Les infos que vous avez manquées en 2012: L'Inde et le Pakistan parlent boutique [1/10]

Dans une rue de Bombay, 2011. REUTERS/Danish Siddiqui

Dans une rue de Bombay, 2011. REUTERS/Danish Siddiqui

Les deux pays sont enfermés dans un conflit total. Pourtant, les deux voisins ennemis ont fini par s'accorder sur quelques points fondamentaux et qui n'ont rien à voir avec la question des frontières, du terrorisme ou même des armes nucléaires.

A l'occasion de la fin d'année, nous revenons sur dix tendances et événements qui ont été négligés cette année, mais qui pourraient bien faire les gros titres en 2013.

1. De l'avis général, comme ces deux pays sont enfermés dans un conflit total portant, entre autres, sur la région disputée du Cachemire ou les attentats terroristes de Bombay, en 2008, et parce qu'ils se visent l'un l'autre avec une douzaine de missiles nucléaires, un accord de paix durable entre l'Inde et le Pakistan n'arrivera pas de sitôt.

Pourtant, cette année, les deux voisins et éternels ennemis ont fini par s'accorder sur quelques points fondamentaux et qui n'ont rien à voir avec la question des frontières, du terrorisme ou même des armes nucléaires.

En résumé, les deux parties réalisent visiblement que la tension politique n'est pas bonne pour les affaires.

Entre ces deux amers rivaux, l'activité économique a longtemps été réduite aux portions congrues –en fait, jusqu'à aujourd'hui. En 2009, seul 1% du commerce indien se faisait avec le Pakistan, et à peine 1,7% de commerce pakistanais se faisait avec l'Inde. Et sur près de 3.000 kilomètres de frontières communes, on ne compte qu'un seul un poste de douane ouvert.

Mais tout cela est en train de changer. Entre 2004 et 2011, le commerce entre ces deux pays a été multiplié par neuf, soit une augmentation de 2,7 milliards de dollars, et la tendance va certainement se confirmer après la signature de plusieurs accords clés en septembre 2012. 

Le meilleur reste à venir

En particulier, le Pakistan a accepté de supprimer sa «liste négative» –des centaines de produits qui ne pouvaient pas été achetés d'Inde, soi-disant pour des raisons de sécurité. Parallèlement, l'Inde a promis de réduire ses frais de douane sur les denrées pakistanaises.

Par exemple, les Indiens auront désormais la possibilité de siroter la bière Murree, chose qui ne s'était plus produite depuis la partition –oui, la République Islamique du Pakistan possède sa propre brasserie. 

Mais le meilleur reste à venir. Les deux ennemis jurés ont aussi accepté d'ouvrir le poste frontière d'Attari-Wagah aux échanges commerciaux, et d'ici la fin de l'année, le Pakistan accordera à l'Inde un statut de «nation la plus favorisée», ce qui signifie qu'elle recevra le même traitement commercial que tous les autres pays.

L'Inde a aussi permis une grande avancée en acceptant d'assouplir ses critères d'obtention de visa pour les voyageurs pakistanais (en 2009, moins de 52.000 visas indiens avaient été délivrés à des Pakistanais, un chiffre qui va sûrement exploser avec ce nouveau système).

L'un dans l'autre, selon les estimations d'un groupe industriel indien, ces changements permettront au commerce bilatéral d'augmenter de 8 milliards de dollars ces deux prochaines années.

En octobre, le département d’Etat américain avait exprimé son espoir de voir ce dégel profiter à d'autres pommes de discorde, en particulier celle du Cachemire. Et ce sera peut-être le cas.

En attendant, Washington, qui maintient toujours des droits de douane exorbitants sur le coton pakistanais et ce malgré les plaintes répétées d'Islamabad, ferait peut-être bien de prendre exemple sur l'Inde pour améliorer ses relations avec son allié le plus problématique. 

Joshua E. Keating

Traduit par Peggy Sastre