Les infos que vous avez manquées en 2012: Du pétrole au Congo... [9/10]

Un gorille dans le parc des Virunga.  REUTERS/James Akena

Un gorille dans le parc des Virunga. REUTERS/James Akena

Comment les choses pourraient-elles mal tourner?

A l'occasion de la fin d'année, nous revenons sur dix tendances et événements qui ont été négligés cette année, mais qui pourraient bien faire les gros titres en 2013.

9.Ces dernières années, plusieurs campagnes internationales ont souligné le rôle joué par la «guerre des minerais», à l'instar du coltan utilisé dans de nombreux appareils électroniques, dans la violence endémique qui touche la République démocratique du Congo et ses voisins. Mais un conflit encore plus meurtrier est peut-être à prévoir maintenant que le Congo semble assis sur un effroyable tas de pétrole.   

A combien s'élèvent ces réserves? Les gisements pétroliers de la région pourraient contenir plus de 6 milliards de barils –la découverte pétrolière la plus importante depuis des décennies, ce qui représenterait, au cours actuel, environ 28 fois le PIB total du Congo.

Cette année, la compagnie pétrolière britannique Soco s'est vue accorder par le gouvernement congolais le droit de prospecter dans le parc national des Virunga, près de la frontière ougandaise. Si l'étendue du gisement est confirmée, selon son ministre des hydrocarbures, le Congo pourrait modifier sa législation pour autoriser le forage dans les Virunga, même s'il s'agit du plus vieux parc national d'Afrique et qu'il abrite les rares gorilles des montagnes.

 

Cliquez pour voir la carte en plus grand

En dehors de ses conséquences environnementales, le pétrole pourrait créer une poudrière géopolitique. Le gisement pétrolier supposé chevauche les 37.000 km² de la province du Nord-Kivu, une région où s'affrontent depuis longtemps le gouvernement congolais et des groupes rebelles tutsis. Le conflit a déjà fait des centaines de milliers de réfugiés, et de nouvelles flambées de violence ont été répertoriées cette année.

Pour rendre les choses encore plus compliquées, une dispute frontalière oppose toujours le Congo et l'Ouganda, même si elle s'était provisoirement soldée par un conflit armé entre les deux pays en 2007 (l’Ouganda entend aussi devenir une zone pétrolifère, en ayant récemment revu à la hausse ses réserves estimées, qui dépassent aujourd'hui les 3,5 milliards de barils). De l'autre côté du Congo, le pays doit encore résoudre un conflit avec l'Angola portant sur des gisements gaziers  au large de ses côtes occidentales.

Aujourd'hui, il n'y a qu'une seule compagnie qui exploite le pétrole au Congo, mais l'hydrocarbure est déjà la principale source de revenus de Kinshasa, et comme l'a fait remarquer cette année l'ICG, la corruption et le gâchis symbolisent depuis longtemps le secteur pétrolier congolais.

L'ONG craint que toute nouvelle découverte «redéfinisse la géopolitique du pays» en encourageant des groupes sécessionnistes et en ravivant des conflits frontaliers. Dans une région aussi instable, maudite depuis longtemps par ses généreuses ressources, de nouveaux gisements d'or noir ne vont certainement pas améliorer la situation.

Joshua E. Keating

Traduit par Peggy Sastre

A LIRE AUSSI