Les bâtiments basse consommation consomment toujours plus que prévu

Un compteur électrique. REUTERS/Kai Pfaffenbach

Un compteur électrique. REUTERS/Kai Pfaffenbach

A partir du 1er janvier 2013, toutes les constructions neuves devront être encore plus économes en énergie. Mais entre les chiffres promis à la construction et les factures réelles, les occupants risquent d'avoir un choc...

50 kwh/an/m2: telle est la norme qui s'imposera à partir du 1er janvier 2013 à tous les bâtiments neufs. Avec quelques variations autorisées en fonction de leur localisation, de l'altitude, de leur usage, etc.

Une maison de 100 m2 devrait, autrement dit, brûler 5.000 kwh par an, soit presque 4 fois moins qu'au début du millénaire. Au grand maximum: pour les inconditionnels du chauffage électrique, cela sera sensiblement moins. Car il s'agit là de 50 kwh d'énergie primaire, autrement dit de l'énergie qu'il a fallu produire pour répondre au besoin du bâtiment. Or, comme les centrales électriques n'ont qu'un rendement moyen d'environ 30%-40% et que l'électricité, en se transportant, a tendance à se disperser un peu, on considère qu'un kwh d'électricité représente 2,58 kwh d'énergie primaire. 

Mais pour leurs occupants, ces chiffres devraient rester bien théoriques. Bien sûr, leurs factures énergétiques seront certainement bien inférieures à celles de leur logement ou bureau précédent. N'empêche, elles risquent d'être peut-être près de deux fois plus élevées que prévu.

Et cette constatation ne vient pas d'activistes écologistes mais des experts de l'IFBEP, l'institut français pour la performance énergétique du bâtiment. C'est un institut de recherche qui regroupe des acteurs comme Eiffage, Bouygues Construction, BNP Paribas Real Estate, ou encore le Bureau Veritas, réunis récemment dans un colloque consacré à un délicat problème: «prévoir les consommations énergétiques»...

Une question d'usages

Tous l'ont constaté: entre les consommations calculées au moment de la construction en appliquant la réglementation thermique en vigueur (RT) et les consommations réelles, l'écart est souvent impressionnant. 

Dans le siège social de sa filiale de Lille, Bouygues Construction a ainsi enregistré des consommations réelles de 144 kwh/m2 et par an, contre 47,65 dans les calculs de RT.  Eiffage Construction affiche dans son immeuble HQE (haute qualité environnementale) de Lyon une consommation de 190 kwh/an/m2 contre 96,8 calculés selon la réglementation. Et BNP Paribas Real Estate, dans un immeuble un peu plus ancien, a constaté des consommations de 509kwh/an/m2 contre 109 selon les calculs de RT.

Première explication: la norme de la RT (désormais 50 kwh/an/m2) ne prend en compte que 5 usages: le chauffage, la climatisation, l'eau chaude sanitaire, l'éclairage et la consommation électrique des auxiliaires (ventilation, pompes...). Tout le reste est donc exclu, et notamment l'électroménager, l'informatique, et l'électronique (TV, téléphones, chaîne hifi, etc.). Autrement dit, les usages qui progressent le plus vite chez les particuliers. Et, dans les immeubles collectifs, les ascenseurs, l'éclairage extérieur ou des parkings... Dans un immeuble de bureau, tels que ceux concernés par les trois exemples cités, où ordinateurs, serveurs et machines à café sont légions, ces consommations non couvertes par la RT représentent environ la moitié des consommations totales.

Mais ce n'est pas tout: les calculs réglementaires se fondent sur des moyennes –de température extérieure par exemple–, mais aussi sur des extrapolations sur les usages. Par exemple sur la température des pièces (19-20 degrés). Or tous les gestionnaires d'immeubles de bureau constatent des températures effectives de 21, voire 22 ou 23 degrés.

Un manque de chaleur humaine

La gestion des salles de réunion et des espaces collectifs –souvent spacieux– pose aussi problème: bien souvent, ils sont chauffés et éclairés comme tous les autres, alors qu'ils ne sont occupés qu'un quart du temps. 

Fréquemment également, surtout dans les immeubles de bureau, les usages sont modélisés pour un nombre d'occupants supérieur à l'occupation réelle. Or, plus il y a de personnes en un lieu, plus elles –et leurs ordinateurs– dégagent de la chaleur et donc, moins on a besoin de le chauffer.

Et enfin, remarque Jean-Pierre Auriault, directeur développement durable de BNP Paribas Real Estate, «les immeubles de bureau sont toujours suréquipés car ils doivent pouvoir s'adapter à différents types d'occupation: call centers, sièges social, etc.».  

Bref, les experts du bâtiment s'efforcent d'affiner leurs logiciels pour mieux prévoir les consommations réelles des immeubles qu'ils conçoivent ou commanditent. Mais les particuliers, eux, ont intérêt à surtout surveiller leurs compteurs.

Catherine Bernard