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Garçon ou fille, l'enfant de Kate et William d'Angleterre devrait disposer des mêmes droits au trône

Jean-Marie Pottier, mis à jour le 04.12.2012 à 15 h 11

A l'heure actuelle, une femme peut régner sur le pays, mais les hommes ont la priorité dans l'ordre de succession. Les pays du Commonwealth se sont mis d'accord en 2011 sur une réforme qui fera disparaître cette disposition.

Le prince William et la princesse Kate à Ottawa, en juillet 2011. REUTERS/Pool New.

Le prince William et la princesse Kate à Ottawa, en juillet 2011. REUTERS/Pool New.

Comme l’ont relevé de nombreux médias britanniques après l’annonce de la grossesse de la princesse Kate d’Angleterre, le futur enfant du prince William et de son épouse sera le premier pour lequel la question du sexe («Fille ou garçon?») ne devrait être qu’anecdotique: dans les deux cas, il devrait bénéficier des mêmes droits à la succession au trône, grâce à une réforme en cours d’adoption.

Régie par la common law (la jurisprudence), la succession au trône d’Angleterre repose sur le principe dit de la primogéniture mâle, qui se fonde sur l’aînesse et le sexe: le fils aîné du roi ou de la reine est le premier dans l’ordre de succession, le fils aîné du fils aîné est le second, le fils aîné du fils aîné du fils aîné est le troisième...

A chaque étape, les filles s'intercalent dans l'ordre de succession, mais après les garçons: si l'héritier du trône a une fille aînée et un fils cadet, ce dernier est deuxième dans l'ordre de succession et sa soeur troisième —si Elisabeth II est devenue reine, c'est parce que son père, le roi George VI, n'a eu que des filles. Une fois la lignée «épuisée», la ligne de succession se poursuit, selon le même principe, avec les frères plus jeunes puis les soeurs de l'héritier du trône.

La princesse Anne dixième et non quatrième

A l’heure actuelle, voici à quoi ressemble la ligne de succession britannique.

Cliquez ici pour visualiser le graphique en grand (source: Foreign Students)

Celle-ci:

  • commence donc par le prince Charles;
  • puis passe par les deux fils de Charles, William et Harry;
  • puis par le second fils de la reine, Andrew;
  • puis par les deux filles d'Andrew, Beatrice et Eugenie;
  • puis par le troisième fils de la reine, Edward;
  • puis par les deux enfants d'Edward, Louise et James;
  • puis par la seule fille de la reine, Anne;
  • puis par le fils d'Anne, Peter;
  • puis par les deux enfants de Peter (les premiers arrière-petits-enfants de la reine, non représentés sur ce graphique);
  • et enfin par la seconde fille d'Anne, Zara (que vous avez peut-être vue sur un podium aux derniers Jeux olympiques).

Après ces quatorze personnes, toutes descendantes directe d'Elisabeth II, la lignée se poursuit avec les neveux et nièces de la reine, et leurs descendants.

A sa naissance, l'enfant de William et Kate évincera Harry de la troisième position, et tout le monde reculera d'une place. Mais, dans le système actuel, si c'est une fille et qu'elle a ensuite un petit frère, elle «échangera» sa place dans la lignée avec ce dernier.

C'est ce qui est par exemple arrivé à la princesse Anne, seule fille d’Elizabeth II, seulement dixième dans l’ordre de succession, car ses deux autres frères, pourtant plus jeunes qu’elle, lui sont passés devant, ainsi que leurs enfants, aussi bien les garçons que les filles; ou encore à Louise, la jeune fille du prince Edward, quand son frère est né quatre ans plus tard.

Déjà «de facto» égalitaire

Cette inégalité va bientôt disparaître: en octobre 2011, lors d’un sommet du Commonwealth, le Premier ministre britannique David Cameron a proposé l’adoption de règles égalitaires à ses confrères des quinze autres pays, qui sont tombés d’accord. La réforme autoriserait également les membres de la famille royale à épouser un ou une catholique sans renoncer à leurs droits; en revanche, le roi ou la reine devrait rester de religion protestante.

Pour entrer en vigueur, la réforme doit encore être transposée dans le droit de tous les pays du Commonwealth, mais cela est largement vu comme une formalité: le vice-premier ministre britannique Nick Clegg a d’ailleurs déclaré récemment que son pays avait maintenant «de facto» un système de succession égalitaire. La réforme s’appliquerait à partir des descendants du prince de Galles, ce qui laisserait une bonne partie de l'ordre de succession actuel inchangé mais permettrait au futur enfant de William et Kate de ne pas être «rétrogradé», si c'est une fille, en cas de naissance ultérieure d'un petit frère.

Le Royaume-Uni n’est pas le premier à moderniser sa ligne de succession. La Suède, la Belgique, le Danemark, les Pays-Bas, le Luxembourg ou encore la Norvège ont déjà adopté ce système: en Suède, par exemple, la princesse Victoria occupe la première place de l’ordre de succession, alors qu’elle aurait dû s’effacer derrière son jeune frère Carl Philip sous l’ancien système.

Monaco, en revanche, permet aux femmes d’accéder au trône, mais accorde encore la primauté aux hommes, de même que l’Espagne, où le prince Felipe est héritier du trône alors qu’il a deux sœurs aînées, et où l'éventualité d'une réforme fait débat. Le Liechtenstein, enfin, applique encore la loi salique qui exclut les femmes du trône, comme l’a fait la France durant toute son histoire.

Et si ce sont des jumeaux?

Une bonne partie de la presse a relevé que l’hyperemesis gravidarum —en français courant, les vomissements persistants— qui frappe la princesse Kate constitue une affection qui touche plus couramment les femmes qui connaissent des grossesses multiples. Slate.com a par exemple relevé cette explication sur le site du National Institute of Health, tandis que le Daily Telegraph met carrément cette hypothétique «information» en une et note que «les futures mères qui souffrent de cette affection ont trois fois plus de chances d’accoucher de plusieurs enfants que les autres femmes».

Le spécialiste de la monarchie du Daily Beast Robert Lacey notait il y a six mois que la famille proche des deux mariés contenait plusieurs cas de jumeaux. En 2011, un tabloid américain, The Star, avait d'ailleurs faussement annoncé que le couple attendait des jumeaux, suscitant un démenti officiel.

Ce genre d’événement s’est produit à au moins deux reprises ces dernières années dans les familles royales européennes: en 2005, la princesse Claire de Belgique, épouse du prince Laurent, troisième enfant du roi Albert II, a donné naissance à des jumeaux qui occupent actuellement les quatorzième et quinzième places de l’ordre de succession; et en 2010, l’épouse du prince héritier du Danemark a donné naissance à des jumeaux qui occupent eux les quatrième et cinquième position de l’ordre de succession.

Si la princesse Kate donnait naissance à des jumeaux, le premier-né devancerait son frère ou sa sœur dans l’ordre de succession, ce qui pose une question que relève notamment Slate.com: si la princesse accouche par césarienne, «le docteur —peut-être avec quelques conseils royaux?— pourrait se retrouver à choisir le futur roi ou reine d’Angleterre. Ou, plus probablement, il suivrait les procédures standard mais le monde entier partirait du principe qu’il ou elle a choisi consciemment le futur monarque».

Si elle s’avérerait vraie, la nouvelle constituerait aussi un coup dur pour le prince Harry qui, non content d’avoir appris la nouvelle par mail, reculerait encore d’une place dans l’ordre de succession.

Jean-Marie Pottier

Article actualisé le 4 décembre 2012 à 11h avec des détails sur l'ordre de succession actuel.

Jean-Marie Pottier
Jean-Marie Pottier (942 articles)
Rédacteur en chef, responsable de la newsletter politique «Le Jour d'après». Auteur de «Indie Pop 1979-1997» et «Ground Zero. Une histoire musicale du 11-Septembre» (Le Mot et le Reste).
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