgées. Elle sonne quand il est l'heure de prendre les pilules et appelle même son propriétaire au téléphone si besoin. Quand elle est presque vide, elle contacte d'elle-même la pharmacie pour être rechargée. Et régulièrement elle rend son rapport à un médecin.

Vitality GlowCaps from Vitality on Vimeo.

Alors bien sûr, les données récoltées par ces objets ne seront pas utilisables à loisir et par n'importe qui. C'est la grande différence avec les données que vous fournissez à Facebook ou à Google. Ces sites vous fournissent un service gratuit, ou plutôt que vous percevez comme gratuit. Or selon l'adage bien connu, «si c'est gratuit, c'est vous le produit». En fait vous payez Facebook en données et ensuite le site les monnaye.

Mais lorsque vous achèterez des objets connectés, vous serez propriétaires des données qu'ils produiront. Et vous déciderez donc de qui pourra les utiliser. Ce que vous faites déjà avec certaines applications qui ont accès par exemple au service de géolocalisation de votre tablette ou de votre smartphone.

Mais on connaît l'histoire pour la vivre régulièrement depuis quelques années. Une application «super pratique» apparaît. Elle vous permet par exemple d'éviter de faire vos courses en commandant elle-même ce dont vous avez besoin. Vous la téléchargez gratuitement sur votre frigo: une installation rapide, un texte  long comme le bras qui présente les conditions d'utilisation et un clic automatique sur «j'accepte». Et voilà, ceux qui ont conçu l'application ont accès au contenu de votre frigo, sans que vous en ayez vraiment eu conscience.

Le paradis des marketeurs

Ce scénario reste pour l'instant de la fiction car l'Internet des objets est aujourd'hui au stade embryonnaire. Mais une fois advenu, ce nouvel âge deviendra le «paradis des marketeurs» selon Rafi Haladjian, un des pionniers français des objets connectés. Mais la diffusion de toutes ces données personnelles sur Internet n’inquiète pas outre-mesure  le co-créateur du Nabaztag –le lapin qui communique grâce au wifi. En fait, Rafi Haladjian est persuadé que ces nouvelles données sont moins fondamentales que celles qu'on livre déjà à Facebook ou à Google.

Et puis ce nouveau lien entre les sociétés et leurs clients pourra s'avérer très utile. Fini le spam massif de publicités, les entreprises pourront s'adresser aux consommateurs de manière personnalisée. Ou même proposer des prix adaptés à chacun. Rafi Haladjian prend ainsi l'exemple de capteurs que l'on posera dans nos voitures. Les données recueillies sur notre conduite pourront être envoyées à notre compagnie d'assurance. Celle-ci pourra alors adapter précisément ses tarifs sur notre manière de conduire. Fini le «one-size-fits-all»,  ceux qui conduisent de manière prudente paieront moins que les autres.

Gérer ses données

Mais si de plus en plus de données personnelles sont diffusées sur Internet, il va devenir crucial pour les internautes de savoir gérer correctement cette diffusion. La mini-crise déclenchée récemment par le «bug de Facebook» a démontré que les utilisateurs connaissent mal la politique des réseaux sociaux. Mais elle a également montré à quel point ils sont devenus plus prudents qu'il y a quelques années sur la diffusion publique de leurs informations personnelles

Pour éviter de devenir une cible trop visible pour les marketeurs, les internautes devront donc apprendre à maîtriser la diffusion de leurs données. Ils pourront alors profiter sereinement des progrès technologiques que ne manqueront pas  d'apporter les objets connectés.

Benjamin Billot

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L'AUTEUR
Benjamin Billot est journaliste. Ses articles
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Publié le 10/12/2012
Mis à jour le 10/12/2012 à 12h21
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