Culture

Le jeu vidéo entre au MoMA

Katie Kilkenny, mis à jour le 03.12.2012 à 15 h 48

Certains y voient une nouvelle forme d'abrutissement tandis que d'autres l'encensent comme une nouvelle forme d'art. Avec cette ambitieuse exposition d'un genre nouveau, le musée d'art moderne de New York présente le jeu vidéo comme un objet d'art à part entière.

SimCity 2000. 1994.

SimCity 2000. 1994.

Le jeu vidéo est-il un art? Pour toute opposition constructive à cette idée (par exemple la contribution de Roger Ebert «Le jeu vidéo ne pourra jamais être de l’art»), les fans de jeux vidéo organisent une défense toute aussi convaincante (prenant parfois la forme d’une vidéo persuasive).

Le 29 novembre, le Musée d’Art moderne [de New York, également appelé MoMA, NDLR] a pris une position définitive: dans un post sur le blog Inside/Out du MoMA, la conservatrice en chef de l’architecture et du design Paola Antonelli a proclamé: «Le jeu vidéo est-il un art? Bien sûr que oui Paola Antonelli a annoncé que le MoMA a fait l’acquisition de 14 jeux vidéo pour une exposition dans les galeries Philip Johnson du musée faisant partie de sa collection Architecture et Design qui débutera en mars 2013. Il est prévu d’étendre la collection pour qu’elle accueille 40 jeux vidéo de plus dans un futur proche.

Dans un effort pour promouvoir la valeur interactive des jeux vidéo –«de l’élégance du code jusqu’au type de comportement du joueur»– la nouvelle collection du MoMA fait passer l’exposition sur les jeux vidéo à un nouveau niveau, pour ainsi dire.

Bien que les expos sur les jeux vidéo soient devenues à la mode dans les musées de renom, la nouveauté du contenu éclipse souvent l’idée de conservation. Dans une critique de l’expo du Smithsonian [un musée de Washington, NDLR] sur les jeux vidéo l’automne dernier, le New York Times notait que ses organisateurs semblaient «tout à fait conscients que le vrai défi avec “l’art du jeu vidéo” était simplement de proposer une exposition sur les jeux vidéo au Smithsonian». Ce qui paraît pourtant élémentaire pour une plateforme interactive déjà reconnue comme un art par la Cour suprême des Etats-Unis.

Comment exposer pour les masses des jeux vidéo qui nécessitent une interaction humaine personnelle pour être pleinement appréciés? Le MoMA affirme que les visiteurs pourront jouer à l’ensemble des jeux dont les parties sont courtes et profiter de «démonstrations interactives» ou d’émulations de jeux plus longs et plus vieux. Pour les univers aussi complexes que ceux de Dwarf Fortress ou EVE Online, le MoMA assure qu’il organisera «des visites guidées de ces mondes alternatifs».

Si le jeu vidéo est un art, quel type d’art est-ce exactement? En incluant des jeux dans sa collection Architecture et Design (qui, il faut le souligner, inclut également des travaux sous forme de livres et de films), l’acquisition du MoMA place l’«art» des jeux vidéo dans leur architecture –c’est à dire dans le code forgé par ses designers et programmeurs.

C’est une position différente de celle adoptée par exemple par Tom Bissell. Dans son livre Extra Lives: Why Video Games Matter («Secondes Vies: pourquoi les jeux vidéo sont importants»), il se concentre principalement sur la narration dans les jeux vidéo. Un jeu vidéo «est joli», explique à Slate Kate Carmody, assistante conservatrice au MoMA, mais «il y a toujours le rôle, et la manière dont le rôle engendre le comportement», ajoutant que la narration d’un jeu ne fait que «participer à un plus grand dessein» qui est de guider le comportement du joueur.

Le musée cherche actuellement à obtenir les annotations sur le code faites par les designers des jeux, tout comme il chercherait les gribouillis et les méditations d’artistes. «Le langage du programmeur prend la place du bois ou du plastique», écrit Paola Antonelli sur le blog du MoMA, comparant le design d’un jeu vidéo à celui «d’un tabouret ou d’un hélicoptère». Comme avec ces technologies plus anciennes, Paola Antonelli voit dans les jeux vidéo une «synthèse de la forme et de la fonction».

Les jeux  dont le MoMA a fait l’acquisition jusqu’ici sont: Pac-Man (1980), Tetris (1984), Another World (1991), Myst (1993), SimCity 2000 (1994), vib-ribbon (1999), The Sims (2000), Katamari Damacy (2004), EVE Online (2003), Dwarf Fortress (2006),  Portal (2007),  flOw (2006), Passage (2008), and Canabalt (2009).

Cette courte liste va certainement lancer un débat enflammé –il suffit de regarder les commentaires sous l’article des 100 meilleurs jeux de tous les temps par TIME (comme Kottke.org l’a déjà noté, la plus grosse omission de l’actuel catalogue est l’absence de jeux de Nintendo. Kate Carmody nous explique qu’ils «n’ont pas encore commencé à discuter avec Nintendo» et qu’obtenir leurs jeux nécessiterait de «complexes négociations».)

Mais le musée espère acquérir une plus longue liste de titres dans les années à venir –de Spacewar! (1962) à Minecraft (2011). Des considérations légales mais aussi d’affichage pourraient pourtant empêcher les jeux préférés des fans d’entrer au musée: comme pour sa collection de films, le MoMA cherche à obtenir les jeux dans leur format original ainsi qu’à acquérir le code source.

Reste à voir comment va concrètement se dérouler cette tentative ambitieuse d’amener l’expérience du jeu vidéo dans un musée. Mais la nouvelle collection devrait attirer à la fois les nostalgiques du jeu vidéo et les fans plus à la page. Et nous sommes juste heureux que l’équipe de conservation et de recherche du  MoMA apprécie la narration intemporelle du  jeu Passage autant que nous.

Katie Kilkenny

Traduit par Jamal El Hassani

Katie Kilkenny
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