Les infos que vous avez manquées en 2012: Moscou, en Méditerranée [8/10]

Des personnes regardent passer le vaisseau russe soupçonné de transporter des armes vers la Syrie, le 11 janvier 2012 dans le port de Limassol. REUTERS/Andreas Manolis

Des personnes regardent passer le vaisseau russe soupçonné de transporter des armes vers la Syrie, le 11 janvier 2012 dans le port de Limassol. REUTERS/Andreas Manolis

Chypre est dans l'Union européenne, mais c'est vers la Russie qu'elle se tourne régulièrement, notamment pour trouver de l'argent.

A l'occasion de la fin d'année, nous revenons sur dix tendances et événements qui ont été négligés cette année, mais qui pourraient bien faire les gros titres en 2013.

8. Chypre est un petit pays qui, comme tant d'autres au sud de l'Europe, a eu besoin d'être renfloué pour garder le cap pendant la crise de l'eurozone. Mais le plus souvent, c'est vers Moscou et non Bruxelles qu'il s'est tourné pour trouver des liquidités, soulevant des interrogations inquiètes sur ce dernier arrivé dans l'Union européenne, visiblement plus orienté à l'Est qu'à l'Ouest. En 2011, la Russie a accordé un prêt de 3,1 milliards de dollars à Chypre et, au moment où j'écris ces lignes, Moscou envisage de débourser 6,2 milliards supplémentaires, soit plus du tiers de toute l'économie chypriote.

En 2004, l'adhésion de Chypre à l'Union européenne a fait débat, à cause à la fois du conflit avec le nord de l'île, sous domination turque, et de son statut de repaire opaque pour les investissements russes.

Et de fait, ces dernières années ont vu se resserrer les liens entre les deux pays orthodoxes. Une partie de cette attirance est simplement pragmatique: Moscou impose moins de conditions sur ses prêts que les Européens, qui n'ont que l'austérité à la bouche. Mais le président chypriote, Dimitris Christofias, ayant fait ses études en Russie et actuellement seul leader communiste d'Union européenne, est aussi un fervent soutien de Moscou dans sa politique étrangère, et critique régulièrement l'Otan (et la controverse n'a pas cessé de se renforcer ces derniers mois, quand Chypre a accédé à la présidence tournante de l'Union, en juin).

Les hommes d'affaire russes ont fait de lourds investissements dans l'île, et la ville touristique de Limassol, au sud, accueille désormais tellement de ressortissants russes que ses habitants ont pris l'habitude de l'appeler «Limassolgrad».

La situation relève aussi du casse-tête sécuritaire pour l'UE. Le soutien russe permet de renforcer la position du gouvernement opposé à la Turquie sur le statut de la moitié nord de l'île. Et d'un autre côté, la Russie voit dans Chypre un atout précieux pour conserver son influence dans le Moyen-Orient. En janvier, un vaisseau russe, transportant apparemment des armes destinées au régime chancelant de Bachar el-Assad, a fait escale à Chypre.

Pour les deux parties, l'arrangement est gagnant-gagnant, et en ayant besoin de 6 milliards d'euros pour combler son budget d'ici 2015, Chypre acceptera l'aide d'où qu'elle vienne. Mais le retour de bâton pourra être cruel si l'Europe revient sur sa décision d'accepter Chypre au sein de son club. Après l'échec d'une première série de négociations visant à résoudre le conflit avec la Turquie, la chancelière allemande Angela Merkel n'aurait pas pu dire plus clairement les choses en déclarant que Chypre était un «pays problématique» qui n'aurait pas dû devenir membre de l'Union européenne.

Joshua E. Keating

Traduit par Peggy Sastre