Les infos que vous avez manquées en 2012: Le Brésil devient une terre d'immigration [2/10]

Des Haïtiens, candidats à l'immigration au Brésil, regardent un match de foot au Pérou, février 2012. REUTERS/Mariana Bazo

Des Haïtiens, candidats à l'immigration au Brésil, regardent un match de foot au Pérou, février 2012. REUTERS/Mariana Bazo

Pour la première fois depuis des décennies, le Brésil est passé de l'état d'exportateur à celui d'importateur de personnes.

A l'occasion de la fin d'année, nous revenons sur dix tendances et événements qui ont été négligés cette année, mais qui pourraient bien faire les gros titres en 2013.

2. Dans une mutation extraordinaire qui remue toute la politique du pays, le Brésil est passé –pour la première fois depuis des décennies–, de l'état d'exportateur à celui d'importateur de personnes. Cette évolution, confirmée par de récentes statistiques officielles, répond à de nombreux facteurs liés à l'incroyable croissance économique nationale de ces dernières années: les Sud-Américains et les Asiatiques débarquent en grappes entières dans la sixième économie mondiale, les expatriés brésiliens, partis pour des pays comme les Etats-Unis, retournent chez eux pour profiter d'emplois plus abondants, et le ralentissement économique de l'Europe a vu toute une vague de Portugais s'envoler vers l'ancienne colonie pour y trouver du travail (entre janvier 2010 et juin 2011 seulement, plus de 50.000 visas leur ont été délivrés).

Mais ce revirement s'est mu en controverse politique, portant sur qui doit être autorisé à entrer dans le pays. Les chiffres en disent long: début 2012, il y avait environ 2 millions d'étrangers vivant légalement au Brésil, et on estimait à 600.000 le nombre de clandestins.

L'intérêt que portent les étrangers au Brésil est une manne économique pour le pays –qui manquerait de 200 à 400.000 travailleurs qualifiés, dans des secteurs comme celui du pétrole, des exploitations minières et de la technologie– mais il s'agit aussi d'un challenge politique.

Le Brésil est toujours sous le coup de sévères restrictions à l'immigration mises en place par l'ancien gouvernement militaire en 1980, et la nécessité d'une réforme a beau être évidente, les débats font rage pour déterminer la forme qu'elle doit prendre.

Un rival des Etats-Unis

Le Portugal est toujours, et de loin, la première source d'immigrés au Brésil, suivi par la Bolivie voisine. Et la population chinoise connaît elle aussi une forte croissance. Mais le gouvernement brésilien de centre gauche étudie des réformes destinées à augmenter par dix le nombre actuel de travailleurs qualifiés.

Le taux de chômage a beau être en dessous des 6%, le désir d'augmenter la main d’œuvre non qualifiée se fait peu sentir dans la population brésilienne (un sociologue a comparé l'accent mis par le gouvernement brésilien sur les immigrés qualifiés venus d'Europe à une volonté de «blanchir» le pays après l'abolition de l'esclavage, à la fin du XIXe siècle).

Le Brésil doit aussi faire face à un problème d'immigration illégale grandissant. En janvier, après l'arrivée de 4.000 Haïtiens sans papiers qui avaient traversé toute l'Amérique du Sud pour débarquer en Amazonie, le gouvernement a décidé de limiter à seulement 100 par mois les visas de travail accordés aux Haïtiens. Mais cela n'a pas visiblement stoppé l'afflux de migrants haïtiens, passés par une frontière bolivienne peu protégée, et à qui l'Acre, l'Etat brésilien du nord, dispense aujourd'hui de l'aide humanitaire.

Grâce à sa croissance économique, le Brésil peut rivaliser avec la position des Etats-Unis en matière d'influence sur l'hémisphère occidental, mais le pays en a aussi hérité l'un des dilemmes politiques les plus épineux du Nord. 

Joshua E. Keating

Traduit par Peggy Sastre

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