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Infarctus: le chômage aussi mauvais que la cigarette ou le surpoids

Sur un marché d'Erythrée. REUTERS/Radu Sigheti

Sur un marché d'Erythrée. REUTERS/Radu Sigheti

Une étude démontre pour la première fois que des pertes d’emplois successives augmentent les risques d’être victime de cet accident cardiaque. La cartographie des conséquences médicales de la crise économique reste à faire.

Le cœur est peut-être un organe plus complexe qu’on pourrait le croire. C’est certes une pompe assurant, tout au long de la vie, la distribution du sang et de l’oxygène dans l’ensemble de l’organisme; une pompe dont on a appris, depuis un demi-siècle, à réparer et changer les différents éléments qui la composent. On peut même parfois, quand c’est devenu nécessaire, greffer un modèle compatible.

Ce cœur n’est plus, comme hier, le siège des passions. Pour autant, il demeure un mécanisme subtil, soumis à bien des influences. Il est exposé à différents aléas dont l’origine peut se situer en dehors du corps. A commencer, aujourd’hui, par la crise économique et les différentes formes d’insécurité, de stress, qu’elle génère.

Une étude américaine vient de fournir des éléments à la fois instructifs et inquiétants. Des chercheurs de l’université de Duke ont suivi près de quinze mille adultes américains âgés de 50 à 75 ans, et ce durant près de vingt ans. Ce travail a été effectué dans le cadre de la US Health and Retirement Study.

35% de risque en plus

Ces chercheurs ont recueilli, tous les deux ans, des informations sur les activités  professionnelles des participants: type et nombre d'emplois, de pertes d’activités, durée des périodes de chômage, etc. Ils ont dans le même temps colligé diverses données relatives au mode de vie et à l’état de santé. Ils ont enfin analysé l’ensemble des éléments ainsi recueillis au fil du temps, et ce en prenant bien soin d’éliminer tous les biais statistiques et facteurs de confusion: paramètres physiques, biologiques, socio-économiques (niveau d’éducation, revenus) et comportementaux (consommation de tabac et d’alcool).

Au total, lors de cette étude, un peu plus d’un millier d’infarctus du myocarde ont été recensés dans le groupe touchant près de 8% des participants. Publié dans les Archives of Internal Medicine, ce travail permet de conclure que le risque d’infarctus est de 35% plus élevé avec le chômage mais, plus démonstratif encore, qu’il augmente avec le nombre des pertes d’emploi.

Des travaux précédents avaient déjà établi des associations entre le statut de l’emploi et le risque cardiaque, mais aucun ne s’était penché sur l'effet cumulatif de pertes d'emplois successives.

Concrètement, le risque relatif augmente progressivement en fonction du nombre de pertes d’emploi (passant de 1,22 pour une perte à 1,63 pour quatre pertes). Le risque d’être victime d’un infarctus apparaît aussi plus particulièrement élevé dans la première année de chômage. Ni le sexe ni le groupe ethnique ne modifient ces résultats.  

Equivalent aux facteurs de risque connus

«Notre étude est la première du genre à mesurer les effets cumulatifs et les dimensions multiples du non-emploi sur le risque d’infarctus du myocarde», affirment les auteurs. Ces données viennent compléter celles qui avaient permis de conclure que le chômage est un facteur (direct et indirect) de «mauvaise santé», cette dernière pouvant jouer un rôle favorisant dans l’émergence de maladies cardiovasculaires. Mais cette étude longitudinale va nettement plus loin: en écartant les biais statistiques qui pourraient en minimiser les conclusions, elle démontre l’existence d’une «corrélation cumulative» entre perte d’emploi et accidents coronariens.

On peut le dire autrement: une situation de chômage ou une succession de pertes d’emploi constituent à eux seuls des facteurs de risque pour des accidents cardiovasculaires équivalents aux autres facteurs de risque connus que sont notamment l’hypertension artérielle, le surpoids, les anomalies des taux sanguins, des graisses ou la consommation de tabac.

Différents travaux avaient permis de montrer que l’insécurité économique était un facteur important d’augmentation du niveau de stress. Il faut désormais compter avec cette conséquence directe du stress que peut être l’infarctus du myocarde. 

Les spécialistes s’intéresseront peut-être aux mécanismes physiologiques pouvant expliquer un tel phénomène. Sans soute reste aussi à établir, plus généralement, la cartographie des conséquences médicales de la crise économique à laquelle sont confrontés nos contemporains. De ce point de vue, le cœur pourrait bien n’être qu’un symptôme.  

Jean-Yves Nau

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