Les infos que vous avez manquées en 2012: Abu Moussa, la dispute insulaire dont vous n'avez pas entendu parler [10/10]

Mahmoud Ahmadinejad, en janvier 2012 à Téhéran. REUTERS/Morteza Nikoubazl

Mahmoud Ahmadinejad, en janvier 2012 à Téhéran. REUTERS/Morteza Nikoubazl

Elle oppose l'Iran aux Emirats arabes unis.

A l'occasion de la fin d'année, nous revenons sur dix tendances et événements qui ont été négligés cette année, mais qui pourraient bien faire les gros titres en 2013.

10.Cette année, les yeux du monde se sont tournés vers le conflit sino-japonais, portant sur une ribambelle de cailloux non habités en Mer de Chine orientale. Mais à des milliers de kilomètres plus à l'Ouest, c'est une autre dispute insulaire qui fait rage.

Dans le Golfe persique, l'Iran et les Emirats arabes unis (EAU) réclament tous deux la souveraineté de l’île d'Abu Moussa, qui héberge environ 2.000 personnes, et de deux autres îles inhabitées voisines.

La dispute remonte à 1971, quand l'île était sous le contrôle de l'émirat de Charjah. Le Chah d'Iran, profitant du vide laissé après le départ des Britanniques, envoya un bataillon prendre possession d'Abu Moussa et de ses petites voisines. Finalement, un accord fut  trouvé entre Charjah, qui fait désormais partie des EAU, pour qu'il conserve la souveraineté de l'île tout en permettant à l'Iran d'y baser des troupes.

Mais aujourd'hui, les EAU prétendent au l'Iran a enfreint cet accord en accroissant sa présence militaire dans l'île et en y construisant des infrastructures, dont un aéroport.

Ce conflit territorial n'a rien de symbolique. Les îles sont situées près de l'énorme gisement pétrolifère de Mubarek, et chevauchent l'entrée stratégique du Détroit d'Ormuz, par lequel transitent 20% des ressources pétrolières mondiales. 

L'ancienne dispute a été ravivée en avril, quand le président iranien, Mahmoud Ahmadinejad, a provoqué son monde en choisissant de visiter Abu Moussa pour célébrer la «journée nationale du Golfe persique». Une fois sur l'île,  Ahmadinejad a affirmé être en possession de documents historiques prouvant que «le Golfe persique est perse».

Le gouvernement émirati a rapidement réagi en rappelant son ambassadeur de Téhéran, en sommant l'ambassadeur iranien d'Abou Dabi de rédiger une lettre officielle de protestation, et en enregistrant une plainte auprès des Nations Unies. Les EAU se sont aussi tournés vers la Cour internationale de justice pour un arbitrage.

Ce conflit arrive au beau milieu d'un temps de tensions ravivées entre l'Iran et ses voisins du Golfe. Avec un œil sur l'Iran, les EAU sont désormais neuvièmes sur la liste des pays acheteurs d'armes, avec une addition de 3,5 milliards de dollars laissée aux Etats-Unis en 2011.

Pour le gouvernement iranien, exciter un sentiment nationaliste sur ces îles offre une diversion commode face aux turpitudes économiques. Et comme en Mer de Chine orientale, les îles ont beau être minuscules, les enjeux ne pourraient pas être plus gigantesques.  

Joshua E. Keating

Traduit par Peggy Sastre