Les convulsions de la droite française vues au travers des anniversaires de Jacques Chirac

Alors que l'ancien président fête ses 80 ans en pleine guerre des chefs à l'UMP, petite chronique des déchirements de son camp au travers de quelques-uns de ses anniversaires précédents.

Jacques Chirac reçoit un gâteau d'anniversaire lors du sommet de l'Otan à Riga, le 29 novembre 2006. REUTERS/Kevin Lamarque.

- Jacques Chirac reçoit un gâteau d'anniversaire lors du sommet de l'Otan à Riga, le 29 novembre 2006. REUTERS/Kevin Lamarque. -

Pendant les deux mandats de Jacques Chirac, la chronique de ses anniversaires était un classique de la presse: «Pas un quotidien, une radio ou une télévision n'ont manqué, cette année, l'anniversaire présidentiel», notait Le Monde en 2002, année de ses soixante-dix ans –et de la création de l'UMP. Elle le redevient cette année pour deux raisons: l’ancien président atteint le cap symbolique des 80 ans en pleine guerre des chefs au sein de l’UMP.

Un événement qui, selon Le Parisien, a entraîné le report à la semaine prochaine de «la petite fête d’anniversaire […] qui devait avoir lieu aujourd’hui avec ses amis politiques et quelques intimes». L’ancien chef de l’Etat, lui, «est très détaché des péripéties au sein de l’UMP» selon le co-auteur de ses Mémoires Jean-Luc Barré, et ne compte pas commenter le sujet.

Auparavant, plusieurs de ses anniversaires avaient déjà coïncidé avec des convulsions de son camp –des épisodes où on voit passer certains protagonistes du feuilleton actuel comme Nicolas Sarkozy ou François Fillon…

Petite histoire en cinq épisodes de plus de trente ans de conflits à droite au travers de quelques-uns de ces anniversaires marquants.

29 novembre 1974, 42 ans: sur l'IVG, un Premier ministre contre sa majorité

Il est 3h40 du matin quand les députés présents à l’Assemblée nationale votent, par 284 voix contre 189, l’un des textes les plus importants du septennat de Valéry Giscard d’Estaing, celui légalisant l’interruption volontaire de grossesse. Et en ce jour-anniversaire, c’est Jacques Chirac qui fait un cadeau: quand elle rentre chez elle, la ministre de la Santé, Simone Veil, trouve un bouquet de fleurs que lui a adressé le Premier ministre, très présent pendant l'examen d'un texte par lequel il se disait pourtant lui-même «peu emballé».

Mais ce vote du 29 novembre reflète aussi la coupure en deux de la droite française, avec un président qui n'a pas toujours la majorité de sa politique: un tiers à peine des députés gaullistes, qui forment le gros de la majorité, l’ont adopté. Le couple VGE/Chirac ne durera qu'un peu plus de deux ans.

29 novembre 1978, 46 ans: le convalescent rebelle de Cochin

Trois jours plus tôt, Jacques Chirac a été victime d'un grave accident de la route près d'Ussel, en Corrèze. Colonne vertébrale et fémur fracturés, l'ancien Premier ministre de VGE franchit le cap des 46 ans dans une chambre de l'hôpital Cochin, à Paris.

C'est de là qu'une semaine plus tard il lancera l'appel du même nom, inspiré par son conseiller Pierre Juillet, violent réquisitoire contre la politique du gouvernement Barre et «le parti de l'étranger [...] à l'œuvre avec sa voix paisible et rassurante».

29 novembre 1992 — 29 novembre 1994: sexagénaire et éternel candidat

«J'ai eu le sentiment de rajeunir: je croyais avoir eu 60 ans l'année précédente. J'avais été jusqu'à l'affirmer sur une radio», affirme Chirac au Nouvel Observateur à l'hiver 1992, quelques mois après le référendum sur le traité de Maastricht, lors duquel il a engagé une bonne partie de son crédit personnel en appelant à voter «oui» contre une partie du RPR. «Pour ses 60 ans, il rompt avec les "vieux"», écrit alors l'hebdomadaire.

Le dirigeant gaulliste s’apprête à se lancer pour la troisième fois à l’assaut de l’Elysée, une nouvelle fois, après 1981 et 1988, au milieu d’une droite divisée, cette fois-ci en raison de la popularité d’Edouard Balladur (qui, selon la journaliste Catherine Nay, négligera pour la première fois de lui souhaiter son anniversaire l’année suivante)... Face à lui, sa campagne sera populaire et terrienne, symbolisée, par exemple, par sa fête d’anniversaire de 1994, organisée en Corrèze avec Patrick Sébastien.

29 novembre 1999, 67 ans: un président minoritaire dans son propre parti

«Soixante-sept bougies soufflées, hier. Sans enthousiasme. Jacques Chirac traverse une mauvaise passe. Il a eu des anniversaires plus heureux», écrit alors Libération. Le week-end précédent, le candidat de l’Elysée à la tête du RPR, Jean-Paul Delevoye, n’est arrivé que de peu en tête du scrutin interne devant Michèle Alliot-Marie, à laquelle se sont ralliés les deux autres candidats, François Fillon et Patrick Devedjian. Divisés, les propres amis de Chirac attendront le lendemain de l’élection de la députée des Pyrénées-Atlantiques pour lui offrir leur cadeau...

29 novembre 2003-29 novembre 2006, 71 ans à 74 ans: Sarkozy, gâcheur de bougies

Dix-huit mois plus tôt, Chirac, qualifié de «vieilli, usé, fatigué» par son adversaire Lionel Jospin, a été réélu par 82% des voix face à Jean-Marie Le Pen. Mais la guerre de succession a déjà commencé: alors qu'il fête ses 71 ans et que la presse révèle qu'il a adopté des prothèses auditives, son ami Jean-Louis Debré se prononce en faveur d'un troisième mandat mais Nicolas Sarkozy prône lui un quinquennat renouvelable une seule fois, manière de signaler qu’il est temps que l’Elysée ait un nouvel occupant...

Un an plus tard, le 29 novembre 2004, le maire de Neuilly, devenu entre-temps ministre de l’Economie, lui remet sa démission du gouvernement pour se consacrer à l’UMP, où il vient de prendre le pouvoir. Affaibli par le «non» au traité constitutionnel européen et son accident vasculaire cérébral, Chirac s’efface derrière le duel Villepin-Sarkozy et, en novembre 2005, pour son 73e anniversaire, un sondage montre que 72% des Français jugent que le Président a «une faible influence» sur ce qui se passe en France.

Un an plus tard, ses 74 ans seront encore marqués par un rappel de la fin prochaine de sa carrière politique: en fin d’après-midi, le 29 novembre 2006, fuite une interview de Nicolas Sarkozy à des quotidiens régionaux, destinée à être publiée le lendemain, où ce dernier officialise sa candidature et souhaite à son bientôt prédécesseur d’«être heureux».

Jean-Marie Pottier

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L'AUTEUR
Rédacteur en chef adjoint de Slate.fr. Il a notamment travaillé à Challenges, SoFoot, Télérama et Ouest-France et est l'auteur de «Brit Pulp», un essai sur Pulp et la culture pop anglaise (éd. Les Cahiers du rock). Le suivre sur Google+. Ses articles
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Publié le 29/11/2012
Mis à jour le 29/11/2012 à 20h09
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